M128 – HEUREUX PLUTÔT …

Format PDF

   « Tandis que Jésus parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui t’a porté ! Heureuses les mamelles qui t’ont allaité ! Et il répondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent… » Luc 11:27-28.

   Suspendue à ses lèvres, la foule écoutait les Paroles de sagesse et de puissance qui sortaient de la bouche de Jésus, lorsque, tout à coup, s’éleva une voix : « Heureux le sein qui t’a porté ! Heureuses les mamelles qui t’ont allaité… ». L’on peut comprendre l’émotion de cette femme qui admirait Jésus, et enviait d’autant plus sa mère, qu’elle aurait elle-même désiré avoir un tel fils. Les sentiments naturels qui l’habitaient faisaient qu’elle voyait en Jésus, non pas le « Fils de Dieu », mais le fils « idéal ». L’exclamation de cette femme émerveillée résume toutes les appréciations sincères, spontanées, mais non éclairée de chacun de nous ; elle révèle comment le cœur humain voit les choses divines telles qu’elles lui apparaissent, et non telles qu’elles sont. Seul l’Esprit de la Parole éclaire notre esprit et purifie notre cœur, afin de passer de la compréhension humaine à la compréhension spirituelle des choses de Dieu.

   L’Écriture nous rapporte, en maintes occasions, cette attitude du cœur de l’homme. Un chef religieux interrogea Jésus, et dit : « Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui répondit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul… » Luc 18:18-19. Ailleurs, Nicodème, venant à Jésus de nuit, lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui… ». Mais Jésus, coupant court à ses considérations, répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu… » Jean 3:1-3. Ailleurs encore, suite au miracle de la multiplication des pains, les gens de la foule dirent de Jésus : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Et Jésus, sachant qu’ils allaient l’enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui seul… » Jean 6:14-15. Toutes ces personnes regardèrent Jésus comme étant supérieur aux hommes de leur temps, aux prêtres et aux docteurs de la Loi, mais avec leur propre norme humaine de comparaison. Comparaison charnelle, susceptible, comme l’on sait, de faire voir toute personne, ou toute chose nouvellement venue, comme étant, chaque fois, meilleure que la précédente, et cela même en ce qui concerne Jésus. Ce qui est de Nature divine et éternelle, en l’occurrence, notre Seigneur de Gloire, ne saurait être mis en comparaison avec ce qui est de nature terrestre et périssable. Jésus n’est ni le meilleur, ni le plus grand, ni le plus sage par rapport à qui ou à quoi que ce soit ; Il est tout simplement « l’Incomparable ». Nous pouvons voir beaucoup de choses en Jésus-Christ, mais si nous ne voyons pas en Lui «… le Père qui est dans le Fils, et le Fils qui est dans le Père… » Jean 14:10, nous ne Le connaissons pas encore.

   Un certain jour, alors que Jésus prêchait, « survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l’envoyèrent appeler. La foule était assise autour de lui, et on lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit: Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis autour de lui : Voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère… » Marc 3:31-35. Ces paroles révèlent la nature essentiellement spirituelle du « lien de parenté » qui relie le croyant au Seigneur. Si les liens familiaux ici-bas, malgré leurs imperfections, sont une source de joie, combien infiniment plus grande est la joie des rachetés de la famille des frères et sœurs dans la foi, réconciliés avec Dieu par le Sang de Jésus, et unis dans l’Amour de la Vérité. Et cette joie pure de la communion fraternelle n’a été, et n’est rendue possible que parce que, « … dès maintenant, écrit l’apôtre, nous ne connaissons personne selon la chair ; et si nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette manière… » II Cor 5:16. L’on comprend, alors, pourquoi le diable cherche tant à changer la joie de la communion fraternelle en une source de tensions, de déceptions ou de découragement. Mais en connaissant nos frères et nos sœurs, non selon la chair, mais par l’Esprit, c’est donc par les yeux du Seigneur que nous les voyons. Et l’Amour de l’Esprit surmonte le côté humain de chacun d’eux, ôtant par là même à notre chair, et donc au diable, toute occasion de critique destructive. Chaque fois que, dans notre cœur, nous entendons Jésus dire : « … Heureux plutôt… », c’est alors le signe que nos propres pensées sont appelées à laisser la place aux Pensées et aux Voies infiniment plus élevées de Dieu.

    Dans la vie, Il y a danger à considérer le fait d’être heureux, ou en paix comme étant toujours le signe d’être approuvé de Dieu. Il est, en effet, telle situation, ou telle direction, ou telle décision dans laquelle l’on peut se sentir heureux, sans que ce soit pour autant la Volonté de Dieu. Pareillement, le malin suscitera le sentiment d’être heureux de son état spirituel, et d’en être satisfait au point de ne plus éprouver le besoin de grandir spirituellement. Gardons-nous de ce qui n’est que la « sensation » de la joie ou de la paix, faisant croire à une approbation de Dieu, qui ne l’est pas. Il n’y a rien de commun entre l’approbation de Dieu et la satisfaction de soi, ni entre la paix avec soi-même et la Paix avec Dieu. Distinguons donc entre le sentiment ou l’idée que l’on a de la Vérité et la Vérité elle-même. Discernons aussi la source de la Lumière qui « éclaire » d’avec celle qui « éblouit », sachant, comme le dit l’Écriture que « … Satan lui-même se déguise en ange de lumière… » II Cor 11:14. Il n’est pas de joie plus grande que celle de recevoir le sens spirituel de la Parole de Dieu ; mais il est telle personne qui préfère recevoir la Parole « de profil » plutôt que « de face » en pleine lumière. Pour certaines âmes, apprendre sans cesse fait moins peur que de comprendre enfin.

    Les disciples ne pensaient pas qu’il fût possible d’avoir une joie plus grande que celle d’avoir Jésus en personne auprès d’eux. Or, Jésus leur dit : « Je vous le dis en vérité : il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai… » Jean 16:7. Ainsi, loin d’être une perte, le départ de Jésus se révéla être un « avantage » pour les disciples, qui, ayant connu le Seigneur dans la chair, allaient désormais le connaitre dans l’Esprit. C’était donc en vue d’une joie plus grande que les disciples durent connaître l’arrachement, à leur affection naturelle, de la personne visible de Jésus, afin d’en recevoir la Présence invisible et éternelle. Ainsi en est-il de chacun de nous. Ces crises intérieures, marquant la fin d’une étape et le commencement d’une nouvelle, sont indispensables à cause du voile de notre chair, afin de passer d’une connaissance reçue à une connaissance vécue, d’une compréhension intellectuelle à une compréhension spirituelle. Et ceci, en quelle que sorte, afin de vivre cette transfiguration intérieure opérée par l’Esprit de Dieu, et décrite par l’apôtre Paul aux Corinthiens : « … Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la Gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit… » II Cor 3:18.

   Ces paroles « de gloire en gloire » indiquent les états successifs en nous de notre ressemblance à l’Image du Fils de Dieu. L’Écriture dit, en effet : « … Faites tous vos efforts (avec l’aide du Saint-Esprit) pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la piété, à la piété l’amour fraternel, et à l’amour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ » II Pier 1:5-8. Et, en même temps que par la connaissance, c’est aussi à travers l’épreuve que nous pouvons joindre « ces choses » en nous à celles qui y sont déjà. Car les situations les plus terre-à-terre, comme les plus douloureuses de la vie, loin d’être un obstacle à ce travail intérieur de l’Esprit, nous ouvrent d’autant plus à l’Œuvre glorieuse de la Grâce.