M129 – SA CROIX …

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     « Il ajouta qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il fût mis à mort, et qu’il ressuscitât le troisième jour. Puis il dit à tous : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera… » Luc 9:22-24.

   « … Qu’il se charge chaque jour de sa croix… ».  L’on se serait attendu que Jésus adressât une telle exhortation à des initiés, à Ses disciples les plus mûrs. Or, après avoir parlé de Ses souffrances, de Sa mort et de Sa résurrection, c’est à « tous », non seulement à ses disciples, mais à la « foule », que Jésus dit ces Paroles. Chaque croyant est appelé à « se charger de sa croix », et cela « chaque jour » : le petit comme le grand, le savant comme l’ignorant, le fort comme le faible, et celui qui a un ministère caché comme celui qui a un ministère connu. Personne n’en est dispensé pour des raisons de « convenance personnelle », ou de haute spiritualité. Car il n’est pas possible de suivre véritablement Jésus sans « se charger de sa croix », et il n’est pas possible de se charger de sa croix sans « renoncer à soi-même », et il n’est pas possible non plus de renoncer à soi-même sans le « vouloir », selon que le dit Jésus, si quelqu’un « veut » venir après moi.  Jésus, en effet, ne nous l’impose pas, mais Il nous a donné la liberté de vouloir, et cette volonté spirituelle répond à la Volonté de Dieu. La volonté selon l’Esprit est une aspiration inspirée de l’Amour de Dieu, aspiration au-dedans de nous plus grande et plus forte que toutes les autres, en vue de ce qui est le meilleur pour nous, même si la souffrance devait l’accompagner. C’est ce qui explique que l’on a autant de hâte de reprendre « sa croix », que l’on a parfois eu envie de la déposer.

    La croix est partout et en tout présente dans le Plan du Salut de Dieu. Christ, dit l’Écriture « … a appris, bien qu’il fut Fils, l’obéissance par les choses qu’il a souffertes… » Héb 5:8. Pour le Fils de Dieu, vivre en Son corps de Fils de l’homme en vue de notre rédemption, revenait déjà à porter Sa croix. A cet égard, Ananias, craignant de rencontrer Saul de Tarse, le persécuteur, le Seigneur dans la vision lui dit : « Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon Nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël ; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon Nom… » Act 9:15-16. De même, dès le moment où Saul de Tarse reçut l’Appel de Dieu, pour devenir l’apôtre Paul, celui-ci reçut en même temps « sa croix », qui en est inséparable. Quant à nous, l’Écriture déclare que : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés… » II Tim 3:12. Littéralement, « seront poursuivis », parce que ceux-ci suivent en tout temps le Ressuscité, Vainqueur du « prince de ce monde », ce prince qui voit, dans les âmes rachetées par Jésus-Christ, s’échapper celles qu’il détenait captives.

    Il était d’usage, en ce temps-là, de faire porter au condamné sa croix jusqu’au lieu de sa crucifixion. Tous ceux donc, qui entendirent Jésus leur parler de « se charger de sa croix », comprirent d’autant mieux qu’elle devait être la sorte de vie de ceux qui le suivraient. Jésus nous invite à porter notre « instrument de supplice », mais à cette immense différence près, que, contrairement à nous qui portons notre croix, Jésus, Lui, fut porté sur elle. D’autre part, quant à nous, ce n’est que lorsque nous avons été crucifiés avec Christ qu’il nous est possible de porter notre croix.  L’apôtre Paul  lui-même, écrit : « J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi… » Gal 2:20. Jésus n’a pas dit que nous devions être crucifiés sur notre croix, mais que nous devions la porter. Et la seule vie persévérante et victorieuse qui nous rend capables de la porter n’est pas la nôtre, mais la Vie que nous avons reçue de Christ. Car, être crucifié avec Christ, ce n’est pas demeurer dans la mort, mais c’est vivre de Sa Vie, que, par Sa mort, Il nous a donnée. L’apôtre, en effet, n’a pas écrit : « J’ai été crucifié avec Christ, et si je suis « mort », ce n’est plus moi qui suis « mort », mais c’est Christ qui est « mort » en moi… au contraire, il écrit : « … Si je « vis », ce n’est plus moi qui « vis », mais c’est Christ qui « vit » en moi… ». Celui qui voudrait donc porter sa croix au moyen de préceptes et de règles, c’est-à-dire, par ses propres forces, soit son orgueil le tue, soit il meurt de désespoir. En étant crucifiés avec Christ, Sa Vie est en nous, et la Force de Sa Vie nous aide à nous charger de notre croix. Notre faiblesse étant le réceptacle de la Force divine, qui nous aide à porter notre croix.

