M125 – SI UN MEMBRE SOUFFRE …

 

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      « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui… » I Cor 12:24-26.

      « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent ; pleurez avec ceux qui pleurent… » Rom 12:15.

    La communion fraternelle est, en même temps, la réalité la plus exigeante et la plus fructueuse pour l’âme qui en a compris la nécessité, et découvert le soutien qu’elle apporte. Elle est cette arche d’Amour qui préserve les rachetés des attraits du monde, et dont la porte est toujours ouverte, afin que puissent être accueillis les pécheurs appelés à connaître la Grâce de Dieu. L’on comprend pourquoi l’Église est en butte aux attaques du malin, aux épreuves de toutes sortes, ainsi qu’aux faiblesses de ceux-là même qui la composent. Cependant l’Église résiste, et résistera toujours à la destruction venant de l’extérieur comme à celle venant de l’intérieur. Car l’Esprit-Saint révèle la disposition victorieuse qui affermit chacune des pierres vivantes que nous sommes, et qui affirme la nature indestructible de la Maison spirituelle, le Corps de Christ. Quand un membre souffre, alors qu’il n’est lui-même affecté par aucune douleur, quand un autre se réjouît, alors que lui-même traverse l’épreuve, tout ceci signifie que l’une des plus puissantes armes de Satan, « l’indifférence », a été brisée par la force de l’Amour de Dieu. Lorsque l’on accepte, en effet, de souffrir avec ses frères et sœurs qui souffrent, ou lorsque l’on accepte d’être joyeux plutôt qu’envieux de voir les autres bénis dans le Seigneur, c’est alors que la victoire de l’amour sur l’esprit de parti, sur l’orgueil, et sur la méchanceté a été remportée.

   La joie, ou la souffrance, ou la faute de l’un a des conséquences sur tous. Il y a la croissance individuelle, il y a la croissance communautaire qui, cependant, dépend de celle individuelle. Afin de célébrer la délivrance d’Israël et l’engloutissement de l’armée de Pharaon dans la  mer  Rouge,  Marie,  sœur  de  Moïse,  dit  l’Écriture : « … prit à sa main un tambourin, et toutes les femmes vinrent après elle, avec des tambourins et en dansant… » Exode 15:20. Mais plus tard, dans le désert, Marie, avec Aaron son frère, parla contre Moïse à cause de la femme éthiopienne qu’il avait prise. En conséquence de cela, Marie fut frappée de la lèpre et, en attendant d’être guérie en réponse à la prière de Moïse, elle « … fut enfermée sept jours en dehors du camp ; et le peuple ne partit point jusqu’à ce qu’elle y fut rentrée… » Nomb 12:1, 15. Ainsi, de même que la joie d’une seule personne entraîna toutes les femmes du peuple dans la danse et la louange, de même, à cause du péché de la critique, la même personne arrêta la marche de tout le peuple pendant sept jours. D’où l’on voit que l’état de la vie spirituelle d’un seul membre a des répercussions sur tout le Corps.

    Ainsi, connu ou non, le comportement bon ou mauvais du croyant a donc une influence en bien ou en mal sur la communauté, soit il l’affermit, soit il la perturbe. Dans ce dernier cas, le prophète Habakuk nous éclaire lorsque, parlant au sujet de la conduite blâmable de certains, et troublant le peuple, il dit : « … C’est contre toi-même que tu as péché. La pierre crie du milieu de la muraille et le bois qui lie la charpente lui répond… » Hab 2:10-11. Les intempéries, en effet, dont l’édifice est l’objet, font que les éléments qui le composent subissent et souffrent de toutes sortes de pressions et de détériorations au point que « la pierre crie », et « la charpente compatit avec elle ». La pierre et le bois sont solidaires dans leur résistance à empêcher la dégradation de la maison. Il en est de même des rachetés qui acceptent de souffrir dans le combat spirituel pour soutenir leurs frères. Ceci illustre bien l’état d’esprit de l’apôtre, s’adressant aux Corinthiens : « Et, sans parler d’autres choses, leur écrit-il, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises. Qui est faible, que je ne sois faible, qui vient à tomber, que je ne brûle… ? » II Cor 11:28-29.

