M139 – DE PEUR QU’ENTRAÎNÉS …

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  « Vous donc, bien-aimés, qui êtes avertis, mettez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans  la  connaissance  de  notre  Seigneur  et  Sauveur  Jésus-Christ. A    lui   soit  la   gloire,   maintenant    et    pour   l’éternité  !   Amen… » II Pier 3:17-18.

   Les choses de ce monde ont toujours eu l’attrait que l’on sait, qu’elles soient raffinées ou grossières, que ce soit dans les temps actuels comme dans les temps antiques. Les exhortations que nous adressent les prophètes et les apôtres, afin que nous nous tenions sur nos gardes, se résument dans ces Paroles de Jésus : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible… » Matt 26:41, ce que, plus tard, l’apôtre Paul constatera, en écrivant aux Corinthiens : « Toutefois, de même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ… » II Cor 11:3. Dès que nous ne demeurons plus dans la simplicité de cœur dans le Seigneur, par laquelle nous regardons toutes choses en toute pureté, nous découvrons au-dedans de nous une attirance, qui peut nous surprendre nous-mêmes, vers les choses du monde. La ruse du diable, c’est toujours d’agir par le moyen d’une faiblesse connue ou insoupçonnée subsistant en nous. Nous sommes portés vers les choses de Dieu par Son Esprit en nous, tandis que l’esprit du monde se meut dans le sens opposé à l’Esprit de Dieu. Et c’est lorsque nous nous appuyons sur notre propre sagesse, que nous sommes tirés en arrière par les sens de notre vie passée.

  Le contraste est si évident entre la « marche dans l’Esprit » et « l’égarement des impies » qu’il peut paraître étonnant de se laisser emporter par ce dernier. Mais cet « égarement » ne se fait pas en un seul jour. La déception, le découragement, l’apitoiement sur soi-même sont des dispositions qui ouvrent la porte à ce courant contraire qui opère en silence, en prenant son temps, parfois avec même une sorte de « compréhension ». Deux attitudes, à l’extrême l’une de l’autre, démontrent cet aspect particulier de l’entrainement loin du centre de la Vie spirituelle, qui est la Croix de notre Seigneur Jésus. Telle âme, pour laquelle tout vient et se fait par l’Esprit, pense, en effet, que le fait de manifester ou de recevoir des dons de l’Esprit atteste qu’elle est dans la bonne voie. Mais le jour où cette âme, cédant à une chose de ce monde tout en s’apercevant qu’elle continue, malgré tout, à manifester des dons, s’abuse elle-même en prenant ces manifestations pour la confirmation de la Présence de l’Esprit-Saint, qui l’a déjà quittée sans qu’elle le sache. Telle autre âme, pour laquelle l’obéissance légaliste aux commandements de la Parole est tout, considère son sentiment de crainte comme étant le signe que le Seigneur approuve sa conduite. Mais que vienne un manquement dans sa marche, et cette âme s’étonne de ne pas être frappée sur le champ. Car, comme elle craignait la Parole plus qu’elle ne la croyait, sa rigueur dans la Parole se révèle n’être qu’un devoir, ou une habitude morte comme l’était déjà sa vie spirituelle.

  Bien souvent, c’est seulement après en avoir subi les premières conséquences que l’on s’aperçoit s’être laissé entraîner. L’un des signes révélateurs de l’éloignement des choses spirituelles est la perte du goût de la Parole de Dieu. Le séducteur sait qu’il ne peut s’attendre à une volte-face de la part d’un racheté, au point de se détourner délibérément de la Vérité et de son Seigneur ; alors il fera naître des désirs terrestres, qui cohabiteront un certain temps avec la joie de la Parole, jusqu’au moment où ceux-ci prendront toute la place. Il n’est pas besoin de sortir de chez soi pour être entraîné… à l’extérieur,  il est possible de pécher et de s’éloigner de Dieu déjà sous son propre toit. C’est donc à ce moment-là que se glisse insidieusement ce qui s’appelle une « fausse paix », qui fait en sorte que l’on ne se sente pas repris, tout en étant répréhensible aux yeux de Dieu. Cette fausse paix donne l’illusion que l’on vit spirituellement alors que l’on est en train de mourir, si ce n’est déjà d’être mort.

