M135 – TOUT SARMENT …

Format PDF

   « Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit. Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent… » Jean 15:1-6.

  Le Cep, le sarment, le fruit : le tout sous le regard vigilant du divin Vigneron. Redoutable privilège que le nôtre d’être le sarment, se tenant entre le Cep et la grappe, trait d’union par lequel la sève devient fruit. Ne pensons pas, toutefois, que sans nous Christ ne puisse accomplir Son Œuvre, ce serait oublier que s’il n’y a qu’un seul Cep, il y a plusieurs sarments, et que si l’un ne fait, ou ne veut pas faire la Volonté du Père, un autre sera appelé à l’accomplir. Il est écrit que « tout sarment » qui porte du fruit, le Père « l’émonde », et que celui qui ne porte pas de fruit, Il le « retranche ». Chacun de nous est placé devant cette alternative : être « émondé » ou être « retranché ». C’est par la Vie divine que l’on porte du fruit pour Dieu, selon que le dit Jésus : « Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… » Jean 5:26, et cette Vie féconde est en nous dans la mesure où nous aimons de cet « Amour  de  Dieu r épandu  dans nos  cœurs  par  le  Saint-Esprit » Rom 5:5. Amour qui nous fait connaître les Œuvres que Dieu a préparées d’avance pour nous, selon les Paroles de Jésus au sujet de Lui-même : « … Le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait ; et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, afin que vous soyez dans l’étonnement… » Jean 5:20. Ainsi, quant à nous rachetés, le fruit est produit par la Vie qui vient du Père, Vie qu’Il nous a donnée par Son Fils dont l’Amour envers nous est révélateur de Ses Œuvres. Ce qui nous vient du cœur de Dieu nous fait connaître ce que fait Sa main.

  L’émondage évoque souvent l’idée de réduction, alors que, au contraire, c’est précisément pour fortifier les branches qui portent du fruit, que les autres infructueuses, qui les affaiblissent en leur soutirant inutilement la sève, doivent être coupées. C’est en livrant la chair à la crucifixion que l’on affermit l’esprit. Il n’y a donc que le sarment qui porte du fruit qui est émondé, afin de porter encore plus de fruit. Il ressort de ces paroles que, d’une part, nous ne pouvons aimer Dieu véritablement sans être émondés, et que, à l’inverse, la crainte d’être émondés révèle notre amour imparfait pour Lui. Mais le racheté acceptera plutôt d’avoir son « moi » émondé par amour pour son Seigneur. Le « châtiment par le Seigneur » est préférable à la « condamnation avec le monde », en l’occurrence, en ce qui concerne le Repas du Seigneur pris sans s’être « éprouvé » et « jugé soi-même » I Cor 11:28-32. Ainsi l’émondage, en vue du fruit éternel, vaut-il mieux que le retranchement et d’être jeté dehors. Il n’est donc pas possible de porter plus de fruit sans souffrance, car la souffrance est indispensable, afin de briser l’orgueil, qui change si subtilement la joie même d’être béni par le Seigneur en une propre assurance, qui en annule le fruit spirituel.

  Que l’on porte du fruit, en demeurant en Jésus, ceci est compréhensible, mais ce qui l’est moins, c’est quand, tout en demeurant en Lui, l’on en porte point, selon les Paroles mêmes de Jésus : « Tout sarment qui est en moi, et qui ne porte pas de fruit, il le retranche… » Jean 15:2, et, sous ce rapport, au même titre que le sarment  qui, « … ne  demeurant  pas attaché  au  cep,  est  jeté dehors… » Jean 15:6. Or Jésus a dit : «  Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup  de  fruit,  car  sans  moi  vous  ne  pouvez  rien  faire… » Jean 15:5. D’où vient donc qu’une âme attachée au Cep, qui est Christ, porte du fruit, tandis qu’une autre, demeurant en Lui, n’en porte pas… ? La condition essentielle pour porter du fruit est, non seulement que nous soyons en Christ, mais que Christ soit en nous. Or, il s’avère qu’une âme peut être en Christ, mais sans que Christ soit en elle. Ceci explique pourquoi une âme, tout en demeurant en Christ, ne porte pas de fruit, en ce sens qu’elle connaît Christ sans lui appartenir encore. Elle a une relation avec Ses Promesses, mais non pas avec Sa Vie ; elle participe à Ses Bénédictions, mais non pas de Sa Sainteté ; elle a une connaissance sans nouvelle naissance.

  « Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux, dit Jésus, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité… » Matt 7:21-23. À la ressemblance de ces âmes connaissant Dieu, mais sans être connues de Lui, celles qui sont en Christ, sans que Christ soit en elles, peuvent manifester des dons spirituels, mais non pas le fruit qui seul révèle l’appartenance à Dieu.

  Ainsi, être fructueux en Christ, est donc, en même temps, demeurer en Lui et Lui en nous. Cette communion du racheté avec Dieu provient de la position intérieure de nous en Dieu et de Dieu en nous, et dans cette rencontre intérieure se manifeste la Plénitude de Christ en nous. Sous quelle forme Jésus demeure-t-Il en nous ? L’Écriture nous aide à le comprendre : « Si vous demeurez en moi, dit Jésus, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela, vous sera accordé… » Jean 15:7. C’est par la « foi » que nous demeurons en Jésus, et c’est par Sa « Parole » qu’Il demeure en nous ; et ces deux réalités spirituelles n’en font qu’une. Ce n’est pas autrement que par Sa Parole vivifiante et agissante, à laquelle obéît notre foi, que Christ demeure en nous. Et la Parole divine en nous, c’est, en plus de la connaissance de celle-ci, recevoir la Nature de Dieu qui transforme la nôtre en la crucifiant. La Parole affranchissante en nous, c’est la Mort de Jésus en nous, c’est la Vie de Jésus en nous ; c’est la Croix, et la Victoire de cette Croix dans notre vie, par la Puissance du Christ ressuscité.

  Il y a des œuvres visibles sans qu’il y ait nécessairement la sanctification et le brisement en celui qui en est l’instrument ; c’est là, en effet, un trait de l’Amour et de la Patience de Dieu qui appelle et bénit qui Il veut. À l’inverse, il est un fruit intérieur qui n’est pas connu en proportion de la sanctification, des épreuves et de l’intercession du racheté, mais dont la vie cachée en Christ et la fidélité se répercutent dans les lieux célestes, et retombent en bénédiction sur les âmes, sans que la plupart de celles-ci en soient conscientes. Sans les fondations, qui ne se voient pas et sur lesquelles toutes choses reposent, la solidité, la grandeur et la beauté d’un édifice ne seraient que ruines. D’où nous apprenons que ce qui est visible n’est pas toujours durable, et que ce qui est durable n’est pas toujours visible. « Être émondé », c’est recevoir la vision intérieure des seuls Moyens et des seuls Buts de Dieu, et accepter que ceux-ci prennent désormais la place des nôtres, de même que nous n’avons pu revêtir « l’homme nouveau » sans avoir appris de Christ à nous dépouiller de « l’ancien » Eph 4:21-24. Notre propre vie se perd en cédant la place à la Vie de Celui qui demeure en nous, et ni l’adversaire, ni le monde, ni même nos propres faiblesses ne sauraient nous faire douter de la certitude bénie de Sa Présence dans nos cœurs.

  Ainsi le Seigneur, en exhortant Ses enfants rendus « purs par Sa Parole » à demander ce dont ils ont besoin, évite-t-Il la tristesse de devoir fermer Son oreille à des demandes charnelles de leur part, parce que, « étant devenus participants de la nature divine… » II Pier 1:4, la Volonté de Dieu, et non la leur, inspire leurs prières, et parce qu’ils acceptent, comme ils le sont eux-mêmes, qu’elles aussi soient émondées.