M137 – ESPOIR DIFFÉRÉ …

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    « Un espoir différé rend le cœur malade, mais un désir accompli est un arbre de vie… »       Prov 13:12.

   Il y a des maladies qui frappent le corps, et d’autres le cœur ; mais la cause de ce qui rend le cœur malade, et parfois même le corps, c’est un « espoir différé », en un mot : la déception. Il est de grandes souffrances qui frappent d’un seul coup et dont les traces demeurent toute la vie. Contrairement aux grandes épreuves, les « espoirs différés », les déceptions même petites, mais quotidiennes, ne sont pas, des pluies battantes ou des torrents dévastateurs, mais des petits filets d’eaux corrosives qui sont à même d’entamer la confiance, la patience ou même la foi de l’âme sincère. Et ceci d’autant plus si cette âme a pris ses propres désirs pour des promesses venant de Dieu.

   Le sentiment d’être déçu est ressenti par les croyants les plus spirituels, autant que par ceux qui ne le sont pas. Beaucoup de situations particulières, de relations fraternelles, d’activités spirituelles et même de certaines prières en cas de non exaucement, peuvent se révéler des espoirs différés ou déçus. Combien d’interrogations jusqu’au moment où nous comprenons, enfin, que ce fut pour notre bien même qu’un « exaucement » n’ait pas eu lieu. Notre prière, en effet, ayant été inspirée par un besoin personnel et non spirituel, nous eût alors détournés du chemin tracé par Dieu pour nous. Veillons à ce que nos prières ne soient pas des ordres donnés à Dieu, et que nos espérances ne deviennent pas des exigences. Ce qui reviendrait à nous prier nous-mêmes, plutôt que Dieu, et à lui demander ce que nous choisirions de recevoir plutôt que ce qu’Il a réservé pour nous. Il ressort donc que notre déception vient de nous, qui voulions, plutôt que de Dieu qui ne voulait pas.

    C’est évidemment dans les relations fraternelles que naissent les causes de déceptions, fondées ou non fondées. Dans ces situations particulières, les détails rapportés sont, selon les cas, amenuisés ou amplifiés, révélant, par là, la sensibilité comme la susceptibilité des personnes. L’on fonde un espoir sur une relation, une collaboration, puis surgit une déception ; que l’espoir soit ténu ou enthousiaste au départ, cela aboutit au même résultat dans la suite, mais dans ce dernier cas la douleur est plus grande. Avant d’être causée par des personnes ou des événements, la déception est propre à la nature humaine, dont la compréhension souvent unilatérale, donc limitée, ne peut embrasser à la fois tous les aspects d’une situation. C’est ainsi que le jour où nous ne trouvons plus ce qui nous plaît en l’autre, c’est-à-dire, lorsque notre « moi » est contrarié, alors nous sommes déçus. Or, l’Écriture dit : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit… » Gal 5:25. La « marche selon l’Esprit » est une vie toujours en mouvement, donc faite de changements intérieurs, mais la « chair » n’aime pas ce qui « bouge », ce qui se transforme spirituellement pour grandir. Ainsi, en l’absence de croissance spirituelle, les relations fraternelles quittent la communion selon l’Esprit de Dieu pour celle des affinités humaines, non spirituelles, avec toutes les déconvenues que celles-ci entraînent. Les croyants, en ne demeurant pas dans l’Esprit, font que les pensées ou les points de vue dès lors s’entrechoquent ou se distancient. L’important est donc de savoir si toute situation, devenue impossible, a été suscitée par la Volonté du Seigneur ou par celle de l’homme. Car il est des âmes réunies par Dieu, mais que des circonstances séparent pendant un temps, et qui se retrouvent tôt ou tard dans la même pensée de l’Esprit. Tandis qu’il en est d’autres, réunies de leur propre volonté, et que Dieu a permis, afin qu’elles apprennent à connaître la voie, ou le service différent auquel Dieu les a vraiment appelées.