    Nous avons, en effet, à affronter les épreuves de cette vie, à connaître des tribulations dans notre marche vers le Royaume des cieux. Christ peut alléger cette croix, mais Il ne la fera jamais changer de direction, parce que notre croix suit la trace laissée par la Croix qu’il a portée. Et ce que nous a acquis le Crucifié nous conduit envers et contre tout jusqu’au But éternel, pour lequel Il est ressuscité. « Père, je veux que là où je suis, pria-t-Il, ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi… » Jean 17:24. Cela indique que l’on ne porte pas sa croix où l’on veut, ce qui reviendrait à quitter la Volonté de Dieu et à suivre celle de son « moi ». Cette alternative se présente tous les jours devant nous : soit nous portons notre croix, soit nous suivons notre « moi ». Et si tel pense pouvoir porter sa croix et suivre son « moi » en même temps, il est alors victime de la plus grande séduction. La croix, parfois pesante, mais loin de nous arrêter, est la force motrice de notre vie spirituelle ; elle perpétue la mise à mort, opérée une fois pour toutes par Christ de tout ce qui nuit à notre vie intérieure, selon que l’écrit l’apôtre Paul : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage.  Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour… » II Cor 4:16. La croix ne nous donne pas la mort, au contraire, elle nous la prend… en faisant mourir en nous ce qui nous empêche de vivre spirituellement. La volonté de notre chair est le plus grand obstacle résistant à la croix que nous avons à porter, mais notre croix est elle-même le seul « poids » qui nous libère du « fardeau » de notre « moi ». Finalement, quel est le fardeau le plus fécond : celui de notre « croix », ou celui de notre « moi » ?

   La croix fait peur au croyant ; l’adversaire, en effet, la lui fait voir comme étant un fardeau écrasant, un carcan par lequel il est mené vers une destination inconnue ou redoutée. Or, de même que Jésus a dit : Si quelqu’un « veut » se charger de sa croix… l’apôtre a aussi écrit au sujet de ceux qui « veulent » vivre pieusement : II Tim 3:12. Le Seigneur ne force personne, Il appelle les  cœurs bien disposés pour Lui, et par Lui. La croix n’est ni une tyrannie, ni une prison ni un appel à se résigner. La croix, au contraire, nous aide à accepter la sorte de vie unique qui est la nôtre, et que Dieu nous a donnée. La croix est le centre de gravité de notre vie spirituelle. Elle nous affermit dans notre faiblesse et nous fait dépendre de la seule Force d’En-haut, afin de surmonter les épreuves et les tribulations. La croix nous donne la force d’accepter les diverses faces des événements de la vie: ce qui est beau et ce qui est laid, ce qui est heureux et ce qui est douloureux, ce qui est incompréhensible et ce qui est clair, ce qui demeure un mystère et ce qui est révélé. En fait, ce qui est aujourd’hui en attendant ou en vue de ce qui sera demain, à l’exemple de Jésus : « … le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du Trône de Dieu… » Héb 12:2. D’où l’on apprend que Jésus, quittant ce monde et allant au Père, est passé de la souffrance à la Joie, de la croix à la Gloire. C’est cette destination rayonnante et éternelle que l’adversaire cherche à voiler aux yeux de notre cœur, afin de rendre plus difficile notre marche sur les traces de Jésus. Mais la foi, notre foi qui se nourrit de la Parole vivante, elle embrasse et  la croix et la joie, elle réunit l’une et l’autre. Il n’y a pas de joie sans croix, et il n’y a pas de croix sans joie ; il n’y a qu’un temps plus ou moins long entre l’une et l’autre, durant lequel la force de persévérer et d’espérer nous est assurée.