M124 – MOÏSE TARDAIT …

Format PDF

     « Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’assembla autour d’Aaron, et lui dit : Allons ! Fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. Aaron leur dit : Ôtez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi. Et tous ôtèrent les anneaux d’or, qui étaient à leurs oreilles, et ils les apportèrent à Aaron. Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent : Israël ! Voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte… » Exode 32:1-4.

   « Moïse tardait… ». Le temps éprouve les sentiments des cœurs. Rien n’est plus révélateur que l’épreuve du temps. Alors que Moïse, sur le mont Sinaï, recevait la Loi de la bouche de Dieu, le peuple hébreu, au pied de la montagne, était loin d’être habité du même esprit d’attente. À leurs yeux, Moïse tardait, et plus le temps passait, plus ils s’impatientaient, au point que leur déférence à l’égard du prophète céda le pas à la critique. En effet, Moïse, en qui le peuple voyait, avec juste raison, le prophète, le libérateur envoyé de Dieu, fut vite déprécié, selon que le rapporte l’Écriture : « Allons ! dit le peuple à Aaron, fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme, qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu… ». Et ce peuple, qui avait connu la puissance des miracles et des prodiges de Dieu en Égypte, lors de l’ouverture de la Mer rouge devant eux, transgressa la Loi divine avant même de la recevoir. Ils ne surent pas attendre sans se corrompre. Ils ne comprirent pas que le temps même, qui les préparait à recevoir la Loi de Dieu, les préparaient eux-mêmes à mieux apprécier cette Loi qui leur était réservée, en tant que peuple élu. D’où le veau d’or, résultat de leur impatience. L’impatience suscitera toujours une représentation visible de ce qui est invisible, altérant par une forme idolâtre ce qui est spirituel.

  Dans cette même pensée, Jésus, exposant une parabole, dit : « Quel est donc le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable ? Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi ! Je vous le dis, en vérité, il l’établira sur tous ses biens. Mais, si c’est un méchant serviteur, qui dise en lui-même : Mon maître tarde à venir, s’il se met à battre ses compagnons, s’il mange et boit avec les ivrognes, le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas… » Matt 24:45-50. Celui qui aime le Seigneur se nourrit de Sa Parole, sinon l’attente de Son Retour, ou de toute autre promesse, au lieu d’être un temps de préparation et de joie n’est plus qu’un temps de désobéissance ou de décadence. Ce n’est pas, en effet, en « battant ses compagnons », ses frères et sœurs en la foi, des coups d’une langue médisante, ni « en buvant et en mangeant avec les ivrognes », en prenant part aux œuvres infructueuses des ténèbres, que l’on ressemblera à Jésus. Toute âme, qui ne nourrit pas son attente de la Parole de Dieu, s’altère jusqu’à ne plus vouloir ce qu’elle désirait spirituellement alors. L’attente charnelle produit l’inverse de ce qu’opère l’espérance selon Dieu dans la vie spirituelle, dont l’Écriture dit : « Quiconque a cette espérance en Lui (Jésus) se purifie, comme lui-même est pur… » I Jean 3:3. Quand bien même Christ tarderait, cette espérance purificatrice donc fait de cette attente un temps béni, durant lequel s’opère notre ressemblance à Celui que nos yeux, un jour, verront.

   Jésus dit : « Le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages. Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles ; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent. Au milieu de la nuit, on cria : Voici l’époux, allez à sa rencontre ! Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages répondirent : Non ; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous… »  Matt 25:1-9. Là, de même, l’époux « tardait… ». Il est des retards qui révèlent l’attitude des cœurs, et la manière dont ils vivent l’attente. Aussi étrange que cela puisse paraître, le blâme tombe, non pas sur le fait que les vierges folles, comme les sages d’ailleurs, se soient endormies, mais sur le fait que les folles, contrairement aux sages, n’avaient pas pris avec elles, en plus de leurs lampes, de l’huile dans des vases. D’autre part, ce temps de sommeil a été l’occasion pour les sages, spirituelles malgré leur faiblesse, de se révéler prévoyantes, car leur attente n’a pas été une période « creuse » pour elles, mais remplie de cet empressement à se préparer, à l’exemple de la Sulhamite, disant : « J’étais endormie, mais mon cœur veillait…  C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe… » Cant des Cant 5:2. L’attente spirituelle n’est pas un temps vide, mais un temps vivifiant, un temps où germe et bourgeonne la Semence de la Parole en vue du fruit attendu, et de l’accomplissement du Dessein de Dieu.

   Le temps d’attente jusqu’à l’exaucement d’une conversion, d’une délivrance, d’une guérison ou de la solution à un problème n’est donc pas un « temps creux ». C’est précisément lorsqu’il n’est pas vécu d’une façon spirituelle que ce temps d’attente est ressenti comme tel. Les dix jours, de l’Ascension de Jésus à la Pentecôte, ne furent pas un « temps d’arrêt » pour les disciples dans la chambre haute, en attendant de recevoir l’effusion de l’Esprit-Saint : « Tous d’un commun accord, dit l’Écriture, persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère, de Jésus, et avec les frères de Jésus… » Act 1:14. Bien des âmes se croient inutilisables, et désespèrent tant qu’elles n’ont pas obtenu telle ou telle promesse, à partir desquelles elles auraient enfin, pensent-elles, la victoire dans leur vie, ou de l’efficacité dans le service de Dieu. Mais, elles prennent alors le risque de n’avoir ni force, ni joie, ni victoire en attendant l’étape suivante, si étape il peut y avoir avec une telle conception. Ainsi, qu’il y ait exaucement immédiat ou à venir, attente ou non, la foi, elle, « persévère dans la prière », qui est la « respiration » de l’âme, autrement il en serait comme de celui qui dort, et qui attend d’être réveillé pour respirer.

   Quel est donc le secret de celui qui sait attendre, sans que cette attente soit un sujet de doute, de tristesse, ou d’impatience ? Il se trouve, écrit l’apôtre Paul, que le racheté, tout en constatant que son « … homme extérieur se détruit… », aspire d’autant plus à ce que « son homme intérieur se renouvelle de jour en jour… » II Cor 4:16. Et cela, quels que soient les événements heureux ou douloureux que chaque jour peut enfanter. Bien des croyants confondent « renouvellement » et « nouveauté » ! Le besoin de « nouveauté » est propre à l’homme irrégénéré, et donc insatisfait, cherchant sans cesse ce qui est nouveau… sans le devenir lui-même. Il n’en est pas ainsi de l’homme spirituel qui aspire sans cesse à être renouvelé dans l’Esprit-Saint qui vivifie et multiplie en lui les Vérités, celles déjà connues, comme celles nouvelles de la part de Dieu. Et ceci d’une façon toujours renouvelée à l’écoute, par la méditation de la Parole, et dans la prière.  D’autre part, « renouvellement » ne signifie pas non plus « répétition » des choses anciennes, considérées comme étant plus glorieuses que celles actuelles. Le racheté renouvelé par le Saint-Esprit vit, non pas des choses glorieuses d’hier, ni de celles de demain, mais dans celles  promises par le Seigneur aujourd’hui, et dont son « homme intérieur » a besoin, et sous la forme qu’il plaît à Dieu de les lui révéler.

   Le sage déclare : « Ne dit pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela… » Ecc 7:10, et, pour ce qui est des jours à venir, le sage de dire : « La sagesse est en face de l’homme intelligent, mais les yeux de l’insensé sont à l’extrémité de la terre… » Prov 17:24. Quand le voile de notre attente impatiente est ôté, nous découvrons alors que nous avons déjà reçu bien des choses que nous avions demandées.