M126 – LÀ OU EST TON TRÉSOR …

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    « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… » Matt 6:19-21.

   Il suffit de la Présence de Jésus pour que les pensées des cœurs soient dévoilées. L’Écriture rapporte qu’un homme dit à Jésus, du milieu de la foule : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. Jésus lui répondit : Ô homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ? Puis il leur dit : Gardez-vous avec soin de toute avarice ; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance… » Luc 12:13-15. Jésus alors enseignait les vérités éternelles du Royaume des cieux, lorsque cet homme, dont l’idée fixe était sa part d’héritage, eut l’indélicatesse d’interrompre le Seigneur pour lui présenter sa requête terrestre. Sa préoccupation intéressée avait altéré son cœur, et voilé ses yeux aux lumières et aux richesses d’En-haut. Jésus lui répondit alors par la parabole de l’homme riche qui avait dit en lui-même : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu… » Luc 12:19-21. En quoi le fait d’être riche devient-il un péché ? Pour soi-même, ou pour le Seigneur ? Cette alternative est, en maints domaines, placée chaque jour devant nous ; elle fait appel au discernement spirituel, et réclame un choix qui, selon le cas, révèle la nature, soit d’un cœur qui se perd en voulant tout gagner, soit d’un cœur qui, en acceptant de perdre, hérite du ciel.

   « Comme Jésus se mettait en chemin, dit l’Écriture, un homme accourut, et, se jetant à genoux devant lui : Bon maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul. Tu connais les commandements : Tu ne commettras point d’adultère ; tu ne tueras point ; tu ne déroberas point ; tu ne diras point de faux témoignage ; tu ne feras tort à personne ; honore ton père et ta mère. Il lui répondit : Maître, j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. Jésus, l’ayant regardé, l’aima, et lui dit : Il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Mais, affligé de cette parole, cet homme s’en alla tout triste ; car il avait de grands biens… » Marc 10:17-22. Cet homme était conscient de posséder de grands biens, mais non d’être possédé par eux. Pourtant ce lien dans sa vie ne l’empêcha pas d’être religieux, d’avoir même de pieuses aspirations.  Mais Jésus  dit  à  cet  homme : « Il  te  manque  une chose… ». Normalement, c’est une personne qui n’a pas assez d’une certaine chose, à qui l’on dit qu’il lui en manque, mais ici, au contraire, c’est parce que cet homme a trop, à qui Jésus dit qu’il lui manque quelque chose ! Car plus l’on a d’une chose, moins l’on a d’une autre : ce qui est « de trop » ici-bas prend la place de Celui qui est « Tout ». Il s’agit, non pas ici, à première vue, des richesses elles-mêmes (quelle qu’en soit la nature), mais de la confiance placée en ces mêmes richesses, au point que cet homme était spirituellement aussi pauvre qu’il était  riche. Ainsi la tristesse de cet homme qui s’en va, montre qu’il avait bien compris qu’il n’était pas heureux de son propre choix. « Heureux, dit l’Écriture, celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve (ou choisi)… »   Rom 14:22.

   Il n’est pas possible de posséder la Joie et la Paix, comme de grandir dans le Seigneur sans être intérieurement libre. Tout dépend donc de la sorte de trésor auquel est attaché notre cœur. Chaque racheté fait l’expérience que ce qui est encore précieux à ses yeux pâlit, tôt ou tard, dans sa marche à la suite de Jésus. C’est donc à nous autant qu’à Job, que sont adressées les paroles d’Éliphaz, disant : « Jette l’or dans la poussière, l’or d’Ophir parmi les cailloux des torrents ; et le Tout-Puissant sera ton or, ton argent, ta richesse. Alors tu feras du Tout-Puissant tes délices, tu élèveras vers Dieu ta face ; tu le prieras, et il t’exaucera. Et tu accompliras tes vœux… » Job 22:24-27. L’adversaire de nos âmes s’efforcera toujours de nous amener à ce que nous considérions comme satisfaisante une vie spirituelle médiocre. Il essayera de faire briller à nos yeux voilés des principes ou une sagesse humaine que nous prendrons pour la Lumière ou la Sagesse d’en haut. De même, les lumières, la sagesse, la sainteté, acquises auparavant ne sont plus suffisantes maintenant. De vivantes qu’elles étaient hier, ces vertus, non renouvelées, deviennent les « idoles » de la propre justice aujourd’hui. C’est seulement par le moyen du renouvellement de notre intelligence par le Saint-Esprit que nous pouvons faire de Dieu nos délices, à cette condition que le Tout-Puissant, seul, soit notre Or, le Trésor de Sa Parole, et non nos propres normes ou la défense de nos points de vue.

