M143 – PLÉNITUDE …

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    « Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. Jean lui a rendu témoignage, et s’est écrié : C’est celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi. Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ… » Jean 1:14-17.

    La Plénitude de Christ dans sa vie, quel racheté ne soupirerait-il pas après une telle vie ? L’Écriture nous assure des promesses dont l’accomplissement aura lieu en des temps futurs, mais il n’en est pas ainsi  de  la  plénitude,   c’est  une  réalité  spirituelle  dont  il  est  dit  : « Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce… ». Telle personne ne la connaît pas, parce qu’elle la considère toujours comme une promesse à venir, alors qu’elle est une Présence divine reçue dès le début de la vie chrétienne ; telle autre personne pense l’avoir reçue, alors qu’elle confond la plénitude spirituelle avec la recherche d’une sensation de « bien-être » ; telle autre encore, s’en sentant indigne ou craignant de la perdre, n’en retire pas toute la profondeur et la joie d’en haut. Il est bien des Réalités divines méconnues, soit par manque d’enseignement, soit à cause d’idées préconçues sur la manière dont elles doivent être reçues ou vécues.

    « La plénitude de Celui qui remplit tout en tous… » Eph 1:23. Cette plénitude n’est pas à comparer au contenu d’un cœur définitivement rempli, à la manière d’un vase plein d’une eau qui finirait par devenir stagnante. La plénitude n’est pas le contenu inerte d’un cœur clos, en circuit fermé. Jésus est Immuable, mais Sa plénitude en nous est sans cesse renouvelée, et renouvelante. Ainsi, Jésus, parlant de Lui-même, dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui  une source  d’eau  qui  jaillira  jusque  dans  la  vie  éternelle… » Jean 4:14. Plus tard, au dernier jour de la fête, Jésus s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein… » Jean 7:37-38. En fait, ce n’est pas ce qui entre, mais ce qui sort de notre cœur qui témoigne de la plénitude de Jésus en nous.

   La Joie et la Paix de Dieu s’expriment en nous par de saintes émotions. Jésus Lui-même, au milieu de Ses disciples, n’a-t-il pas « tressailli de joie, par le Saint-Esprit… », louant Son Père céleste « d’avoir caché les choses divines aux sages et aux intelligents, et de les avoir révélées aux enfants… » Luc 10:21. La communion avec Dieu par l’Esprit-Saint constitue la plénitude de Son Fils en nous. Cette plénitude n’est pas à confondre avec la « paix avec soi-même », que la chair, l’« égo », recherche à tout prix : c’est là une aspiration inspirée par le « moi », ouvrant ainsi la porte à la séduction spirituelle. Car la première chose que le Seigneur nous a apportée, ce n’est pas le bonheur, mais le Salut, le pardon de nos péchés avec la paix et la joie intérieures, quelles que soient les persécutions qui l’accompagnent. Nous sommes d’abord des sauvés, car nous ne saurions être heureux sans avoir changé de vie ici-bas, bonheur ou pas. Le bonheur terrestre est une imagination de l’âme, à première vue légitime, mais aussi changeante que les circonstances dont ce bonheur dépendrait. La plénitude, en effet, est bien autre chose qu’un sentiment, qu’une sensation que l’on s’efforce de faire durer. De la Croix la Grâce coule dans notre âme, et ce que contient l’âme est, en même temps, ce qui la tient.

   De même « qu’à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ… » Éph 4:7, de même le « contenu » de la plénitude de Christ dépend du « contenant » que nous sommes. La plénitude divine n’est qu’une, mais nous sommes différents les uns des autres. A l’un a été donné une coupe à remplir, à un autre un vase, à un autre encore un bassin. Ce n’est pas une question de quantités à comparer entre elles, l’important est que l’on soit propre à être rempli. Une coupe, un vase ou une cuve n’ont pas la même contenance, mais le fait d’être plein, quelle que soit la dimension, est regardé par Dieu comme étant la plénitude de ce que chacun peut recevoir. Le contenu d’une coupe dans une cuve passerait presque inaperçu, mais, pour Dieu la coupe pleine et la cuve pleine, indifféremment de leur dimension respective, ont leur plénitude. La plénitude de Dieu en nous n’est pas un « volume », elle n’est  ni mesurable, ni « pesable ». Elle ne peut occuper que la place laissée libre en nous des choses que nous avons remises au Seigneur. Et la résistance que nous mettrions à nous livrer au Seigneur restreindrait la plénitude, qu’Il veut nous donner, car elle ne peut occuper que la place de notre « moi » crucifié.

