M138 – JE M’EN ABSTIENS …

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     « Si je voulais me glorifier, je ne serais pas un insensé, car je dirais la vérité ; mais je m’en abstiens, afin que personne n’ait à mon sujet une opinion supérieure à ce qu’il voit en moi ou à ce qu’il entend de moi… » II Cor 12:6.

  L’Écriture nous apprend que l’apôtre Paul n’était pas sans importance : « Moi aussi, cependant, écrit-il aux Philippiens, j’aurais sujet de mettre ma confiance en la chair. Si quelque autre croit pouvoir se confier en la chair, je le puis bien davantage, moi, circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux ; quant à la loi, pharisien ; quant au zèle, persécuteur de l’Église ; irréprochable, à l’égard de la justice de la loi. Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ… » Phil 3:4-7. Et ailleurs, sur le plan spirituel, l’apôtre écrit aux Éphésiens : « C’est par révélation que j’ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d’écrire en peu de mots. En les lisant, vous pouvez vous représenter l’intelligence que j’ai du mystère de Christ. Il n’a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l’Esprit, aux saints apôtres et prophètes de Christ… » Eph 3:3-5. Aussi est-ce donc à cause de la faiblesse des âmes, et afin de ne pas susciter en elles une admiration charnelle qui les aurait attachées à lui plutôt qu’au Seigneur, que l’apôtre se veut d’être sobre en ce qui concerne les révélations et les visions dont il a été l’objet de la part de Dieu : à commencer déjà par la vision céleste reçue sur le chemin de Damas, par laquelle Jésus se révéla à lui : Act 9:3-5. Un homme est grand, spirituellement, quand il dirige les regards de ceux qui l’écoutent sur Celui qui est plus grand que lui, sinon il éclipse Dieu qui l’a envoyé, et, dans ce cas, ce n’est plus l’Esprit de Dieu, mais l’Esprit d’erreur qui l’anime. C’est pourquoi l’homme de Dieu doit être l’objet de la même épuration que celle dont a besoin l’âme qui l’écoute, afin que la Parole de Dieu seule soit reçue par l’Esprit de Dieu, et non par l’esprit de l’homme. Ainsi, l’apôtre jugeait bon de « s’abstenir », afin que personne n’eût à son sujet une opinion supérieure, de peur de prendre dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui l’écoutaient la place qui revient à Dieu seul. Cette démarche spirituelle n’est pas seulement réservée à ceux qui ont reçu une vocation particulière dans le Service de Dieu, elle est aussi celle de tout racheté qui se sait responsable de ses frères, et de ce qu’il a reçu de la part de Dieu pour eux.

   Moïse, sur le Mont Sinaï, entra dans la nuée dont s’était enveloppé l’Éternel, afin que le peuple d’Israël ne fût pas consumé par Lui : Exode 19:16-25. Sur une autre montagne, Jésus, transfiguré, entra avec Moïse et Elie, apparaissant à ses côtés, dans la nuée sous les yeux de Pierre, de Jacques et de Jean : Luc 9:34. Pourquoi furent-ils donc dérobés aux regards des apôtres ? Parce que, devant « le visage de Jésus resplendissant comme le soleil et de ses vêtements devenus blancs comme la lumière… » Matt 17:2, leur esprit se troubla. Pierre, en effet, avait dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Car il ne savait que dire, l’effroi les ayant saisis… » Marc 9:6. En face de cette apparition, les paroles de Pierre indiquent que lui et les disciples furent perturbés, mais la nuée atténua la densité de la lumière de la Gloire de Jésus, trop forte à leurs yeux, et autant à leur esprit. Or, faute de lumière, l’âme s’égare ; mais trop de lumière, elle est éblouie ! Finalement, ce qui obscurcit et ce qui éblouit amènent aux mêmes conséquences, les deux aveuglent.

 Très souvent, l’Écriture nous montre Jésus ordonnant aux personnes bénies, guéries ou délivrées par Lui, de se taire. Au lépreux purifié,  il  dit : « Garde-toi  de  rien  dire  à  personne… » Marc 1:44, aux deux aveugles recouvrant la vue : « Prenez garde que personne ne le sache… » Matt 9:30, enfin, Jésus, est-il écrit « ne permettait pas aux démons de parler, parce qu’ils le connaissaient… » Marc 1:34. Car les Paroles et les Miracles de Jésus suscitaient, non seulement l’enthousiasme, mais aussi la jalousie, l’hostilité grandissante de la part de ses adversaires. Ce qui eût pu précipiter l’heure de Sa Crucifixion, que Dieu Lui-même avait fixée en vue de l’accomplissement de Sa Justice pour le Salut de nous tous. Les Juifs ayant donc résolu de Le faire mourir : « Jésus, dit l’Écriture, ne se montra plus ouvertement parmi les Juifs ; mais il se retira dans la contrée voisine du désert, dans une ville appelée Éphraïm ; et là il demeurait avec ses disciples… » Jean 11:54. Jésus ne cessa pas de prêcher, de guérir, de délivrer et de donner Sa Paix, et Il permit ainsi à ceux qui avaient un vrai besoin spirituel de le manifester en venant jusqu’à Lui.

