M145 – LA CUPIDITÉ …

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   « Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l’impudicité, l’impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie… » Col 3:5.

  La cupidité est ce désir immodéré qui a pour objets maints domaines dans la vie et dans la pensée de l’homme, en particulier l’amour de l’argent. Au sujet de cet homme riche, qui, après avoir écouté la Parole « s’en alla tout triste… », Jésus dit à ses disciples qu’il sera difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu, non seulement à ceux qui « ont des richesses », mais surtout à ceux qui « se confient dans les richesses » Marc 10:22-24. Quelle que soit la grandeur des biens, ce qui est corrupteur, c’est la confiance qu’une âme retire à Dieu pour la placer dans ses biens, lesquelles, spirituellement, l’appauvrissent et la perdent. En vérité, tout mal, tout péché vient, non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. « Car c’est du dedans, dit Jésus, c’est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, et autres… » Marc 7:21. Ce lien intérieur se rencontre chez le croyant comme chez l’incroyant, chez le pauvre comme chez le riche, et leur point commun est : l’absence de repos dans le pauvre, qui s’efforce de devenir riche, et dans le riche parce qu’il ne l’est jamais assez. Le pauvre espère gagner plus, tandis que le riche craint de perdre. La nécessité de gagner pour vivre et faire vivre les siens est légitime, mais, chose à remarquer, la cupidité s’accroît chez ceux qui sont les moins dépourvus. Ceci vient du fait que l’argent, augmentant, rend la personne plus exigeante que reconnaissante, et estimant toutes choses comme étant un dû, et non une grâce. L’on peut comprendre combien la cupidité, d’abord sournoise puis insatiable, ne saurait habiter un cœur dont le seul Trésor est le Seigneur Jésus.

   Jésus, étant assis dans le temple, dit l’Écriture « … ayant levé les yeux, vit les riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc. Il vit aussi une pauvre veuve, qui y mettait deux petites pièces. Et il dit : je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres ; car c’est de leur superflu que tous ceux-là ont mis des offrandes dans le tronc, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle avait pour vivre… » Luc 21:1-4. Bien-sûr, selon le point de vue où l’on se place, il est évident que, matériellement, les riches par leurs offrandes étaient plus en mesure de pourvoir au service du culte et à l’entretien du temple que ne le pouvaient les deux petites pièces de la veuve, qui ne représentaient qu’une infime partie de ce que coûtait un simple calice. Mais Jésus vit que cette femme, en donnant « tout ce qu’elle avait pour vivre », c’était une part de sa vie même qu’elle donnait à Dieu et pour Son service. Ce qui n’est pas sans nous rappeler ce que l’apôtre Paul écrivait aux Galates : « Que celui à qui l’on enseigne la parole fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne… » Gal 6:6, or le riche, en donnant de son superflu, ne donne qu’une partie superficielle de lui-même. Les uns donnent pour tranquilliser leur conscience, d’autres parce que la Parole de Dieu les a comblés. Dieu ne méprise aucune offrande faite en Son Nom, mais Il veut éclairer par elle notre cœur en nous révélant, non seulement  ce qu’elle représente pour Lui, mais aussi ce qu’elle révèle  de  nous,  « … de  manière  à  être  une  libéralité,  et  non  un acte d’avarice… »  II Cor 9:5.

   « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu, dit Jésus ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus… » Matt 6:33. Mais la cupidité, l’esprit intéressé est un désir totalement opposé à ce qui nous fait aspirer aux choses d’En-Haut, et il serait indécent de la part d’une âme de demander toutes choses à Dieu, quand elle-même a décidé de garder pour elle ce qu’elle possède. Il s’ensuit qu’une telle âme ne se donne pas entièrement au Seigneur par crainte d’avoir à donner ce qu’Il lui demande. Il est bien entendu qu’il ne s’agit pas de nous démunir, sachant que Dieu est Sage dans ce qu’Il nous demande autant qu’Il est Riche dans ce qu’Il nous donne. Car ce que Dieu donne, à son tour, rend possible l’impossible dans les cœurs, tel que ceci se manifestait déjà dans les Églises de la Macédoine, au sujet desquelles l’apôtre écrit : « Au milieu de beaucoup de tribulations qui les ont éprouvés, leur joie débordante et leur pauvreté profonde ont produit avec abondance de riches libéralités de leur part… » II Cor 8:2. Leur « joie débordante » et leur « pauvreté profonde » se sont comme unies dans la foi à la Richesse d’En-Haut qui a multiplié leur « peu » en « abondance » pour elles-mêmes et, par elles, pour les autres. Or, Il se trouve souvent que ceux qui veulent ne peuvent pas, et que ceux qui peuvent ne veulent pas.

