M141 – AVANT D’AVOIR ÉTÉ HUMILIÉ …

 

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   « Avant d’avoir été humilié, je m’égarais ; maintenant j’observe ta parole… » Psaume 119:67.

  Qui peut prétendre ne jamais s’être égaré ? Présentement, sommes-nous sûrs, dans un domaine ou dans un autre, de ne pas nous être écartés du chemin ? Dans notre marche avec Dieu, combien de fois Son Esprit ne nous a-t-il pas convaincus de nos errances ? Cette inclination naturelle à l’égarement a pour cause, non seulement la désobéissance ou l’ignorance, mais encore la connaissance imparfaite de la Parole ou le zèle sans intelligence dans l’Œuvre du Seigneur. Notre enthousiasme pour Dieu ne peut suppléer à notre manque d’expérience ou de discernement. La vie elle-même nous apprend que notre sincérité est ce qui nous égare le plus, parce que, bien souvent, celle-ci est prise pour la Volonté ou l’Approbation divine, ce qu’elle n’est pas. D’où il ressort que le fait de s’égarer est le penchant d’une âme qui se croit libérée, mais sans se soumettre au Chef, qui est Christ ; elle confond son esprit d’indépendance avec la liberté selon l’Esprit de Dieu.

   Jésus dit : « L’esprit est bien disposé, mais la chair est faible… » Matt 26:41, et à cause de cela, cette chair « faible » se montre bien souvent plus « forte » que notre esprit. La faiblesse de la chair se fait fort de s’opposer à l’Esprit de Dieu par son incapacité de Le comprendre et de s’y soumettre. Et aussi longtemps qu’elle se tiendra entre notre esprit et l’Esprit de Dieu, notre chair aura encore besoin d’être crucifiée sous les diverses formes que Dieu jugera nécessaire pour nous rendre participants de Sa Nature divine. « Christ ayant souffert dans la chair, dit l’Écriture, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu, pendant le temps qui lui reste à vivre dans la chair… » I Pier 4:1-2. Les souffrances de Christ, en tant que Sauveur, l’ont été pour notre salut ; quant à nous, en tant que sauvés, nos souffrances le sont, afin de faire fructifier ce salut. Maintes fois, le racheté, après avoir dû être éclairé, corrigé, repris par le Seigneur a pu pleinement saisir les paroles du Psalmiste, disant : « Avant d’avoir été humilié, je m’égarais ; maintenant j’observe ta parole… ». Être humilié implique tout ce qui nous est nécessaire en vue de l’efficacité et de l’abondance de la Vie spirituelle en nous-mêmes et, par nous, pour autrui, tels que brisements, souffrances, certes, atteintes douloureuses, mais salutaires.

  Mais, pensera-t-on, pourquoi devoir être humilié, souffrir ? La réponse à cette question est donnée par une autre question : Lequel d’entre nous possède-t-il une obéissance aussi parfaite  que celle de Jésus ? Ce même Jésus qui, Parfait, Saint, sans péché ni convoitise « … a appris, bien qu’il fût Fils, l’obéissance par les choses qu’il a souffertes… » Héb 5:8. Mais, dira-t-on encore, l’Esprit-Saint n’est-il pas suffisant pour éclairer et convaincre sans qu’il soit besoin des épreuves de la vie ? Certes, le bon Berger a pour mission de mener paisiblement ses brebis dans les verts pâturages, cependant d’où vient que le « joug doux » puisse devenir dur, et le « fardeau léger » lourd ?  Si ce n’est quand l’âme se blesse elle-même en voulant résister à ce joug ou s’en dégager pour suivre sa propre voie, qui la mène spirituellement à la mort. Dieu permet donc que l’âme souffre pour la ramener à la Vie. La Liberté que nous avons en Christ démontre que l’Esprit de Vérité est un Conducteur, et non un dictateur. Car les épreuves se présentent comme étant le même signe nous révélant, et notre égarement loin de la bonne Voie, mais aussi la Patience de l’Amour du Seigneur pour nous y ramener.

