M142 – BEAUCOUP DE QUESTIONS …

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   « Lorsque Hérode vit Jésus, il en eut une grande  joie ; car depuis longtemps il désirait le voir, à cause de ce qu’il avait entendu dire de lui, et il espérait qu’il le verrait faire quelque miracle. Il lui adressa beaucoup   de  questions   ;   mais  Jésus  ne  lui  répondit   rien… » Luc  23:8-9.

   Pharisiens, Sadducéens, docteurs de la Loi, les disciples eux-mêmes, tous posèrent des questions les plus diverses à Jésus.  Et lequel d’entre nous, en tant que racheté, n’a-t-il pas,  ou ne s’est-il pas posé des questions ? Et même beaucoup de questions, dont certaines n’ont pu recevoir de réponse ? Il est parfois tragique de devoir ressembler à Hérode à cet égard. Nos questions indiquent au moins que nous ne sommes pas indifférents au Seigneur et à Sa Parole. Il y a des questions intelligentes, d’autres qui ne le sont pas ; des questions importantes, d’autres secondaires ; des questions profondes, d’autres superficielles. Le fait de poser des questions est légitime, mais il révèle, en même temps, des limites de notre compréhension provenant de l’impatience à vouloir tout comprendre, au lieu d’avoir confiance en Dieu, qui a tout fait pour un but. D’ailleurs, Dieu ne peut être qu’un problème pour l’âme, qui persiste à être elle-même un problème pour Dieu.

   Des principaux sacrificateurs, des scribes et des anciens vinrent donc à Jésus, et lui dirent :  « … Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t’a donné l’autorité de les faire ? Jésus leur répondit : Je vous adresserai aussi une question ; répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses. Le baptême de Jean venait-il du ciel, ou des hommes ? Répondez-moi. Mais ils raisonnèrent ainsi entre eux : Si nous répondons du ciel, il dira : Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ? Et si nous répondons : Des hommes… Ils craignaient le peuple, car tous tenaient réellement Jean pour un prophète. Alors ils répondirent à Jésus : Nous ne savons. Et Jésus leur dit : Moi non plus,  je ne vous dirai pas par quelle autorité je fais ces choses… » Marc  11:28-33. Il était de la Sagesse de Jésus de répondre souvent à une question par une autre question, pourquoi cela ? Parce qu’une réponse à une question engendre bien souvent une autre question dans l’esprit insatiable de l’homme, tandis qu’en posant, à son tour, une question, Jésus amène l’âme elle-même, par sa réponse,  à se dévoiler et à se remettre elle-même en question. Et ceci, à la manière de ces Juifs religieux placés entre ces deux positions contradictoires : l’une de ne pas croire, conformément à l’ordre du Sanhédrin, et l’autre de croire, par crainte d’attirer sur eux la colère du peuple… de là le silence de leur hypocrisie. Ainsi, en répondant à une question par une autre question, Jésus agit de telle sorte qu’il n’est pas possible de donner une réponse venant d’autrui, mais de soi-même, et ainsi, dit le Psalmiste : « Les pensées de leur cœur se font jour… » Ps 73:7.

   Il est des questions provenant des âmes encore non affranchies de ce « moi », qui ramène tout à lui, pouvant aller jusqu’à avoir « cette maladie des questions oiseuses… » I Tim 6:4. Un « moi », non brisé qui pose, ou se pose une foule de questions, manifeste une impatience tout aussi grande. En effet, lorsqu’une personne est entièrement préoccupée par une question, la réponse une fois reçue, ne peut, pense-t-elle, que la satisfaire entièrement. Or, notre cœur est plus complexe que nous ne le pensons, en ce  qu’il est « compartimenté ».  En effet, une question, si importante soit-elle, ne concerne, en quelque sorte, qu’un seul « compartiment » dans notre cœur, et la réponse à celui-ci semble l’avoir éclairé entièrement, et avoir résolu tous les problèmes. Cependant, cette réponse laisse les autres compartiments sans réponse, chacun demeurant avec ses coins et recoins obscurs, d’où l’inépuisable succession de questions.