  L’apôtre Paul, en tant que prédicateur et digne « imitateur de Jésus-Christ », pouvait se présenter comme un modèle de désintéressement. « Jamais, en effet, écrit-il, nous n’avons usé de paroles flatteuses, comme vous le savez ; jamais nous n’avons eu la cupidité pour mobile, Dieu en est témoin… » I Thess 2:5. L’apôtre se souvenait sans cesse au cours de ses voyages, de ses prédications comme de ses visites, de ces Paroles de la loi de Moïse : « Tu n’auras point égard à l’apparence des personnes, et tu ne recevras point de présents, car les présents aveuglent les yeux des sages et corrompent les paroles des justes… » Deut 16:19. Par quel processus, un homme de Dieu peut-il en arriver à être ainsi altéré, au point que certains signes  le révèlent tel aux yeux de ceux qui l’entourent ? L’homme intéressé, en effet, tout en manifestant son autorité se fait sentir comme étant le protégé de ceux qui le soutiennent ; il se montre plus indulgent à l’égard des défauts des membres aisés, qu’il ne le sera à l’égard de ceux qui sont pauvres. Cet homme, faisant donc en lui-même une distinction entre les âmes qui lui sont confiées, voile par là sa conscience et se rend peu à peu insensible à la Pensée de l’Esprit ; ce qui a pour conséquence que les âmes meurent spirituellement faute d’une prédication inspirée. Voilà qui est loin du comportement de Paul, dont il est à remarquer que les seuls appels d’argent venant de lui n’ont jamais été pour lui-même, mais toujours pour autrui, soit pour ses compagnons d’œuvre : Tite 3:13, soit pour les pauvres : Gal 2:10, soit, tout simplement, pour les besoins des saints : Rom 12:13. Car il savait que Dieu inspirait lui-même les âmes à pourvoir à ses propres besoins, auxquelles d’ailleurs Paul écrivit : « … Ce ne sont pas les dons que je recherche ; mais je recherche le fruit (spirituel) qui abonde pour votre compte… » Phil 4:17.

  Il est significatif d’apprendre que dans sa lettre adressée aux Éphésiens, comme dans celle adressée aux Colossiens déjà citée, la cupidité est considérée comme étant une « idolâtrie ». L’apôtre écrit aux croyants d’Éphèse : « … Sachez-le bien, aucun impudique, ou impur, ou cupide, c’est-à-dire, idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume de Christ et de Dieu… »  Eph 5:5. Ainsi, non seulement toute chose ou toute personne, mais déjà tout désir personnel qui surpasse  ou même accompagne notre amour pour Dieu est une idole entre Lui et nous. Avant de devenir une représentation visible, l’idolâtrie naît d’un besoin insatiable dans le cœur, qui exige d’être  satisfait. L’idole qu’est l’argent conforte une personne dans ses biens qui n’existent que pour elle  seule, et sur lesquels ni Dieu ni personne n’a droit de regard. « … Là où est ton trésor, dit Jésus,  là aussi sera ton cœur… » Matt 6:21. Elle exprime donc une partie essentielle de soi-même refusée à Dieu et réservée à soi seul, car « l’argent est une racine de  tous les maux ; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont  jetés eux-mêmes dans bien des tourments… » I Tim 6:10. En cela, ce n’est pas avoir compris le prix infini que Dieu a payé par le sacrifice de Son Fils Unique pour notre salut ; et c’est ce prix que nous valons aux yeux et au cœur de Dieu. Nous comprenons, ô combien, cette Parole nous exhortant à « faire mourir les membres qui sont sur la terre … », notamment, cette cupidité qui est une des passions de la chair, de cette chair dont seule la croix, en la crucifiant, a purifié notre cœur par le Sang et l’Esprit de Jésus.