M133 – SON PLAISIR …

 

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  « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point : Tout ce qu’il fait lui réussit… » Ps 1:1-3.

   Beaucoup ont cru trouver un certain plaisir à « marcher selon le conseil des méchants », à « s’arrêter sur la voie des pécheurs », ou à « s’asseoir en compagnie des moqueurs ». Une multitude de plaisirs sont proposés par l’adversaire de nos âmes, en ce monde ou en notre propre chair ; mais heureux l’homme qui, après avoir reçu le Seigneur et se gardant de toutes ces expériences amères, trouve « son plaisir » dans la méditation de la Parole de Dieu. Il est connu que l’on tient à ce qu’on aime, ou plutôt que l’on est tenu par ce qu’on aime. Or c’est à ce qu’on aime que l’on prend plaisir ; aussi, en tant que rachetés, par quelle sorte de plaisir sommes-nous donc tenus ? Notre plaisir est-il charnel ou spirituel, terrestre ou céleste ? Car si, en effet, nous sommes ce que nous pensons, nous devenons ce que nous aimons en ressemblant à l’objet de notre amour, dans lequel nous trouvons notre plaisir. Or, ce à quoi nous prenons plaisir révèle notre nature profonde.

   A celui qui trouve « son plaisir » dans la Parole, dit le Psalmiste, « tout ce qu’il fait lui réussit… ». Quel ne sera alors notre zèle dans la lecture de la Parole. Mais en quoi consiste pour nous la nature de cette réussite ? Et de quel esprit anime-t-elle le plaisir qu’elle suscite en nous ? L’apôtre Paul écrit : « Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres… » Rom 7:22-23. Ce principe vaut pour tous les domaines de la vie spirituelle, en effet, « qui »  en  nous  prend  plaisir  à  la  Parole,  « l’homme  intérieur »  ou « l’homme extérieur », avec ses désirs qui s’opposent à ceux de « l’homme intérieur » ? D’où vient donc l’esprit qui inspire notre plaisir, notre besoin de lire la Parole, de notre entendement spirituel ou de notre chair ? Si seul le fait de lire la Parole faisait que tout ce que l’on fait réussissait, les incroyants eux-mêmes trouveraient plaisir à la lire. Or, nous-mêmes, en tant que croyants, que cherchons-nous, dans quel but parcourons-nous les Écritures ? Y cherchons-nous une direction, une approbation au sujet d’une décision ou d’une entreprise venant du Seigneur, ou  de  nous-mêmes ? Certes, la Parole de Dieu, dans Sa Profondeur et Sa Lumière, nous apporte les Ressources divines suffisantes pour notre vie spirituelle et pour le témoignage à rendre. Mais utiliser la Parole uniquement dans le but d’obtenir de la puissance ou des exaucements, de préparer la prédication… plutôt que le prédicateur lui-même, peut se révéler être un plaisir que l’on se donne à soi-même, au même titre que d’utiliser les Bénédictions du Seigneur à ses propres fins. Avant le service quel qu’il soit, la Parole de Dieu nous est donnée d’abord pour notre croissance spirituelle ; elle n’est pas un moyen ni un outil, mais un « Pain vivant », une « Eau vive ». L’âme « qui a réussi », aux yeux de Jésus, ce n’est pas l’âme qui a gagné ou qui possède, mais celle qui a grandi en Lui, qui est riche pour Dieu, c’est-à-dire, de Dieu.

   Le plaisir que trouve « l’homme intérieur » à méditer la Parole révèle la profondeur de son amour de la Vérité qui répond au besoin de sa nature spirituelle. Le Psalmiste, parlant à lui-même, s’adresse à son cœur et à son âme, comme à une personne intime à lui-même, en s’écriant : « Éternel… Dis à mon âme : Je suis ton salut… » Ps 35:3 ; et : « Je bénis l’Éternel, mon conseiller ; la nuit même mon cœur m’exhorte… » Ps 16:7, et encore : « Mon cœur dit de ta part : Cherchez ma face ! Je cherche ta face, ô Éternel ! Ne me cache point ta face… »  Ps 27:8-9. De même, le racheté du seigneur est à ce point avide de la Parole, qu’il la regarde et la ressent spirituellement comme une personne vivante dans sa vie, éprouvant envers elle les paroles du sage, disant : « Dis à la sagesse : Tu es ma sœur ! Et appelle l’intelligence ton amie… »  Prov 7:4. « Ne l’abandonne pas, et elle te gardera ; aime-la, et elle te protégera… », et encore : « Exalte-la,   et   elle   t’élèvera  ;  elle  fera  ta  gloire,  si  tu  l’embrasses… » Prov 4:6,8. Le véritable croyant est un « amoureux de la Parole », à l’exemple de la Sulamithe dans son amour envers son bien-aimé : « J’étais endormie, dit-elle, mais mon cœur veillait… C’est la voix de mon bien-aimé qui frappe : Ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite… » Cant des cant 5:2. La Parole de Dieu est toute Pureté, Plénitude et bonheur céleste ; elle est faite pour l’âme qu’elle a rendue semblable à elle-même, car la Révélation est donnée pour l’Élection et l’Élection pour la Révélation. La Parole a ceci de particulier qu’elle se dérobe à l’orgueil de l’intelligence, et se cache lorsque celle-ci veut la réduire à un objet d’étude, mais elle se révèle à notre soif spirituelle et à notre faim des profondeurs, elle accourt à notre cri, elle emplit notre solitude.

