M134 – BON SENS …

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    « Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là… » II Thess 2:1-2.

   S’il est un domaine dans lequel le « bon sens » doit prévaloir, selon l’Esprit de Dieu, c’est bien celui de la compréhension spirituelle. Il en est ainsi, tant du comportement que des paroles, et, en particulier, en ce qui concerne certaines vérités, mal comprises, de la Parole de Dieu. L’apôtre Paul expose à Timothée le cas d’Hyménée et de Philète, dont l’orgueil permit au diable de les séduire, et « qui se sont détournés de la vérité, disant que la résurrection est déjà arrivée, et qui renversent la foi de quelques-uns… » II Tim 2:16-18. Paul, dans cette même épître, exhorte alors « à redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté… » II Tim 2:25-26. Une compréhension erronée de la Parole est le signe d’un « moi » non crucifié, et dont la propre assurance ne peut que déformer le jugement spirituel. En face de la Lumière de la Parole divine, l’orgueil manifeste toujours sa folie, d’où l’absence de bon sens dans beaucoup de convictions de personnes sectaires, qui enseignent tout à partir d’elles-mêmes, et excluent toute autre compréhension de la Parole.

  L’apôtre, en exhortant les croyants à ne pas se laisser ébranler dans leur « bon sens », le fait d’autant plus que l’on se servait de son nom, ainsi que de ceux des autres apôtres, pour appuyer des révélations ou des interprétations qui ne venaient pas de Dieu. Or l’apôtre lui-même déclare : « Quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème (voué à la destruction) … ! » Gal 1:8. « Quand nous-mêmes… » écrit Paul. Non seulement l’apôtre ne fait pas confiance à un ange, mais pas davantage à lui-même, à sa propre bouche… ! D’ailleurs, son bon sens éclairé lui ferait aussitôt discerner d’où vient l’esprit séducteur qui tenterait de l’inspirer. En fait, le bon sens  dont  parle  l’apôtre est,  par l’Esprit,  cette « raison saine… » Prov 3:4, qui s’acquiert par la méditation de la Parole. « Raison saine… », qui est le propre « des hommes faits dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce  qui  est  bien  et  ce qui est mal… » Héb 5:14.

  Le bon sens auquel nous exhorte donc l’apôtre concerne, non seulement l’erreur, mais aussi la manière dont nous comprenons la Vérité et les enseignements qui en découlent. Pierre, parlant des événements des temps de la fin, mentionne la sagesse qui a été donnée à Paul dans le fait, dit-il, que « … dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine… » II Pier 3:15-16. Les paroles fausses égarent, mais les vraies ne sont pas automatiquement comprises comme telles, car, entre elles et nous, il y a… nous-mêmes. C’est-à-dire, notre « moi », notre « sens naturel » qui n’a pas encore entièrement cédé la place au sens spirituel de la Parole divine. Un homme tord la Parole droite, parce que lui-même est tordu, et ce n’est certes pas avoir du bon sens que d’avoir l’esprit tordu. Le bon sens, aux yeux du Seigneur, c’est l’intelligence qui vient, non de la connaissance humaine, mais d’un cœur pur, car seul un cœur purifié par le Sang de Jésus, sait distinguer entre « la voie de l’insensé qui est droite à ses yeux… » Prov 12:15, et ce qui est droit selon la Pensée de Dieu. Aussi Paul, tout en demandant de la déférence à l’égard des serviteurs de Dieu comme à l’égard de lui-même,  s’efface-t-il, afin que, seule, la Parole qu’il prêche conduise à Christ, et non à lui, car tout attachement à l’homme, à l’instrument de Dieu plutôt qu’à Dieu lui-même, est un germe d’idolâtrie qui altère le sens spirituel en toutes choses.