   L’on comprend, alors, combien profond est le désir d’apaisement qu’exprime Paul  s’adressant aux Philippiens, et disant : « Si donc il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée… » Phil 2:1-2. S’il y a un exemple parmi ceux qui ont accepté de souffrir avec ceux qui souffrent et de pleurer avec ceux qui pleurent, et qui, en même temps, savent se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, c’est bien l’apôtre Paul, lui qui, « auparavant, était un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent… » I Tim 1:13, tant il défendait sa « religion », mais qui, après avoir reçu le Sauveur et l’apostolat put écrire aux croyants de Colosses : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève dans ma chair pour son Corps, qui est l’Église… » Col 1:24. Et ceci, évidemment, non pas en tant que sauveur, mais en tant que serviteur de Dieu.

     Lors de la construction du tabernacle, des planches recouvertes d’or furent dressées côte à côte, dont il est dit que, parmi les barres horizontales qui servaient à le maintenir debout : « La barre du milieu   traversera   les   planches   d’une   extrémité   à   l’autre… » Exode 26:28. La barre traversait à l’intérieur, longeant toutes les planches de chaque paroi de la Demeure de Dieu. Ainsi, cette barre « connaissait » chaque planche, et la résistance qu’elle avait à opposer, notamment au vent du désert, elle « ressentait » la vibration des efforts de chacune d’elles. Nous sommes, par l’Esprit-Saint qui est en nous, en communion avec tous les membres du même Corps, et nous « vibrons » du même Esprit qui habite chacun d’eux. Il n’est pas possible d’ignorer, ou d’être insensible à ce qui se passe dans le cœur de ceux de la même famille spirituelle. Il y a une affinité spirituelle, et donc une perception des luttes et des peines, comme celle des joies et des aspirations de chacun, ce qui les touche nous touche. Même le croyant isolé, pour un temps ou pour des raisons particulières, n’est pas hors du Corps pour cela ; il y est spirituellement présent et agissant. Il en est comme de l’intercesseur qui « vit » la situation, ou l’état de la personne pour laquelle il intercède, ainsi que le dit l’Écriture : « Souvenez-vous des prisonniers (notamment ceux à cause de leur foi), comme si vous étiez aussi prisonniers ; de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes dans un corps… » Héb 13:3. Il n’est pas de prières efficaces sans participation à la souffrance et aux besoins de ceux pour lesquels nous prions. Ces sentiments reçus dans nos cœurs de la part du Christ crucifié et ressuscité, ne révèlent-ils point la vraie disposition qui manifeste la vraie unité des rachetés.

    Lors de la dernière Cène, les disciples ignorant qu’elle l’était, Jésus leur dit : « J’ai désiré vivement de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; car, je vous le dis, je ne la mangerai plus,  jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu… » Luc 22:15-16. Jésus, en se réjouissant du « vif désir » de partager avec eux le saint repas, les apôtres n’avaient pas pesé les mots « avant de souffrir… » prononcés par Lui, tant ils étaient loin de penser que quelques heures seulement les séparaient de Sa crucifixion. Lequel d’entre eux eut été à même de percevoir, à ce moment-là, la lutte et l’angoisse qui oppressaient déjà l’âme de Jésus ? Ils voyaient, ils entendaient, ils touchaient même Jésus, mais ils ne Le connaissaient point. Ils avaient un contact, non une communion avec Lui ; une relation, non une union d’esprit. Certes, plus tard, ils comprendraient tout cela, en devenant eux aussi « une même plante avec Lui » Romains 6:5, par Sa mort et Sa résurrection, qui nous rendent participants de la Vie de Christ.

    C’est ici l’unique chemin par lequel nous recevons la Vision et la Force de l’Amour divin pour comprendre l’exhortation de l’Ecriture : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la Loi de Christ… » Gal 6:2, et ceci jusqu’à agir selon les paroles de Job à Éliphaz : « Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant… » Job 6:14. Une telle compassion est le garant durable des liens fraternels et spirituels, car, quand « chaque membre prend également soin les uns des autres… », comment peut-il rester encore du temps et, surtout, la moindre pensée qui soit de nature à « diviser », à blesser le « Corps de Christ » ? Puissions-nous peser les conséquences de nos attitudes, afin de ne point faire sur autrui ce qu’éprouva l’apôtre lui-même, écrivant aux Galates : « Que personne désormais ne me fasse de la peine, car je porte sur mon corps les marques du Seigneur Jésus… » Gal 6:17.