M144 – NE T’APPUIE PAS …

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     «  Confie- toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse ; reconnais-le dans toutes tes voies, et il aplanira tes sentiers… » Prov 3:5-6.

  Combien de fois ne nous sommes-nous pas appuyés sur notre propre sagesse en vue des choses à affronter ou à décider en cette vie ? Personne n’échappe à cette inclination à se fier à son propre jugement, alors que l’expérience d’une personne dans un domaine particulier ne justifie pas la propre assurance avec laquelle elle s’y comporte. Pierre était toujours un pêcheur expérimenté depuis le temps de la Crucifixion de Jésus jusqu’à celui de Son Ascension. Parmi toutes les raisons qui le poussèrent à reprendre son métier, il y eut ce bouleversement causé par l’alternance de joie et d’affliction, de doute et d’espérance. Tout ceci lui échappait encore, et il sentait le besoin de se ressaisir, de s’occuper de quelque chose de concret, d’avoir les pieds sur terre, ou plutôt sur mer, car là, au moins, il s’y connaissait. « Je vais pêcher… » dit-il : « Nous allons aussi avec toi… » dirent les six disciples qui étaient avec lui. « Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien… » Jean 21:3. C’est alors que Jésus, se montrant pour la troisième fois, se présenta sur le rivage ce matin-là, leur indiquant un autre endroit où pêcher : « Jetez le filet du côté droit de la barque, leur dit-il, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons… » Jean 21:6. Pierre s’était fié à son expérience de pêcheur, mais il dut accepter de recevoir les directives de Jésus, qui lui était charpentier ! Il s’était fié à son jugement professionnel, et Jésus dut intervenir, de la même façon qu’il s’était aussi fié à son jugement « spirituel » avant l’arrestation de Jésus, en disant : « Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi » et encore : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas… » Matt 26:33, 35, et pourtant il le fit. Le résultat nul de la pêche lui remit en mémoire celle de ses sentiments, tout aussi faillibles, qui l’amenèrent à renier Jésus, appelant déjà la Miséricorde de Dieu à se manifester à son égard.

  Il est de la Sagesse de Dieu, dans Son Amour pour nous, de permettre des situations extrêmes, apparemment sans issues, en vue de nous amener à n’avoir foi qu’en Lui. Paul, faisant le récit de ses voyages, écrit aux Corinthiens : « Nous ne voulons pas, en effet, vous laisser ignorer, frères, au sujet de la tribulation qui nous est survenue en Asie, que nous avons été excessivement accablés, au-delà de nos forces, de telle sorte que nous désespérions même de conserver la vie. Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu, qui ressuscite les morts. C’est lui qui nous a délivrés et qui nous délivrera encore d’une telle mort, lui de qui nous espérons qu’il nous délivrera encore… » II Cor 1:8-10. Par ces lignes, l’apôtre a l’honnêteté de décrire l’état de crainte de son âme éprouvée par tous les périls survenus lors de ses voyages missionnaires avec ses compagnons d’œuvre. Il veut être vrai, et non pas passer pour un héros. L’âme qui n’a pas connu un sentiment d’impuissance, l’attente d’un secours qui tarde, celle qui, enfin, n’a pas connu le brisement aura toujours confiance en elle-même. Le Seigneur permet cela, non pour nous faire du mal, mais pour un bien éternel, que souvent nous n’apercevons pas, mais dont nous avons besoin, afin d’apprendre à être dépendants de Dieu. Aussi, notre prière à Dieu consiste-t-elle  à accepter comme étant bonne toute épreuve, toute tribulation qui a pour but de nous amener à placer notre confiance, non en nous-mêmes, mais en Dieu. Il est des peines, des contrariétés qui trouvent, tôt ou tard, leur solution avec l’Aide de Dieu. Mais il est des souffrances aiguës, cachées, comme étant « au-delà de nos forces », qui franchissent un seuil où l’âme, à cause de l’épreuve, a besoin de la manifestation de la Présence du Seigneur qui vit en elle. Le dépouillement de nos propres forces nous apprend à nous appuyer, non sur notre foi elle-même en Dieu, mais sur Dieu par le moyen de notre foi.

