M122 – POUR DIEU LEUR VENTRE …

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      « Soyez tous mes imitateurs, frères, et portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix de Christ, je vous en ai souvent parlé, et j’en parle maintenant encore en pleurant. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne pensent qu’aux choses de la terre… » Philippiens 3:17-19.

    De prime abord, cette parole « pour dieu leur ventre » évoque une idole : soit un objet, soit une personne par qui une âme est liée ; mais une idole consiste aussi en un désir charnel, immodéré, non crucifié. Un tel cœur, habité par la convoitise, fait de la chose convoitée son « dieu ». C’est donc « en pleurant » que l’apôtre Paul parle de personnes qui, bien que connaissant la Parole de Dieu, « marchent en ennemis de la croix de Christ… ». Les « ennemis de la croix » ne sauraient être « amis de Dieu », et de là, dit l’Écriture, « ne servent point Christ, notre Seigneur, mais leur propre ventre… » Rom 16:18. L’âme qui a quelque peu goûté les choses spirituelles, et qui les néglige ou les a rejetées, éprouve d’autant plus le besoin de goûter les choses de la terre, avec lesquelles elle essaie vainement de combler son vide spirituel, qu’elle ne peut rassasier.

    Refuser la croix, c’est refuser la crucifixion de la chair, c’est prendre encore plaisir à la loi du péché qui veut régner dans nos membres. C’est pourquoi « Christ, ayant souffert dans la chair, dit l’Écriture, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu, pendant le temps qui lui reste à vivre dans la chair. C’est assez, en effet, d’avoir dans le temps passé accompli la volonté des païens, en marchant dans la dissolution, les convoitises, l’ivrognerie, les excès du manger et du boire, et les idolâtries criminelles… » I Pier 4:1-3. Il peut sembler surprenant que les « excès du manger et du boire » soient placés sur le même plan que celui de la « débauche et de l’idolâtrie », pratiques d’une gravité mortelle pour la vie spirituelle, mais ceci vient du fait que les excès du manger et du boire sont si « naturels »  dans les habitudes quotidiennes, que l’on n’aperçoit pas la mort spirituelle, à laquelle ils conduisent… À ce titre-là, rien n’est « anodin ».

    S’il est un fruit de l’Esprit qui doit s’exercer au sujet des excès, c’est assurément  celui  de  la  « tempérance »,  de  la  « maîtrise  de  soi » Gal 5:22. En effet, l’Esprit de Dieu nous aide dans ce qui en nous est sans force ou insoumis, alors que nous sommes appelés à parvenir à la Stature parfaite de Christ ; sachant que « le Royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit… » Rom 14:17. La « maîtrise de soi » puise sa force dans la lumière du discernement spirituel qui nous rend capables de refuser ce qui conduit à la mort, et de choisir ce qui conduit à la Vie en Dieu, suivant ce qu’écrit l’apôtre Paul : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit. Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments ; et Dieu détruira l’un comme les autres. Mais le corps n’est pas pour l’impudicité. Il est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps… » I Cor 6:12-13. Tel faisant des excès rend donc un culte à son « ventre » qui est son « dieu ». Mais les excès ne consistent pas uniquement dans le volume de nourriture consommée, mais dans l’importance qu’on lui donne. Il s’agit, non seulement d’une question de quantité, mais de la délectation que l’on en éprouve. Ainsi, concernant une telle personne, le fait de se mettre à table devient pour elle un « rituel », un « acte religieux » inconscient, et, évidemment étranger à toute aspiration aux choses spirituelles.

   Toute personne ayant un penchant pour les choses de la chair perd sa réceptivité spirituelle, suivant que le dit Jésus : « Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste ; car il viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l’homme… » Luc 21:34-36. Il y a dans tout excès une conséquence nuisible à la vie spirituelle, du fait que, non seulement le « ventre », mais, avant tout, le « cœur » s’appesantit. En effet, tout mangeur a ceci de particulier qu’il ne peut tenir, ou ne suivre qu’avec peine une conversation spirituelle lors des repas, car, en consommant, son esprit est, en quelque sorte, consommé par ce qu’il mange.

     C’est donc à la sobriété que Jésus nous exhorte, car, avant même d’être une nuisance pour le corps, Jésus voit un danger plus grand encore pour la vie intérieure. En effet, les nourritures terrestres sont susceptibles de nous détourner des choses spirituelles, car la satisfaction que l’on en retire nous rattache à la nature passagère des choses terrestres. Et, concernant l’attente du « Jour du Seigneur », combien de pensées de l’Esprit, de paroles, de directions divines que nous risquons de ne pas apercevoir à cause de nos cœurs appesantis par les excès qui encombrent nos pensées et voilent notre esprit. Les Écritures nous rappellent combien les choses de la terre peuvent altérer l’attente spirituelle, nous induisant à méconnaître les exhortations ou les Desseins de Dieu à notre égard, tel le serviteur infidèle, disant : « Mon maître tarde à venir… », et qui « se met à battre ses compagnons, et à manger et à boire avec les ivrognes… », et dont il est dit que le maître de ce serviteur « viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas… » Matt 24:48-50.

     Dans les Écritures, l’exhortation à « être sobre » est toujours associée à l’avènement du Seigneur et à la fin des temps, et, par conséquent, à la préparation du croyant. L’apôtre écrit, en effet : « Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, pour que ce jour vous surprenne comme un voleur ; vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour. Nous ne sommes point de la nuit ni des ténèbres. Ne dormons donc point comme les autres, mais veillons et soyons sobres. Car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit. Mais nous qui sommes du jour, soyons sobres… » I Thess 5:4-8. Et Pierre d’exhorter : « C’est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra… » I Pier 1:13. La sobriété, dans ce domaine comme dans d’autres, était pleinement vécue dans la pensée et dans la vie de Paul, ainsi qu’il l’écrit : « … Je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres… » I Cor 9:27.

   L’Écriture enseigne donc que ce ne sont pas les appétits du corps, qui alourdissent et obscurcissent l’esprit, qui doivent nous dominer, mais, bien plutôt l’Esprit-Saint, qui doit régner sur notre corps, afin que nous ne soyons plus distraits ni détournés de la sainteté, et ainsi porter le « fruit »  qu’attend de nous le Seigneur : Rom 6:22, suivant qu’il est écrit : « Veillez… à ce qu’il n’y ait ni impudique, ni profane comme Ésaü, qui pour un mets vendit son droit d’aînesse. Vous savez que, plus tard, voulant obtenir la bénédiction, il fut rejeté, quoiqu’il la sollicitât avec larmes ; car son repentir ne put avoir aucun effet… » Héb 12:16-17. Ésaü, revenant des champs, fatigué, affamé, les sens émoussés, sauf celui de la faim, ne put résister à la proposition de Jacob, qui saisit cette occasion pour demander à son frère de lui vendre son droit  d’ainesse  contre  un  plat de  lentilles Gen 25:34. La bénédiction de toute une vie perdue à cause de la jouissance d’un moment.

    Prenons garde que dans des moments de déception, d’épreuve ou de tentation, nous en arrivions à inverser les valeurs, regardant ce qui est accessoire comme étant indispensable, et ce qui est indispensable comme étant accessoire. Gardons-nous d’user d’impatience, qui en faussant le jugement, donne plus d’importance à ce qui est charnel qu’à ce qui est spirituel. Aussi le vainqueur est-il celui qui, toujours, se rappelle que « l’esprit est bien disposé, mais que la chair est faible… » Matt 26:41. Veillons et prions en conséquence.