    Un trésor est ce qui a de la valeur à nos yeux ; mais ce trésor est nuisible quand il est regardé comme ayant autant, ou plus de valeur que Christ Lui-même. En effet, comme le dit Jésus à ses disciples : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi… » Matt 10:37-38. D’où il ressort de ces paroles que le cœur est toujours accompagné, ou attaché à quelqu’un ou à quelque chose. Le cœur n’est jamais seul. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » dit précisément Jésus, parce qu’il n’y a pas de cœur sans trésor, ni de trésor sans cœur. L’important est de savoir en quoi consiste notre trésor ? Est-ce un trésor qui passera avec le monde, ou Celui qui nous enrichit pour la vie éternelle ? Selon que nous sommes attachés à l’un ou à l’autre de ces trésors, nous hériterons la fin, ou l’éternité de ce en quoi nous nous serons confiés.

   Un trésor est, par définition, une chose cachée, quelle qu’en soit la nature. Et cette chose est des plus précieuses pour celui qui la possède, parce qu’il pense l’utiliser, en agissant à sa  guise, parfois à l’insu de tous. Un trésor caché est donc un secret, et le cœur humain aime les secrets, car ils ne sont connus que de lui seul ; et de là, croyant posséder ou connaître quelque chose que nul autre ne possède ou ne sait, l’homme se croit unique et maître de ses desseins. En fait, le trésor de l’homme charnel est lui-même, c’est son « moi ». Son « moi » est le trésor de son cœur, et son cœur est l’écrin de son « moi », sans s’apercevoir que son cœur est lui-même captif de ce « moi ». Ce qui revient à être soi-même son trésor plutôt que le Seigneur, à se préférer et à s’aimer soi-même plus que Dieu. Les aspects de ces trésors peuvent aller d’une vie privée jalousement gardée à un grave péché caché, en passant par un amour propre confinant à l’orgueil. Mais, ainsi qu’il est écrit, c’est seulement en jetant notre or dans la poussière que le Tout-Puissant sera notre Or. Aussi est-ce dans ce même sens que Jésus dit : « Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera… » Matt 10:39. Conserver donc son « moi » à tout prix équivaut à étreindre la mort spirituelle. Heureux donc celui qui perd ce qui le perd, en ayant trouvé Celui qu’il ne perdra jamais.

   « Notre vie cachée avec Christ en Dieu… » Col 3:3. « Les trésors de la sagesse et de la science cachés en Christ… » Col 2:2-3, « Le Royaume des cieux, un trésor caché dans un champ… » Matt 13:44, « Des choses nouvelles et anciennes tirées du trésor en  nous… » Matt 13:52. Tout est caché. Et pour que ces choses divines soient manifestées, il suffit de renoncer à tout ce qui en nous obscurcit notre cœur. Car ce qui est de nous en nous tient voilé à nos yeux ce qui est en Christ, et aussi longtemps que ce qui est caché en nous le demeure, ce qui est caché en Christ ne peut nous être révélé. Ainsi, face à toutes les Promesses, à toutes les Richesses d’en-haut, il n’est pas de plus grande joie que celle de perdre sa propre vie, sachant la Plénitude de la Vie divine qui comble les vies livrées, et console les cœurs brisés.