M123 – QUE VOTRE DOUCEUR …

 

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      « Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche… » Phil 4:5.

   S’il est une vertu méconnue en ce monde, c’est assurément celle de la douceur. Insignifiante pour les uns, méprisable pour d’autres, la douceur ne correspond pas à l’idée que l’homme se fait de la force et de l’autorité. A ses yeux, la personne douce n’a pas d’ambition, elle cède devant tout, elle est destinée à se laisser écraser. Jésus, cependant, a dit : « Heureux les débonnaires (littéralement les doux), car ils hériteront la terre… » Matt 5:5. En attendant le « nouveau ciel et la nouvelle terre » à venir : Apo 21:1, il n’y a que l’homme spirituellement doux qui puisse avoir une maîtrise, une emprise, déjà ici-bas, sur cette terre ; car, n’étant pas habité par les ambitions de ce monde, il n’en connaît donc pas les convoitises et les attraits.

    Après avoir reçu Jésus comme Sauveur et Seigneur, c’est toujours à Lui que nous avons à regarder et à apprendre, sachant qu’il est le Modèle de douceur, comme de toute autre vertu, auquel nous devons ressembler. Lors de Son entrée dernière à Jérusalem, Jésus accomplit la parole du prophète, disant : « Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur, et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse… » Matt 21:5. La prophétie de Zacharie contient, en plus, ces paroles intercalées : « … Il est juste et victorieux… » Zac 9:9. L’histoire nous rapporte des actes magnanimes de la part de certains monarques, mais, a-t-on connu en ce monde un seul Roi, qui, plein de douceur et étant devenu victorieux, soit demeuré doux… ? Un Roi dont les victoires n’altérèrent en rien la douceur… ? Non, il n’en existe aucun, si ce n’est Celui qui a dit à Pilate qui le jugeait : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux juifs ; mais maintenant, mon royaume n’est point d’ici-bas… » Jean 18:36. La voilà, la Source divine d’où nous vient la Douceur royale, de Jésus, qui, après avoir été le « Serviteur souffrant », la « Pierre rejetée », « l’Agneau immolé », dit à ses disciples : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre… »  Matt 28:18.

    Vivre la Douceur de Christ, c’est vivre l’Esprit du Royaume de Dieu ; c’est aspirer et s’affectionner aux choses d’en haut. Ce que donne le monde d’ici-bas peut être un gain, mais au prix de la Paix intérieure, de la vraie Joie et même de la Vie éternelle ; car les choses d’ici-bas, étant de nature passagère, toujours subsiste la crainte de les perdre. Le pouvoir, la richesse, une bonne santé, mais égoïstement utilisés, font obstacle à la Vie spirituelle et à la Douceur de Christ en nous. La parabole de Jotham aux habitants de Sichem qui avaient élu Jéroboam son frère, meurtrier de tous ses autres frères, dépeint profondément cette vérité : « Les arbres, dit-il, partirent pour aller oindre un roi et le mettre à leur tête. Ils dirent à l’olivier : Règne sur nous. Mais l’olivier leur répondit : Renoncerai-je à mon huile, qui m’assure les hommages de Dieu et des hommes, pour aller planer sur les arbres… ? », et il refusa. Puis, après avoir demandé en vain au figuier et à la vigne, qui eux-aussi refusèrent, ils dirent au buisson d’épines : « Viens, toi, règne sur nous… », et le « buisson d’épines » accepta : Juges 9:8-15.

    Le Royaume des cieux et celui du monde ont des intérêts totalement opposés. Il est spirituellement impossible, inconcevable d’être doux et de vouloir dominer, en même temps ; il en résulterait la perte de la nature et de la vie spirituelles. Un Seul a pu en Lui-même réunir ces extrêmes, et demeurer Saint et Parfait, Jésus, mais en tant que Roi d’un Royaume céleste, après avoir vaincu ce monde en tant qu’ « Agneau sacrifié… ». Un Royaume auquel nous sommes destinés et duquel nous recevons les Vertus de l’Esprit de Christ qui sont « la Justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit… » Rom 14:17. L’Esprit de cette Sagesse fait que le monde ne peut en aucun cas altérer cette Onction. Qui d’entre nous renoncerait à cette Douceur divine, le Caractère de l’Agneau en nous, qui hérite infiniment plus de Gloire, de Puissance et de Richesse d’en haut que n’en obtiennent les royaumes d’ici-bas par la force… ?