    Dieu,  dit  l’Écriture,  donna  à  Jésus  «  l’Esprit  sans  mesure… » Jean 3:34, et « Il a voulu que toute plénitude habitât en lui… Car en lui   habite  corporellement  toute  la  plénitude  de  la  divinité… » Col 1:19 et 2:9. Et encore : « Dieu a dit au Fils : Ton trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de ton règne est un sceptre d’équité ; tu as aimé la justice, et tu as haï l’iniquité ; c’est pourquoi, ô Dieu,  ton Dieu t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes égaux… » Héb 1:8-9. Jésus, Roi, reçut l’Onction suprême, parce qu’Il aimait la Justice et l’Équité, de même la plénitude est reçue en nous selon la mesure de notre « amour de la Vérité ». Ainsi, de même que «… l’huile précieuse,   qui, répandue, descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, et descend sur les bords de ses vêtements… » Ps 133:2, de même, notre plénitude vient de ce qui « déborde » de la Plénitude de Christ. Cette plénitude ne s’épuise jamais, ni ne nous remplit au point qu’il n’y ait plus rien d’autre à recevoir. « Tous les fleuves vont à la mer, dit le sage, et la mer n’est point remplie ; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent… »  Ecc 1:7. La mer, laissant tout ce qui est de cette terre, s’évapore dans les hauteurs pour retomber en pluie et rosée fertilisantes, de même la plénitude dans notre cœur « retourne » à Dieu, qui l’a donnée, en prières et en louanges, pour « redescendre » en force et en constance, afin que Dieu soit glorifié dans notre faiblesse. La plénitude contient la certitude des choses de Dieu dans notre vie, certitude par la foi de Sa Présence en nous et de Sa Prévoyance à pourvoir à notre vie.

  Outre le péché sous ses diverses formes, qui nous prive de la plénitude, il est un obstacle, non moins grand et des plus répandus : l’esprit sectaire, qui défend soit une vérité au détriment des autres, soit une expérience regardée comme étant l’unique preuve de l’approbation divine. Toute doctrine présentée comme l’unique référence fige l’esprit du croyant. Un point de doctrine, même biblique, mais pris isolément, réduit l’ampleur de la plénitude à l’espace d’un point, d’un point mort dans la vie spirituelle. Ainsi, ce qui doit être une conviction devient une  fixation de la pensée, qui produit un rétrécissement du cœur, et qui, à son tour, restreint la plénitude  spirituelle. Jésus, en effet, déclare : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ;  il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance… » Jean 10:9-10.

  Quelle est donc cette « abondance » dont Jésus parle ? C’est l’inépuisable Nourriture de la Parole de Dieu provenant des « pâturages » que nous avons trouvé en Lui. Ce n’est ni une herbe foulée ou une eau troublée, ni un enclos doctrinal ou traditionnel, mais c’est le vaste pâturage de la Vérité de la Parole révélée par l’Esprit. Ce n’est pas une règle qui nous attache à une clôture élevée par l’homme, mais la liberté intérieure de l’Esprit,  qui nous conduit dans la profondeur de la « sagesse infiniment variée de Dieu ». Aux yeux de l’homme charnel, être en Christ, c’est être à l’étroit,  alors  que, au contraire, c’est justement à l’intérieur de Lui que l’on est au large. Car en « entrant » en Jésus,  nous « sortons » de l’esprit de ce monde, et nous trouvons des pâturages qui, par comparaison, nous  font voir le monde comme  étant un désert. Et, de même que « nous possédons l’espérance comme une ancre de l’âme, sûre et solide, qui pénètre au-delà du voile, là où Christ est entré pour nous comme précurseur… » Héb 6:19-20, de même, c’est en vivant au-delà du voile de notre « chair » crucifiée par Jésus, que nous vivons ici-bas Sa plénitude.