   Notre être, dit l’Écriture, se compose de l’esprit, de l’âme et du corps : I Thess 5:23.  En tant que rachetés, notre esprit serait à même d’être parfaitement conduit par l’Esprit de Dieu, s’il n’était accompagné des faiblesses propres à l’âme et au corps qui l’affectent. Cependant, les Écritures nous montrent  que les êtres spirituels et célestes, c’est-à-dire, les anges eux-mêmes ne sont pas parfaits : « Si Dieu n’a pas confiance en ses serviteurs, s’il trouve de la folie chez ses anges, combien plus chez ceux qui habitent des maisons d’argile, qui tirent leur origine de la poussière, et qui peuvent être écrasés comme un vermisseau… » Job 4:18-19, ce que souligne Éliphaz, disant : « Si Dieu n’a pas confiance en ses saints, si les cieux ne sont pas purs devant lui, combien moins l’être abominable et pervers, l’homme qui boit l’iniquité comme l’eau… » Job 15:15-16. Ainsi, pour que soient évidents nos progrès dans la foi, la soumission de notre âme et de notre corps par la discipline se révèle nécessaire, ce que, d’ailleurs, Élihu, bien qu’il fût jeune, avait déjà réalisé, lorsqu’il s’adressa à Job : « … Par la douleur aussi, l’homme est repris sur sa couche, quand une lutte continue vient agiter ses os… » Job 33:19.

  Lorsque le « roi Roboam, dit l’Écriture, se fut affermi dans son royaume et qu’il eut acquis de la force, il abandonna la loi de l’Éternel, et tout Israël l’abandonna avec lui… » II Chro 12:1, et au sujet du roi Ozias : « Lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre. Il pécha contre l’Éternel, son Dieu : il entra dans le temple de l’Éternel pour brûler des parfums sur l’autel des parfums (fonction réservée uniquement aux sacrificateurs de l’Éternel)… » II Chro 26:16. En ces  deux rois,  pris parmi tant d’autres dans l’Écriture, il se révèle que la montée de l’orgueil dans le cœur est dans la nature de tout homme, et se révèle aussi bien chez les « petits » que chez les « grands » de ce monde. Aussi, l’homme spirituel prend conscience que s’il n’y a pas un arrêt, une limitation, une restriction chez une personne pleine d’énergie, de force, c’est-à-dire, pleine d’elle-même, cette âme s’élèvera et elle se perdra elle-même. S’il y eut un serviteur du Seigneur mis à part et attesté, au point de n’avoir recours qu’à l’Esprit-Saint pour être inspiré et conduit, ce fut bien l’apôtre Paul. Et pourtant, lui-même écrit que, « à cause de l’excellence des révélations reçues » et afin « de ne pas être enflé d’orgueil », il dut accepter de la part de Dieu « une écharde dans la chair » tous les jours de sa vie : II Cor 12:7. Nous ne soupçonnons point combien la chair peut se trouver mêlée aux expériences spirituelles les plus fortes, les plus profondes comme les plus glorieuses. Notre zèle, nos prières, nos activités peuvent contribuer à la satisfaction de notre chair. La manière même dont nous désirons de ne plus faire notre propre volonté, mais la Volonté de Dieu, peut parfois se révéler être une décision venant elle-même de notre propre « volonté ».

  La cause de tout cela vient de ce que nous avons une conception humaine de la perfection divine, et donc irréalisable en nous. Nous nous faisons une représentation « idéale », et non pas spirituelle de ce que nous voulons être ou faire pour Dieu, et nous souffrons de ne pouvoir y parvenir à cause de l’impuissance de nos aspirations inspirées de notre « moi » religieux. Nous voulons sanctifier la chair par la chair. Mais les déceptions et les échecs devant l’impossibilité de parvenir à ce à quoi nous nous sommes fixés ont ceci de bon en ce qu’ils ouvrent alors nos yeux sur ce que nous sommes vraiment, et sur ce qui nous entoure, pour finalement constater avec le Psalmiste : « Je vois des bornes à tout ce qui est parfait : tes commandements  n’ont point de limite… » Ps 119:96. En effet, ce qui semble parfait ici-bas se révélera toujours incomplet, parce que terrestre. Nous nous proposons des buts inaccessibles, tandis que Dieu, œuvrant en nous chaque jour, tient compte de la faiblesse de notre chair, en nous apprenant que nos faiblesses, normalement « décroissantes », marquent elles aussi, à leur manière, les étapes de notre croissance spirituelle. Il est un paradoxe dans le fait que le croyant charnel, sans s’en rendre compte, pense soumettre son propre esprit au Saint-Esprit, alors que le croyant spirituel, lui, a compris la nécessité du brisement de l’esprit de son « moi », comme étant inclus dans le travail intérieur de la sanctification. Car une victoire qui veut ignorer la faiblesse ne durera pas. D’où nous comprenons avec une immense reconnaissance au Seigneur Jésus, combien nous pouvons alors faire nôtres les paroles du Psalmiste, disant : « Il m’est bon d’être humilié, afin que j’apprenne tes statuts… » Ps 119:71.