    Dans les relations fraternelles, la douceur s’exprime par la patience et la pondération. Qu’elles que soient les souffrances, les déceptions ou les injustices, nous ne devons pas nous départir de l’Esprit de douceur en nous, sinon le trouble, ou l’irritation nous disloque intérieurement. La douceur calme nos sentiments, et nous enseigne « à ne juger de rien avant le temps, jusqu’à ce que vienne le Seigneur, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et qui manifestera les desseins des cœurs. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due… » I Cor 4:5. D’où il ressort qu’une personne douce ne peut que rester étrangère à tout esprit de critique ou de jugement, ce qui est d’ailleurs une des conditions pour recevoir la Parole de Dieu avec une pleine efficacité, selon qu’il est écrit : « C’est pourquoi, rejetant toute souillure et tout excès de malice, recevez avec douceur la parole qui a été plantée en vous, et qui peut sauver vos âmes… » Jac 1:21. Recevons donc avec douceur la Parole, c’est-à-dire, non pas avec des idées préconçues, mais avec un cœur sensible à la Voix de l’Esprit, un cœur qui reçoit aussi bien la « forme » que le fond de la Pensée de Dieu. Est-il un geste plus grand, plus silencieux, plus doux que la semence de la Parole de Vie jetée sans bruit sur la terre préparée d’un cœur ouvert… ?

     Il est telle personne dont la douceur naturelle, une fois exposée à la Lumière de la Parole de Dieu, se révèle être une résignation, une passivité, ou alors recouvre une jalouse défense de l’intimité de son « moi ». Tant qu’une vertu selon la chair demeure, il est impossible de saisir le sens profond et de vivre la plénitude du « Fruit de l’Esprit » du même  nom.  La  douceur  résume  toute  la  Personne  de  Christ : « Son palais n’est que douceur, et toute sa personne est pleine de charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Jérusalem… » dit la Sulhamite : Cant des cant 5:16. La douceur est, en effet, la première chose qui émane d’un homme spirituel, d’une femme spirituelle. Par ailleurs, la douceur n’exclut pas la fermeté ni l’autorité, si besoin est. Nous le relevons chez l’apôtre Paul écrivant aux Corinthiens, dont plusieurs lui causaient beaucoup de soucis : « Que voulez-vous ? Que j’aille chez vous avec une verge, ou avec amour et dans un esprit de douceur… ? » I Cor 4:21. « Un serviteur du Seigneur, écrit-il à Timothée, doit redresser, avec douceur les adversaires… », et ailleurs : « … reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant… » II Tim 2:25 et 4:2. De même Pierre exhorte les croyants à « être toujours prêts à vous défendre, écrit-il, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous… » I Pier 3:15. Notre Royaume étant dans les cieux, nous ne pouvons qu’être doux, puisque n’ayant aucune raison de défendre quoi que ce soit, ici-bas, qui puisse faire naître en nous une hostilité envers qui que ce soit.

    Le sage dit : « Celui qui est rassasié foule aux pieds le rayon de miel, mais celui qui a faim trouve doux tout ce qui est amer… » Prov 27:7. A partir de quel critère voyons-nous et apprécions nous les choses ? Il sera différent selon que l’on est savant ou ignorant, riche ou pauvre, rassasié ou ayant faim. Il en est de même dans le domaine spirituel. Celui qui trouve sa satisfaction dans les choses d’ici-bas n’a que faire du miel coulant des rayons de la Grâce de Dieu. Tant que l’homme se croit rassasié, il croit avoir goûté de tout, sauf du Meilleur qu’il ignore. Mais lorsque cette âme connaît la vraie faim, la faim spirituelle, alors ses regards et son cœur se portent vers ce qui n’attirait pas jusqu’alors son attention, c’est-à-dire, vers la Parole de Dieu, qui avait été, jusque-là, tenue pour rien, ou qui « menaçait » de lui révéler sa vie de pécheur. Et voici que ce qui était considéré comme étant amer devient doux. Les épreuves, la souffrance, et les échecs de la vie suscitent des besoins dans notre âme que nous ne soupçonnions pas. Ainsi, l’homme spirituel est celui qui a appris à « s’abandonner » en Dieu, et cet « abandon » dans la Grâce est la seule « dépendance » qui le rende libre de lui-même et fort en Christ. Arrivé à ce point, est-il des Paroles plus profondes, qui puissent exprimer l’état d’un cœur habité par la Douceur de Christ, que celles exprimées par David, disant : « Éternel ! Je n’ai ni un cœur qui s’enfle, ni des regards hautains ; je ne m’occupe pas de choses trop grandes et trop relevées pour moi. Loin de là, j’ai l’âme calme et tranquille, comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère ; j’ai l’âme comme un enfant sevré… » Ps 131:1-2. L’homme doux a la vision de choses grandes, mais selon Dieu, en vue desquelles le Saint-Esprit agit.