M140 – TU ES PROPHÈTE …

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      « Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. La femme lui dit : Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que  je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici. Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as eu raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète ! » Jean 4:13-19.

    « Tu es prophète… ». En quoi cette Samaritaine vit-elle que Jésus était prophète ? Un prophète est envoyé de Dieu et parle en Son Nom. Cette  femme apprit donc de Jésus, non seulement que « Dieu est Esprit… » Jean 4:24, mais encore qu’elle-même était charnelle ; ce qui lui fit  comprendre pourquoi, jusqu’alors, elle ne pouvait véritablement connaître Dieu et L’adorer. En effet, connaître Dieu sans se connaître est une connaissance qui enfle d’orgueil, et se connaître sans la Connaissance de Dieu est une connaissance qui égare. Or, cette Samaritaine adorait par tradition, c’est-à-dire, sans connaître Dieu, ni se connaître elle-même en Lui. D’où la première  question que lui adressa Jésus auprès du puits : « Donne-moi à boire… », ce à quoi elle répondit : « Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme  samaritaine… », et Jésus de répondre : « Si tu connaissais le  don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! Tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive… » Jean 4:7-10.

   En exprimant Son besoin d’eau naturelle, Jésus avait déjà le dessein de susciter la soif spirituelle dans le cœur de la Samaritaine, que Sa Parole inspirée allait lui faire découvrir. Mais Jésus, en lui demandant à boire, suscita en elle un étonnement au souvenir de l’absence « de relation qu’il y avait entre les Juifs et les Samaritains… » Jean 4:9. La demande de Jésus réveilla donc en son cœur un préjugé, qui eût retardé son geste à son égard. Étonnement plus grand encore, lorsque, après avoir demandé à son tour l’« eau vive » à Jésus, Celui-ci lui enjoignit d’aller d’abord « appeler son mari… ». Elle demeura interdite, disant : « Je n’ai point de mari… », et Jésus de lui dire : « Tu as raison de dire : Je n’ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari… ». A l’écoute de ces Paroles de Jésus, les yeux intérieurs de la Samaritaine s’ouvrirent et elle connut que ses six maris successifs étaient l’obstacle, et que le vide de son vase était plus propre à recevoir l’eau du puits que ne l’était son cœur à recevoir l’eau d’En-Haut. Et c’est en cela que, après avoir reçu le pardon et étant retournée dans sa ville de Sychar, elle put dire : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ… ? » Jean 4:29.

   La connaissance de Dieu reçue par notre intelligence ne nous rapproche pas pour autant de Dieu, ni ne nous apprend qui nous sommes. Seul ce qui vient du cœur de Dieu pénètre dans le  cœur d’une âme, l’éclaire de l’intérieur, et sur Dieu et sur elle-même. Au  fur et à mesure que se poursuivait l’entretien de Jésus avec la Samaritaine, s’opérait le travail intérieur et progressif de la Parole Ointe dans son cœur, l’amenant de la connaissance naturelle à la connaissance  spirituelle. En effet, lorsque Jésus lui révéla l’état pécheur et malheureux de sa vie, cette femme bouleversée, s’écria : « Seigneur, je vois que tu es prophète…  ». De plus, le discours de Jésus, lui rappelant d’une manière étonnante ce qu’elle avait appris concernant le Messie, lui fit dire : « Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ) ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses … », (en un mot, il parlera comme toi), et Jésus de lui dire : « Je le suis, moi qui te parle… » Jean 4:25-26. Ainsi, la Samaritaine vit en Jésus : d’abord l’Homme… puis le Seigneur… puis le Prophète… et enfin le Messie. De la Parole de Jésus, quatre rayons de Lumière, chaque fois plus intenses, pénétrèrent jusqu’au fond de son être. La Parole révélée perça les voiles de son cœur, les enveloppes successives du préjugé, de l’ignorance, du péché de « sa piété sans force », pour enfin recevoir Son Messie et Son Sauveur. Elle vit qu’il était le Messie par le dévoilement de son cœur enténébré, opéré par la Lumière de Sa Parole. Cette gradation spirituelle est le Processus divin de la Parole révélatrice dans la vie de tout racheté.

     « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon… ? » Jean 1:46, dit Nathanaël à Philippe qui lui parlait de Jésus, et le conduisait à Lui. Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui : « Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude. D’où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu… » Jean 1:47-48. Jésus connut en lui-même le jugement négatif de Nathanaël, à l’encontre des habitants de Nazareth. D’où l’étonnement de Nathanaël en apprenant que, non seulement Jésus savait ce qui était dans son cœur, mais encore qu’Il l’avait vu sous le figuier, avant que Philippe même ne le vît et ne l’appelât. Nathanaël comprit alors que toutes ses pensées et tous ses actes pouvaient également être connus de Jésus, et, surtout, son sentiment orgueilleux de supériorité, qui avait failli lui faire méconnaître ce Jésus, le seul « Nazaréen » dont la Parole allait l’éclairer. Ainsi, la Parole, le dévoilant à ses propres yeux, lui révéla en même temps le Messie annoncé, comme étant le « Fils de Dieu » et le « Roi d’Israël », à l’exemple de la Samaritaine envers  Jésus, qui lui révéla aussi sa vie : Jean 1:49.

    Ce fut également la même expérience que vécut l’aveugle-né, qui, guéri par Jésus, recouvra la vue. À ses voisins, qui l’avaient connu aveugle, il dit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, a oint mes  yeux,  et  m’a  dit  :  Va  au  réservoir  de  Siloé,  et  lave-toi… » Jean 9:11. Aux pharisiens incrédules qui l’interrogeaient, disant : « Toi, que dis-tu de lui, sur ce qu’il t’a ouvert les yeux ? Il répondit : C’est un prophète… » Jean 9:17. Et Jésus, apprenant que les pharisiens l’avaient chassé, et l’ayant rencontré, lui dit : « Crois-tu au Fils de Dieu ? Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Tu l’as vu, lui dit Jésus, et celui qui te parle, c’est lui. Et il dit : Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui… » Jean 9:35-38. Les Lumières successives, de même, lui firent voir en Jésus : l’Homme… puis le Prophète… et enfin le Fils de Dieu ; c’est ici l’effet de la Parole, par lequel l’Esprit de Dieu rend témoignage à notre esprit. Cet homme doublement aveugle, physiquement et spirituellement, recouvra deux fois la vue. De même que la Samaritaine qui, à partir de l’eau naturelle, reçut la révélation de l’Eau spirituelle, ainsi, l’aveugle-né passa de la vision physique à la vision spirituelle. La guérison de ses yeux ne le détourna pas de celle de son âme. Voir Jésus de ses yeux l’amena à désirer de Le voir de son cœur.

    La Parole reçue dans l’Esprit nous communique la Nature divine, éclairant ce qui, de notre propre nature, doit céder devant Celle du Seigneur. L’obéissance « naturelle » à la Parole nous place en face d’une connaissance sans puissance. Les Paroles de l’Écriture ne sont pas des « leviers », que nous manipulons à notre guise pour obtenir ce que nous désirons. Seul l’Esprit de Révélation nous transmet la Vie divine dont la Parole est chargée. « Ceux que Dieu a connus d’avance, dit l’Écriture, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils… »   Rom 8:29. Quels qu’aient été nos péchés, nos ténèbres, notre ignorance de Dieu et des choses spirituelles, le Seigneur, qui nous a pardonnés, a mis en nous une destination à laquelle notre aspiration spirituelle tend : celle d’être semblables à Son Fils. Et c’est dans la disposition spirituelle de cette aspiration aux choses d’en-haut, que la Parole opère notre identification avec Christ. Tout racheté, encore imparfait, en qui habite cette aspiration de l’Esprit, reçoit par la Parole un cœur sensible à la voix de l’Esprit. Car ceux qui ont été rendus semblables au Fils de Dieu sont sensibles à l’Esprit de Dieu, et donc réceptifs à la profondeur de la dimension de la Parole prophétique.