M130 – FAISONS-NOUS UN NOM …

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     « Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre… »  Gen 11:1-4.

   Une ville, une tour, un nom ; tout ceci nous révèle les aspirations du cœur de l’homme, qui sont celles de tous les hommes en tous temps. Ce qu’un individu pense, le groupe le concrétise. D’où vient donc ce besoin impérieux, comme tant d’autres, de « se faire un nom » ? Quel est le vide intérieur qui pousse l’homme à le combler ainsi par un nom ? Les peuples assemblés à Babylone nous en donnent eux-mêmes la réponse : « Faisons-nous un nom, se dirent-ils l’un à l’autre, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre… ». Un nom qui préserve de la dispersion, c’est-à-dire, un nom dans lequel sont inclus tous les noms des systèmes qui ont existé, existent et existeront parmi les hommes. « Se faire un nom » est un besoin fondamentalement religieux chez l’homme, car il révèle sa peur d’être séparé les uns des autres, sa peur d’être seul, sans force, sans sécurité, sans secours mutuel face aux éléments hostiles. Un nom qui sert, non seulement à relier les hommes les uns aux autres pour affronter la vie, mais aussi à les relier avec ce qui est en haut, c’est-à-dire, avec la divinité. De là l’importance du nom en ce qu’il désigne des aspirations humaines « divinisées ». Le « nom » devient « dieu » pour l’homme, ces « dieux » portant les « noms » inspirés de ses propres désirs.

   Tous les systèmes parmi les hommes, même ceux dits athées, sont de nature religieuse, car ils n’existent véritablement à leurs yeux que dès le moment où un nom leur est donné, les distinguant les uns des autres. Et la lutte pour la défense de ce nom, quel qu’il soit, a entraîné des hommes à accomplir des actes héroïques, cruels ou désespérés, tandis que d’autres s’en sont servi à leur profit. Si dans le monde le nom est concrétisé par un chef ou un système, dans le domaine religieux, il l’est par un conducteur ou par une doctrine, ou l’un et l’autre. « Se faire un nom » revient donc à se donner un chef, un roi, une organisation. Au sujet d’Israël, en effet, qui désirait à tout prix un roi « comme les autres nations », l’Éternel dit au prophète Samuel : « Ecoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira ; car ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux… » I Sam 8:7 ; suit toute une liste d’exigences concernant les « droits du roi » sur le peuple : « Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars et parmi ses cavaliers, afin qu’ils courent devant son char ; il s’en fera des chefs de mille et des chefs de cinquante, et il les emploiera à labourer ses terres, à récolter ses moissons, à fabriquer ses armes de guerre et l’attirail de ses chars. Il prendra vos filles, pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères. Il prendra la meilleure partie de vos champs, de vos vignes et de vos oliviers, et la donnera à ses serviteurs. Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes et il la donnera à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs bœufs et vos ânes, et s’en servira pour ses travaux. Il prendra la dîme de vos troupeaux, et vous-mêmes serez ses esclaves. Et alors vous crierez contre votre roi que vous vous serez choisi, mais l’Éternel ne vous exaucera point… » I Sam 8:11-18. Ne faut-il donc pas être aveugle ou séduit pour préférer l’imposition d’un roi avec de telles exigences à la conduite, par la Parole révélée, du Dieu d’Amour au travers de Ses prophètes fidèles et désintéressés ? Mais que ne ferait-on pas pour être « comme les autres », reconnus par eux, pour avoir un titre, une sécurité terrestre, en un mot, pour avoir un nom.