   L’inclination à mettre sa confiance en soi-même, plutôt qu’en Dieu est la première manifestation de l’orgueil. Elle exprime l’indépendance de notre « moi » qui conduit à la désobéissance, puis à la rébellion. L’Éternel, s’adressant aux habitants de Jérusalem par le prophète Ézéchiel dit : « … Tu étais d’une beauté accomplie, digne de la royauté. Et ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté ; car elle était parfaite, grâce à l’éclat dont je t’avais ornée, dit le Seigneur, l’Éternel. Mais tu t’es confiée dans ta beauté, et tu t’es prostituée, à la faveur de ton nom… » Ezé 16:13-15. Jérusalem regardait à Dieu, puis elle regarda à elle-même, elle vit sa beauté, elle s’y confia, et alors se corrompit. Comme une multitude d’âmes depuis le commencement jusqu’à ce jour, elle suivit la voie de Lucifer décrite prophétiquement sous les traits du roi de Tyr, par la Parole de l’Éternel, prononcée par le même prophète : « … Je te précipite de la montagne de Dieu, et je te fais disparaître, chérubin protecteur, du milieu des pierres étincelantes. Ton cœur s’est élevé à cause de ta beauté, tu as corrompu ta sagesse par ton éclat ; je te jette par terre, je te livre en spectacle aux rois… »  Ezé 28:16-17. Un coin du voile du mystère de Satan est levé ici, où nous voyons un des aspects qui causa la chute du chérubin, qui devint Satan. Son cœur s’éleva à cause de sa « beauté », dit l’Écriture, et il se corrompit par son « éclat ». Ce ne fut donc pas par une laideur, une souillure ou par une transgression contre Dieu, que tout commença, mais par la découverte de lui-même, de ses propres qualités capables, à ses yeux, de le rendre indépendant de Dieu. La satisfaction du chérubin passa de la Gloire de Dieu à sa propre gloire. Il contempla sa beauté dans le miroir de l’orgueil naissant, il se plut, se crut l’égal de Dieu, et donc son rival, d’où sa rébellion, et sa chute.

  Ce ne sera jamais, en effet, sur quelque chose de laid en nous, sur un défaut ou une insuffisance, que nous fondons notre « estime de soi », mais ce sera toujours à partir de quelque chose de beau, à nos yeux, que l’orgueil naît et grandit. Et même si notre « beauté » était authentique, Satan nous la fera voir, séparément de Dieu, afin que, par elle, nous devenions l’idole de nous-mêmes. La beauté de nos qualités, telles que nous croyons les voir, est inséparable de ce sentiment de satisfaction, qui produit en nous la propre assurance qui tient le Seigneur éloigné de nous, parce qu’en ayant mis en nous-mêmes la confiance qui lui revient. Toute chose, ou toute personne sur laquelle repose notre confiance devient notre « dieu ».

  Jésus est le Sauveur et le Modèle de notre vie en toutes choses, comme Jésus, en tant que Fils de l’homme, le fut aussi en s’appuyant, non sur Lui-même, mais sur Dieu Son Père : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement… » Jean 5:19. Jésus le démontra lors des tentations du diable dans le désert. Par trois fois, il repoussa les attaques du Tentateur, en disant : « Il est écrit… » Matt 4:4, 7, 10. Jésus, en face de Satan, aurait pu se prévaloir des prophéties l’annonçant en tant que Messie, de l’Esprit de Dieu descendant et s’arrêtant sur Lui lors de Son baptême, comme aussi de la Voix qui vint des cieux rendant témoignage de Lui, mais Il ne le fit point. Jésus, « la Parole faite chair », ne s’appuya pas même sur Sa propre Parole, mais sur celle de Son Père, qu’Il exprima ici-bas. Il ne se réclama pas de Son Identité de Fils de Dieu, mais Il s’appuya, en ce moment crucial de mise à l’épreuve par lequel débutait Son Ministère, sur la Parole des prophètes de Dieu. Paroles vivifiée d’une telle Puissance que Satan connut, dès lors, qu’il était jugé, et que son temps était compté. Une telle victoire sur Satan résulta d’une totale dépendance de Dieu, ainsi que par l’autorité et par l’humilité parfaite de Jésus. Et c’est par cette humilité que se manifeste la Gloire du Dieu vivant en tout racheté, qui demeure enraciné et fondé en Celui « qui ne déçoit jamais » Ps 25:3.