    Croire et vivre la Parole ne consiste pas à recevoir des préceptes figés exigeant une fidélité paralysante. Ce n’est certes pas de cette manière que l’on peut trouver du plaisir à la méditer. Paul, ne cessant de prier pour les croyants d’Éphèse, leur écrit : « Que le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance, et qu’il illumine les yeux de votre cœur… » Eph 1:17-18. Pourquoi donc cet Esprit de sagesse et de révélation, cette illumination des yeux de leur cœur ? Afin qu’ils soient, à l’exemple des croyants de Colosses, auxquels il écrit : « … unis dans la charité, et enrichis d’une pleine intelligence pour connaître le mystère de Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science… » Col 2:2-3. Le plaisir de méditer et de pratiquer la Parole vient du renouvellement constant de celle-ci par l’Onction de l’Esprit qui « demeure en nous et nous enseigne… » I Jn 2:27. L’âme qui reçoit Christ, découvre, en même temps, ce qui est caché de Christ en elle-même, c’est-à-dire, les trésors de la sagesse et de la science. En Christ, nous avons tout reçu, mais nous n’avons pas tout découvert ; nous avons reçu la vraie Lumière, mais nous n’avons pas encore vu et saisi toutes choses. Il y aura toujours quelque chose de caché dans ce que l’on découvre en Christ, car c’est autant en Le cherchant qu’en Le trouvant, que l’on connaît Christ et que l’on se connaît soi-même en Lui.

   Il est des choses en ce monde, que l’on connaît sans les comprendre, et, pareillement, des choses spirituelles que l’on connaît sans les comprendre encore. Les deux disciples d’Emmaüs, dit l’Écriture, reconnaissant Jésus ressuscité, se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures… ? » Luc 24:32. En effet, alors qu’ils s’entretenaient avec tristesse de la crucifixion de Jésus, qui avait eu lieu trois jours auparavant, Jésus « … s’approchant d’eux, fit route avec eux, dit l’Écriture. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître… » Luc 24:15-16. Leurs yeux n’aperçurent pas Jésus, mais bien leur cœur, qui « brûlant à sa Parole », L’avait vu ; leur « homme extérieur » ne reconnut pas la « Parole faite chair » qui leur parlait, mais leur « homme intérieur » la recevait. Combien de fois n’avons-nous pas entendu des Vérités de la Parole, ou vécu des événements qui nous dépassaient pour réaliser, dans la suite, que c’était Dieu qui nous parlait personnellement ? Le sens de la Parole n’est pas toujours compris au moment même où nous l’entendons, mais, toujours, « elle brûle au-dedans de nous », et c’est là un signe intérieur qui révèle, que nous lui appartenons.

   C’est parce qu’un événement heureux nous dépasse, que nous en éprouvons d’autant plus de plaisir, mais il n’est pas de plaisir plus grand et plus sain, que celui que nous trouvons dans la Parole, en ce qu’elle nous révèle le « bon Plaisir de la Volonté » de Dieu, qui accomplit Ses Desseins envers nous. N’est-ce point en cela que tout disciple instruit des choses de Dieu éprouve la joie du Psalmiste, disant : « Mon âme est brisée par le désir qui toujours la porte vers tes lois… » Ps 119:20, paroles qui nous font s’écrier avec lui : « Des paroles pleines de charme bouillonnent dans mon cœur. Je dis : Mon œuvre est pour le roi ! Que ma langue soit comme la plume d’un habile écrivain… » Ps 45:2.