    Comme en toutes choses, l’état d’esprit dans lequel on vit et agit est déterminant, ainsi en est-il des questions. Tel pose des questions dans un esprit sincère de chercher à comprendre, à s’approfondir ou à être aidé ; tel autre le fait dans le but de troubler ou d’amoindrir son interlocuteur ;  tel autre enfin, et c’est le plus fréquent, révèle par ses questions une crainte,  une amertume ou une révolte contenue. Les « comment » et les « pourquoi » naissent des événements douloureux dont le sens nous échappe. Nous sommes appelés à sonder notre vie et toutes choses, c’est d’ailleurs là, dit le sage « une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme… » Ecc 1:13. Mais l’introspection de l’âme, telle qu’elle est préconisée, prend la place de l’Esprit-Saint, qui seul éclaire les consciences et convainc de péché. Ce besoin de comprendre la cause et le but de chaque chose dans notre vie, ou en celle d’autrui, satisfait la connaissance de notre « moi », plutôt qu’il ne le libère ; cette démarche humaine porte l’attention sur soi-même plutôt que sur Christ. Combien d’âmes, ainsi mises en pièces par une « analyse » dite spirituelle, ont dû avoir besoin d’une délivrance pour être reconstituées dans la Paix de Dieu, et affermies dans la foi. Chercher à comprendre à tout prix la signification de toutes choses revient à vouloir conduire sa propre vie, à manifester par une autre voie le désir d’Adam et Ève, séduits par le diable, à vouloir « connaître le bien et le mal », mais en dehors de la Lumière et de la Vie de Dieu. Seule la Croix de Jésus-Christ nous donne de triompher de l’orgueil qui incite à l’effort vain de se connaître, de se diriger ainsi que de s’améliorer soi-même.

   Le Seigneur étant présent en personne, que de questions ne lui poserait-on pas ? Et quelle âme,  après avoir vainement interrogé autrui, n’a pas formé un jour un tel souhait ? Car, c’est justement dans la Présence de Jésus que se dissipent nos questions essentielles. En effet, Jésus, parlant de Son départ auprès du Père et nous rappelant la Promesse de l’Esprit-Saint, le Consolateur à venir, dit à Ses disciples : « … Vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. En ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite… » Jean 16:22-24. Dès ce jour, en effet, les disciples « demanderont » à Jésus, mais ils « ne l’interrogeront plus », c’est-à-dire qu’ils auront des prières, mais non des questions. La vérité est que les questions augmentent quand la vie spirituelle diminue, et que, à l’inverse, les questions diminuent quand la vie spirituelle augmente. Aussi la Sagesse de Christ consiste-t-elle à répondre, non seulement aux questions posées, mais à celui-là même qui les pose ; car par Sa Parole, Jésus apporte des réponses précises à nos questions, et par Sa Présence, Il est la Réponse à notre vie même.

    Par l’oracle sur Duma, le prophète Ésaïe nous enseigne quelle doit être l’attitude des cœurs dans les temps cruciaux de la vie : « Oracle sur Duma. On me crie de Séir : Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La Sentinelle répond : Le matin vient, et la nuit aussi. Si vous voulez interroger, interrogez : convertissez-vous, et revenez… » Ésaïe 21:11-12. « Le matin vient, et la nuit aussi… », parole prophétique annonçant des temps contrastés de confusion et de tension. Comment, en effet, les ténèbres peuvent-elles succéder à l’aurore ? Mélange d’espoir et d’angoisse qui soulève tant de questions ; ce que constate la sentinelle qui presse les hommes à aller jusqu’au bout de leurs interrogations : « Si vous voulez interroger,  interrogez… ». La Réponse de Dieu à toutes nos interrogations consiste, non pas à recevoir toujours une nouvelle connaissance, mais à nous sonder nous-mêmes : « Convertissez-vous, et revenez… ». Dieu attend de l’homme, non pas une réponse de son intelligence, mais de sa conscience. Il est de dures réalités en cette vie, lesquelles, sans la vision intérieure des Desseins de Dieu, font que l’âme serait submergée de questions. Seule certitude : les épreuves présentes se transforment dès maintenant en bénédictions pour l’éternité, et font que la foi, au lieu d’être ébranlée, s’affermit de jour en jour. Les anciens, dit l’Écriture « n’ont pas obtenu les choses promises » concernant le Messie à venir, mais « ils les ont vues et saluées de loin… », sans se poser de  questions : Héb 11:13. Ainsi, la Parole nous apprend qu’une promesse consiste toujours en une bénédiction accompagnée d’un mystère, et la foi, prenant la promesse toute entière, accepte et l’une et l’autre. Heureux celui dont la force de questionner est épuisée, ayant connu  que la Consolation du Seigneur vaut plus que toute explication.