   Il est une association qui peut sembler paradoxale, c’est celle de la foi et du bon sens. Le sens commun, en effet, peut taxer de folie une personne qui, inlassablement, prie dans l’attente d’une intervention surnaturelle dans un domaine de sa vie ou de celle d’autrui. Mais une promesse reçue par une âme n’est pas donnée à tout le monde, et, pour elle, le bon sens consiste à y persévérer sans tenir compte de tout ce qui l’entoure, même si cela devait être regardé comme de l’obstination ou de l’absurdité. Or, le bon sens et la foi, au contraire, ne s’opposent pas. Par la foi nous comprenons que nous ne pouvons pas nous appuyer sur notre bon sens, mais sur Dieu seul, mais le bon sens, éclairé par l’Esprit, nous garde de présenter à Dieu des prières, qui ne seraient  pas dans le sens qu’imprime le Dessein de Dieu.   

   Il y a certes des mystères dans le domaine de la foi ; mais une chose est certaine, Dieu a des lois, et, en tant que Dieu, Il peut agir au-dessus de Ses propres lois, et Il n’agira jamais contre elles. En effet, même après que l’Éternel, en réponse à la Parole de Josué, « … eut arrêté le cours du soleil sur Gabaon et de la lune sur la vallée d’Ajalon… », le jour où Il livra les Amoréens à Israël : Jos 10:12-14, et qu’Il « … fit reculer le soleil de dix degrés sur les degrés d’Achaz… » en réponse à la prière du prophète Ésaïe : II Rois 20:9-11, le soleil et la lune n’en reprirent pas moins leur cours. Ainsi en est-il dans nos vies, les normes spirituelles prévalent sur les normes naturelles, mais elles ne s’y opposent pas ; les spirituelles demeurent en relation avec les naturelles, afin d’agir sur elles. Ce que Dieu demande du croyant peut parfois paraître étrange, le comportement de celui-ci peut paraître incompréhensible, mais il ne sera jamais insensé. Ne jugeons donc pas d’après l’aspect extérieur de la vie d’une âme, dont l’obéissance à une Direction de la Volonté de Dieu est connue d’elle seule.

  Dans sa vie d’apôtre, Paul dut affronter des situations les plus difficiles, au point de devoir écrire aux Corinthiens : «  Je le répète, que personne ne me regarde comme un insensé ; sinon, recevez-moi comme un insensé, afin que moi aussi, je me glorifie un peu. Ce que je dis, avec l’assurance d’avoir sujet de me glorifier, je ne le dis pas selon le Seigneur, mais comme par folie. Puisqu’il en est plusieurs qui se glorifient selon la chair, je me glorifierai aussi. Car vous supportez volontiers les insensés, vous qui êtes sages. Si quelqu’un vous asservit, si quelqu’un vous dévore, si quelqu’un s’empare de vous, si quelqu’un est arrogant, si quelqu’un vous frappe au visage, vous le supportez. J’ai honte de le dire, nous avons montré de la faiblesse… »  II Cor 11:16-21, et encore : « J’ai été un insensé : vous m’y avez contraint. C’est par vous que je devais être recommandé, car je n’ai été en rien inférieur aux apôtres par excellence, quoique je ne sois rien. Les preuves de mon apostolat ont éclaté au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles. En quoi avez-vous été traités moins favorablement que les autres Églises, sinon en ce que je ne vous ai point été à charge ? Pardonnez-moi ce tort… » II Cor 12:11-13.

   L’apôtre Paul agit en cette situation conformément aux paroles du sage, disant : « Réponds à l’insensé selon sa folie, afin qu’il ne se regarde pas comme sage… » Prov 26:5. Les Corinthiens, tout au moins une certaine partie d’entre eux, ne surent guère apprendre de la grande patience de l’apôtre à leur égard en vue de leur édification en Christ. Aussi, puisqu’ils n’étaient pas en mesure de le comprendre, Paul dut-il leur parler en dépit du bon sens dans le but de les faire réagir par le non-sens de ses propos, afin qu’ils prissent conscience de leur comportement insensé et qu’ils revinssent à leur bon sens en voyant la « folie » de Paul, qui révélait la leur. De même que nous apprenons de nos échecs et de nos erreurs, et que nous nous sentons, à cause de cela, encore plus dépendants du Seigneur et de Sa Sagesse ; de même, n’est-ce pas à partir de chaque « coup de folie », de manque de sagesse évident que nous apprenons à demeurer dans notre bon sens, redécouvrant chaque fois, et avec reconnaissance  « … qu’une  raison saine a  pour fruit la  Grâce… » Prov 13:15.