    Il est un penchant qui consiste à chercher chez les autres les qualités que l’on pense avoir, et de n’apprécier ces personnes que si ces qualités s’y trouvent. Mais comme l’on pense que de telles âmes ne peuvent exister, l’on se croit alors assez « parfait » pour être déçu, or une personne déçue est très souvent une personne qui se croit plus parfaite que les autres. L’homme spirituel, qui tend à la perfection selon le Seigneur, est souvent déçu de lui-même, parce que sa conscience, éclairée par l’Esprit-Saint, le rend suffisamment honnête pour reconnaître qu’il ne saurait être plus qu’il n’est en réalité. En certaine circonstance, il reconnaît ses torts, mais avec une fausse humilité, ou, en telle autre, il défend la Vérité, mais avec orgueil, dans le but d’assoir sa réputation d’homme spirituel, et, à ce titre justement, il est spirituellement déçu de lui. En vérité, l’homme spirituel n’est pas à proprement parler déçu, bien qu’il le ressente comme cela, mais il est plutôt affligé, car il souffre par rapport à Dieu dont il se sait être l’objet de Sa Bonté et de Sa grande Patience. L’homme charnel, par contre, est vraiment déçu, contrarié, parce qu’il ne souffre que par rapport à lui-même ; son « moi » est blessé, parce qu’il n’a pas la satisfaction d’avoir eu raison, ou atteint ses propres buts chez autrui. Les déceptions révèlent les espoirs déçus du « moi ». Nous sommes déçus des autres parce que nous exigeons d’eux ; or nous n’avons pas le droit de réclamer quoi que ce soit des autres, si ce n’est, de nous-mêmes d’abord, la confiance, sans laquelle rien ne se bâtit durablement.

   S’il y eut un « espoir différé », ce fut bien celui des disciples, notamment de deux d’entre eux, qui, quittant Jérusalem, se rendaient à Emmaüs après la Crucifixion de Jésus, leur Maître Bien-aimé. Jésus, le « Prince de la Vie » qui pourtant avait dit à Marthe, qui pleurait la mort de Lazare, son frère : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra,  quand  même  il  serait  mort… » Jean 11:25. C’était donc à ce Jésus qu’ils croyaient mort, mais qui, ressuscité, s’était joint à eux sans être reconnu par eux, que les disciples d’Emmaüs dirent : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées… » Luc 24:21. « Nous espérions… », ces paroles expriment la disparition de leur espoir, de leur foi, de leur vie presque. N’avons-nous pas nous-mêmes employé cette expression un jour ou l’autre, et peut-être même en cet instant… ? Car la marche par la foi nous apprend que, pendant un temps plus ou moins long, ce qui est demandé ou espéré se présente d’une manière parfois contraire à ce qui était attendu. Sous ce même aspect, mais dans une toute autre circonstance, l’apôtre Paul, envoyé par Dieu en Asie, écrit : « … Nous avons été excessivement accablés, au-delà de nos forces, de telle sorte que nous désespérions même de conserver la vie. Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu, qui ressuscite les morts… » II Cor 1:8-9.

  Ces diverses situations nous apprennent que, ce qui est effectivement regardé comme des situations sans espoir, ne sont que des « passages » de la mort à la vie. Ainsi, quel que soit le domaine dans lequel l’on est déçu, la déception est ressentie comme la « mort » de la chose espérée, et c’est en ce sens que la Mort de Jésus et Sa Résurrection présentent un processus qui se répète maintes fois dans la vie et dans la prière de la foi. Il arrive, en effet, que les choses pour lesquelles nous prions semblent demeurer « lettre morte » pendant un certain temps, mettant à l’épreuve notre foi qui doit résister au découragement, et donc à la déception. Il y a souvent comme un « temps mort », un temps d’attente, parfois de doute, connu de Dieu et nécessaire à notre mûrissement spirituel, et qui précède l’exaucement de la prière ou l’accomplissement d’une promesse. Alors la déception, au lieu de conduire à l’amertume, nous amène à réaliser, par l’Esprit-Saint, que l’objet de notre prière doit passer par une sorte de mort et de résurrection afin que la chose priée s’accomplisse, mais au temps et à la manière de Dieu. Ces périodes de crises, propres à toute croissance spirituelle, font que l’exaucement ne consiste pas uniquement en des choses reçues, mais en ce que nous devenons nous-mêmes spirituellement changés, et, ceci, déjà par l’acte que le fait même de prier a opéré au-dedans de  nous. D’où nous réalisons qu’être exaucés, ce n’est pas toujours avoir obtenu quelque chose de plus ou de plus grand de la part de Dieu, mais de l’être nous-mêmes devenus en Lui.