   Les noms sous lesquels les hommes se rassemblent leur servent de boucliers, mais ces boucliers profanes ou religieux les dérobent aux yeux de Dieu, alors que le « bouclier de la foi » dont le racheté se revêt, c’est Dieu Lui-même qui protège Son enfant. Il nous souvient de l’Écriture, disant que les hommes se firent un nom, afin de ne pas être « dispersés ». En effet, les systèmes de ce monde, en particulier ceux religieux, ont un même but : celui d’être rassemblés en leurs noms spécifiques, en attendant le jour où ils le seront sous un même « nom ». Lequel nom, alors, les rassemblera tous contre le « seul Nom (Jésus) qui ait été donné parmi les hommes, et par lequel nous sommes sauvés… » Act 4:12. Or, Jésus dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse… » Matt 12:30. Il y a de plus en plus de démarches en vue de rassemblements et d’unions, plus faites de concessions que dans une réelle communion au Nom du Christ, mais sous lequel Christ Lui-même est remplacé par des pensées et des vues humaines. Mais tout ce qui est rassemblé sans Christ, et qui apparaît uni et fort aux yeux des hommes, Christ, Lui, le voit « dispersé » et spirituellement désert. Alors que Son Église sur laquelle Son Nom est invoqué, invisible mais réelle en chacun des croyants, Christ la voit, malgré ses faiblesses, comme étant une, parfaite et sainte. Les divergences et les divisions ne sont que le produit extérieur de l’orgueil de ceux qui ont mis leurs noms à la place de Son Nom, ainsi que le déclare le Psalmiste au sujet des adversaires de Dieu : « … Tes adversaires ont rugi au milieu de ton temple, ils ont mis pour signes leurs signes… » Ps 74:4.

   L’homme « se fait un nom » parce qu’il a besoin d’identité, et son identité n’existe que par le nom qu’il s’est choisi pour la désigner. Sur le plan religieux, ce nom est la « dénomination religieuse ». Or, plus l’on s’écarte de la Révélation de Dieu et de Sa Parole, plus le nom, le titre, prend de l’importance, car tout nom, profane ou religieux, signifie l’appartenance à ce qu’il désigne. Ceci explique pourquoi la dénomination religieuse, à laquelle il appartient, est importante aux yeux du croyant charnel, car elle est pour lui son identité spirituelle. Et ceci, au point de penser tout connaître sur autrui, autant que sur lui-même, dès lors qu’il en connaît l’appartenance spirituelle, alors qu’aux yeux de l’homme spirituel, le nom de la confession n’a aucune importance. L’Écriture déclare que le Seigneur, entre autres, « donnera à celui qui vaincra… un caillou blanc ; et sur ce caillou est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit… » Apo 2:17. Ce « nom nouveau » révèle le caractère spirituel que le croyant justifié et sanctifié aura manifesté durant sa vie. C’est la désignation de la qualité de vie intérieure propre à chaque homme spirituel, tandis que pour le croyant charnel, ce n’est pas le nom spirituel, mais officiel et reconnu qui importe à ses yeux. En conséquence, il lui est  impossible de percevoir spirituellement le « nom », le trait divin exprimant l’Œuvre intérieure et profonde de l’Esprit de Dieu dans une vie. Bien que personne ne connaisse ce nom nouveau, si ce n’est celui qui le reçoit, il en est, cependant, qui, déjà ici-bas, le perçoivent spirituellement, parce qu’ils partagent la même communion provenant de la même vie intérieure.

    Il en ressort donc qu’une doctrine, née de la pensée humaine, quel que soit le nom qu’elle porte, devienne donc plus importante que l’homme même qui l’a pensée… jusqu’à devenir une entité autonome, indépendante de l’homme qu’elle domine, et à laquelle il se soumet ! L’homme religieux s’assujettit à lui-même en étant captif de sa propre pensée ; il est soumis à sa propre doctrine comme à une personne dominatrice. Ce qui aboutit au fait que tout nom de doctrine est la porte ouverte au « dominateur des âmes ». Celui-ci cherche à empêcher l’inspiration de la Parole, à altérer la prédication de l’Évangile aux âmes, en les obscurcissant par le voile d’une tradition, ou d’une expérience imposée comme étant la seule manière de comprendre la Vérité. À la lumière de ces choses, s’il est un Nom, non pas à « se faire », mais à recevoir, c’est bien Celui du Seigneur Jésus, que Dieu « … a ressuscité des morts, en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir… » Eph 1:20-21. Il n’est pas de Nom plus élevé que Celui, en la foi duquel la Vie éternelle nous est donnée. Heureux celui qui soumet, dans la joie du Saint-Esprit, tous les vains désirs de son « moi » au Seul Nom de Celui, dont la « Plénitude remplit tout en tous… » Eph 1:23.