M147 – INTERPRÉTATION PARTICULIÈRE …

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   « Et nous tenons pour d’autant plus certaine la parole prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs ; sachant tout d’abord vous-mêmes qu’aucune prophétie de l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation particulière, car ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussé par la Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu… » II Pier 1:19-21.

    Autant de personnes, autant d’opinions. Ceci se vérifie dans tous les domaines de la vie et de la pensée de l’homme. Chaque âme étant unique, la personnalité de chacune perçoit ou ressent les choses différemment. Ce n’est pas là une anomalie, mais indique la diversité des créatures que nous sommes. Dieu s’est révélé par Sa Parole aux hommes, avec des mots et par des bouches d’hommes très différents au cours des siècles. Des hommes qui, sans la même Inspiration de l’Esprit de Dieu, ne se seraient sans doute guère compris s’ils avaient vécu au même moment. Mais c’est ici la Grandeur de Dieu qui consiste, non pas à réduire toutes les personnalités en un seul type, mais à faire en sorte qu’elles s’enrichissent les unes les autres de cette richesse d’En-Haut, d’où provient la diversité même de leurs dons. Et c’est dans ce but que l’apôtre Paul écrit : « Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ… » II Cor 10:5. C’est en ceci la victoire sur les idées préconçues, un tel cœur éclairé cherche, non pas à défendre ou à confirmer ses propres pensées par la Parole de Dieu, mais à connaître dans la Parole la Pensée de Dieu.

   Beaucoup, en effet, font de la Parole l’objet de leur propre interprétation, cherchant et y trouvant, non pas ce qu’elle dit, mais ce qu’ils « pensent » qu’elle dit. Une âme imbue de sa doctrine, de sa tradition ou de son expérience particulière est animée d’un esprit sectaire, et l’esprit sectaire a des racines profondes. Les lieux et les milieux où une personne a vécu, comme les événements heureux ou malheureux de son existence, font que la « plate-forme » instable de son être intérieur sur laquelle sont reçues les choses spirituelles influe sur sa compréhension des vérités divines, et parfois en fausse le sens. L’attitude des Pharisiens et des Sadducéens le montre avec évidence. Pour eux, en tant qu’hommes versés dans l’étude des Écritures, aucun problème de traductions ou de versions différentes ne pouvaient être la cause de points de vue divergents, puisqu’ils parlaient et comprenaient la langue hébraïque, dans laquelle Dieu parla par Ses prophètes. Or, dit la Parole « les Sadducéens disaient qu’il n’y a point de résurrection, et qu’il n’existe ni ange ni esprit, tandis que les Pharisiens affirmaient les deux choses… » Act 23:8, et ceci tout en ayant, pourtant, les mêmes Écritures. Autant que l’attrait du pouvoir, le besoin irrépressible de posséder la vérité, ou plutôt sa propre vérité, de marquer sa différence comme de défendre sa doctrine altèrent la compréhension. L’homme « religieux » trouvera toujours dans l’Écriture des paroles qui, comprises selon sa pensée, conforteront son « moi » plus qu’elles ne le briseront.

   Lorsque deux vérités ou deux versets semblent se contredire, la difficulté provient de la nature de l’esprit dans lequel nous les relions l’un à l’autre. Si le rapport entre eux s’établit par l’intelligence naturelle, l’obscurité subsistera, mais si le rapport entre eux l’est selon l’Esprit, alors la Lumière jaillira, et même plusieurs selon que Dieu le jugera nécessaire. Il en est de deux passages difficiles comme de deux silex dans les mains de nos ancêtres. Deux silex immobiles ne produisent rien, mais, une fois entrechoqués, l’étincelle jaillissante leur apportait et chaleur et lumière. Ainsi, de deux versets ou de plusieurs, la vraie compréhension provient du sens de l’un éclairant le sens de l’autre, et, de même, deux sens réunis sous la Lumière de l’Esprit en multiplie la compréhension spirituelle. Le contact de deux ou de plusieurs vérités par l’inspiration de l’Esprit, tel le « choc » des silex entre eux, produit alors les richesses infiniment variées de la Sagesse de Dieu.