   « Je m’en abstiens… ». Ainsi s’exprimait donc l’apôtre en digne et humble « serviteur de Jésus-Christ ». Et le fait de « s’abstenir » de Paul s’opéra en lui sous divers aspects, exprimés, entre autres, par ses propres paroles : « Moi donc, je cours, non pas comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres… » I Cor 9:26-27. Mais ce comportement ne venait pas de la seule initiative et des propres forces de Paul, loin de là ! Ce fut d’abord la Victoire de la Croix résultant de l’Œuvre de la Grâce dans sa vie, puis Dieu utilisa un « ange de Satan » pour le bien de Son serviteur, selon les paroles mêmes de l’apôtre : « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir… » II Cor 12:7. De même que Dieu séduisit Achab, non par Lui-même, mais par un « esprit de mensonge », qui se présenta et inspira les faux prophètes, afin que le roi meure à la guerre : I Rois 22:19-23. De même, ce ne fut pas un ange fidèle, mais un mauvais ange, un « ange de Satan », qui, dans ce cas précis, maintint l’apôtre dans l’humilité. Dieu est souverain, et Il utilise qui Il veut pour accomplir Ses Desseins, en choisissant les entités ou les instruments appropriés en vue d’une œuvre de sanctification. C’est là l’un des domaines particuliers, où Dieu, pour l’apôtre comme pour chacun de nous, permet à l’adversaire de « mettre à mal » notre « homme extérieur » pour le bien de notre « vie intérieure ».

   L’orgueil, non seulement est en l’homme, mais il est l’homme même ; et, en tant que rachetés, il l’est dans ce qui subsiste encore du « vieil homme » en nous. Que de choses reçues d’en haut et rendues inopérantes, parce qu’apportées sans discernement ni sobriété, en insistant plus sur le moment et la manière dont elles ont été manifestées, que sur le contenu spirituel même. Bien des âmes en effet, ayant vécu une expérience spirituelle, réduisent toute leur vie même à ce point particulier, et l’impose à autrui comme étant désormais la norme à laquelle doit se référer tout croyant. L’expérience de l’apôtre Paul montre combien l’orgueil est enraciné dans l’homme, au point que même des révélations et des visions authentiques ne peuvent rendre spirituel, si ce n’est au travers du brisement par « l’écharde » de la souffrance. L’écharde se révélant par la suite, non pas un obstacle, mais une bénédiction provenant de la Sagesse infiniment variée de Dieu. C’est donc par amour pour nous que Dieu met dans notre chair une écharde, afin de combattre notre propre nature, écharde acceptée, dès lors, comme étant ce qui concourt à la force de notre vie spirituelle.

   Que sait-on, en effet, des nuits passées par Jésus dans la prière, sur la montagne ou dans les lieux déserts ? Que sait-on de Pierre, de Jacques et de Jean, lors de la transfiguration de Jésus, sinon qu’ils en virent la Majesté et la Gloire magnifique… II Pier 1:16-17. Que sait-on des visions de Paul qui, sans se nommer, parle de cet « homme qui fut enlevé dans le paradis, et qui entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer… ? »  II Cor 12:4. Que sait-on de tout cela ? Rien ! Non plus que des rachetés, qui, depuis lors, ont vécu des expériences particulières jusqu’à aujourd’hui. Ils se sont abstenus, et c’est pourquoi ils ont été efficaces. Une lampe ne brille pas seulement pour être vue, mais afin d’éclairer ; ainsi en est-il du croyant. Et si, par extraordinaire, une âme devait trop « briller », le Seigneur aurait tôt fait de mettre sur elle, un « abat-jour », l’abat-jour de l’humilité provenant de ses propres faiblesses éclairées par cette même Lumière. Lumière qui révèle nos imperfections, et qui, en même temps, nous éclaire sur les Perfections du Seigneur, auxquelles nous sommes appelés à tendre.