   La tentation qu’exerce la femme légère sur la faiblesse de l’homme montre bien la nature et la manière dont s’opère la séduction et l’entraînement vers les choses de ce monde. Le « climat ambiant » de l’égarement des impies agit de la même façon sur l’âme qui ne veille pas. Et c’est avec justesse que le sage dit au sujet du jeune homme abordé par cette femme à la mise d’une prostituée : « Elle le séduisit à  force  de  paroles,  elle  l’entraîna  par  ses lèvres  doucereuses… » Prov 7:21. La mort sait aussi s’exprimer par des paroles douces, car c’est plus par la douceur des choses que par la violence, que l’âme est entraînée dans l’égarement. L’Écriture nous apprend que lorsque le tentateur frappe à notre cœur et y entre, ce n’est jamais lui, mais nous qui lui avons ouvert la porte. Des expressions telles que « le diable m’a piégé », ou « le diable m’a aveuglé » sont de fausses excuses, inspirées par lui, afin que l’on se regarde comme une victime sans défense qui s’apitoie sur elle-même, plutôt que comme une personne responsable qui a besoin de combattre ou de se repentir. Nous ne parlons pas ici de la persécution et de l’épreuve qui relèvent d’un tout autre domaine, mais de la tentation et de la convoitise. L’Écriture dit : « Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise… » Jac 1:14. Et c’est précisément ce qui arriva à cet homme dépourvu de sens : « Il passait dans la rue, près de l’angle où se tenait une de ces étrangères, et il se dirigeait lentement du côté de sa demeure… » Prov 7:8. Bien qu’il fût séduit, cet homme ne fut pas pris à son insu, quelque chose le prédisposait et le poussait vers ce qui l’attirait. De même, le fait de se laisser entraîner indique encore un reste du « vieil homme » au-dedans de nous, qui se révèle être de la même nature que la chose du monde qui nous attire. Aussi n’est-il besoin d’aucun effort pour se laisser entraîner, si ce n’est de se laisser tirer de tout le poids de son « moi », du côté où il tombe.

    Le danger d’être entraîné dans les choses du monde l’est également dans le domaine spirituel. « Ne vous laissez pas entraîner par des doctrines diverses et étrangères… » Héb 13:9, dit l’Écriture ; de même, l’apôtre Paul, reprenant Pierre qui avait mangé avec les païens, ce qui avait choqué les convertis d’entre les Juifs, mentionne que « Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie… » Gal 2:13. Ainsi, quel que soit le domaine religieux ou mondain, le remède spirituel à la séduction ne consiste pas à « se retenir » de glisser de côté ou d’autre, car se retenir revient à se tenir en quelque sorte à « soi-même », or c’est justement en soi-même que réside cette inclination naturelle. C’est donc par un entraînement spirituel contraire, que nous triomphons de tout entraînement charnel, non pas par notre propre force, mais par celle de l’Esprit-Saint qui nous conduit en suscitant en nous l’aspiration à la Vérité. Jésus dit : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire… » Jean 6:44. Le Père nous attire à Jésus, afin que nous Le connaissions comme Sauveur. Cette attirance par l’Esprit au Fils de Dieu est la même attirance qui nous donne la Lumière et la Force pour marcher à contre-courant de l’esprit du monde. L’Esprit de Vérité en nous est cet aimant « spirituel » qui élève nos cœurs et nos pensées vers « les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu… » Col 3:1. Les choses spirituelles dépassent celles du monde, non pas en étant plus « hautes » que celles-ci, mais en ce que les choses d’en haut font naître dans le cœur l’humilité que le monde ne peut…  atteindre. Car, étant célestes, les choses divines sont de nature à faire croître « l’homme intérieur », et non pas à élever l’orgueil de l’intelligence humaine. Ce n’est donc pas par ce qui est plus élevé que les choses du monde, que nous triomphons d’elles, mais c’est en vivant de celles qui demeurent pour l’éternité et nous élèvent nous-mêmes à ce qui ne saurait être plus « haut » que la sainteté, et à l’humilité de notre Seigneur Jésus.