   Sans l’Esprit qui conduit dans toute la Vérité, le croyant tire de la Parole de Dieu ses propres conclusions, car sans la Parole qui l’éclaire, il passe de l’Esprit de Dieu à son propre esprit, puis à l’esprit du monde, s’ouvrant alors à l’esprit du séducteur qui est à l’origine de toute erreur. Au lieu d’accepter avec humilité de ne pas pouvoir tout comprendre, le croyant charnel s’appuie sur une ou quelques Vérités de l’Écriture au détriment des autres, d’où le « sol inégal » de sa connaissance spirituelle, avec le danger de glisser hors de la Pensée de Christ. L’équilibre dans la compréhension spirituelle de la Parole ne peut provenir que de l’expérience de la Croix, c’est-à-dire, de la Mort et de la Vie de Christ en nous, qui triomphe des extrêmes de notre réflexion selon la chair.

   La Vérité vivante est Une, tout en étant la somme de toutes les vérités qui la composent. Aussi une vérité isolée devient-elle une erreur, et c’est la tendance qui guette toute âme qui néglige de lire les Écritures dans son ensemble. Car la connaissance de toute la Parole apporte une solide « armature » où chaque vérité demeure à sa place dans notre esprit, et notre esprit en chacune d’elle, ainsi que l’écrit Pierre au sujet des lettres de l’apôtre Paul, dans lesquelles, dit-il : « il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures pour leur propre ruine… » II Pier 3:16. C’est là également ce qui guette toute âme aimant le Seigneur et zélée pour Lui, mais dont la recherche dans la Parole de Dieu dépasse sa propre capacité de comprendre, oubliant l’exhortation de Paul, disant : « J’ai fait de ces choses ( les Mystères de Dieu) une application à ma personne et à celle d’Apollos, afin que vous appreniez en nos personnes à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit, et que nul de vous ne conçoive de l’orgueil en faveur de l’un contre l’autre… » I Cor 4:6. Sans qu’il soit, en effet, besoin d’arracher des pages du Saint Livre ou d’y adjoindre nos commentaires, nous pouvons déjà dans nos propres pensées ou interprétations « ajouter » ou « retrancher » à la Parole de Dieu. Aussi, en cherchant à aller « plus loin » dans la Parole, veillons à ne pas aller « au-delà », mais à l’intérieur d’elle. C’est pourquoi, seul « le témoignage de Jésus qui est l’Esprit de la prophétie… » Apo 19:10, élève dans nos cœurs toutes les vérités divines au même niveau d’importance.

   Nous sommes donc exhortés à « … prêter attention à la parole prophétique, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître, et que l’étoile du matin se lève dans nos cœurs… ». Nous passerons donc de l’obscurité présente au Jour du Seigneur ; dans cette attente, la lumière de cette « lampe » brille intérieurement de la même Lumière que celle de ce « Jour à paraître ». Aussi, toute interprétation fausse sont autant d’obscurité se trouvant, non pas dans la Parole, mais en nous-mêmes. La Parole nous est voilée par « l’ombre » de notre « moi » projetée sur elle, alors que Jésus est « l’Étoile brillante du matin… » Apo 22:16. Or, toute « étoile » annonçant une parole fausse ou voilée par l’intelligence humaine n’est qu’un astre errant dans les ténèbres, dans lesquelles le cœur est plongé. Tandis que l’Étoile, résultant de la compréhension éclairée de la Parole, se lève pour se confondre avec la Lumière éternelle « que Dieu habite… » I Tim 6:16, et vers laquelle Jésus est le Chemin. Reçue dans l’humilité profonde, la Parole de Dieu en nous devient Langage de Dieu pour nous, en la rendant accessible à notre entendement, et, par nous, pour autrui. La compréhension selon l’Esprit est un signe de la maturité spirituelle, qui va croissant en nous jusqu’à l’aboutissement de notre ressemblance avec Christ. C’est donc à notre désir de grandir, avant même celui de comprendre, que le Seigneur ouvre notre cœur à recevoir « tous les trésors de sa sagesse et de sa science… » Col 2:3.