M119 – POUR L’ ÉPROUVER …

 

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    « Ayant levé les yeux, et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains, pour que ces gens aient à manger ? Il disait cela pour l’éprouver, car il savait ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : Les pains qu’on aurait pour deux cents deniers ne suffiraient pas pour que chacun en reçût un peu. Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens … ? » Jean 6:5-9.

  Quelle que soit la nature de l’épreuve, il s’agit toujours d’une situation qui, à première vue, dépasse notre compréhension ou nos forces, et à laquelle doit faire face notre foi. Le Seigneur, met à l’épreuve ses disciples dans le seul but de les affermir ; mais l’Esprit et le But dans et pour lesquels Jésus éprouve (et non pas tente) les siens, sont totalement opposés à l’esprit et au but qui animent le diable, et les hommes quand ils tentent leurs semblables. En premier lieu, c’est évidemment contre la Personne même de notre Seigneur que le diable s’est attaqué dans le domaine de l’épreuve et de la tentation. Ainsi, au diable qui l’avait « placé sur le haut du temple », en lui disant : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ; et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre… », mais Jésus lui répondit : « Il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu… » Matt 4:6-7. Par Sa réponse, Jésus parle plus par rapport à Lui-même que par rapport au diable, car ce dernier, dans cette épreuve de séduction, agit de telle sorte que ce soit, non pas lui, mais Jésus qui « tente » Dieu. Le but de Satan, le tentateur, est, non seulement d’amener Jésus à désobéir à Dieu, mais encore à faire de Lui le « tentateur » même. Effrayante ruse blasphématoire, laquelle, comme toutes les suivantes, seront déjouées et vaincues par notre Seigneur.

  Jésus a été éprouvé et tenté sur tous les plans de Sa Personne, nous montrant par avance, en tant que rachetés, ce que nous aurions nous-mêmes à affronter et à vaincre par Sa seule Grâce. Les pharisiens et les sadducéens, dit l’Écriture « abordèrent Jésus, et, pour l’éprouver, lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel… » Matt 16:2, ce à quoi, Jésus répondit, en terminant son discours : « Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui de Jonas… » Matt 16:1-4. C’est la Parole, par l’Esprit, qui convainc et pousse à la repentance, et non pas le surnaturel qui, cependant, doit l’accompagner et l’attester. Mais, en faisant un miracle à la demande de ces Juifs religieux, Jésus aurait, par eux, obéît au diable plutôt qu’à Dieu. Ailleurs, alors que Jésus avait déjà réduit au silence des sadducéens, vinrent ensuite l’un d’eux, un docteur de la loi, qui lui fit cette question, « pour l’éprouver », lui aussi : « Maître, quel est donc le plus grand commandement de la Loi… ? » Ce n’était certes pas pour approfondir la Parole que ces Juifs posaient cette question, mais plutôt pour surprendre une erreur dans la réponse de Jésus, afin de l’accuser. Mais Jésus s’en remettait pleinement au : « Il est écrit » de Dieu, Son Père. Ce qu’il fit donc, en leur répondant : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même… » Matt 22:34-39.

  D’autres pharisiens encore, « pour l’éprouver », lui demandèrent : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour un motif quelconque… ? », ce à quoi Jésus répondit : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère… » Matt 19:3, 8-9. Combien délicate est cette question à traiter avec une grande compassion, mais pour laquelle existe aussi la tentation de répondre évasivement, de peur de déplaire et aux uns et aux autres. Là encore, les pharisiens cherchaient, soit à mettre Jésus en contradiction avec Moïse, soit à faire de Lui-même  un « législateur » supplantant Moïse qui avait reçu la loi, et, surtout, Dieu Lui-même qui la lui avait donnée. Ainsi, quant au croyant, non seulement le diable cherche à l’amener à désobéir à Dieu, mais encore à altérer sa pensée au point que, de « tenté », il devienne lui-même « tentateur », et cela, dans le fait de demander à Dieu d’accomplir des choses inconsidérées, ou des promesses qui ne se trouvent ni dans la Parole ni dans la Pensée de l’Esprit-Saint.

  Jésus dit à Pierre, et aux apôtres : «  Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti (quand tu auras surmonté l’épreuve) affermis tes frères… » Luc 22:31-32. Cette prière du Seigneur, aux yeux de qui rien n’échappe, témoigne de Sa profonde Sollicitude, et révèle que notre épreuve est connue de Lui, et qu’elle est l’objet d’une Œuvre invisible et puissante de Sa part envers nous. C’est parce que Jésus « savait, Lui, ce qu’Il allait faire… », qu’Il parla à Philippe « pour l’éprouver » au sujet des pains à acheter à toute la foule, car Jésus n’aurait pas « éprouvé » son disciple, s’Il n’avait eu la pensée de les « multiplier » peu après. Ces quelques mots révèlent la Connaissance parfaite de Dieu de tout ce qui survient dans nos vies.

  Ainsi, quelle que soit la nature de l’épreuve, nous savons que le Seigneur sait ce qu’Il va faire de notre épreuve, et même, ce qu’Il en fait déjà, selon que l’écrit précisément l’apôtre : « Aucune tentation (ou épreuve) ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés (ou éprouvés) au-delà de vos forces ; mais avec la tentation  il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter… » I Cor 10:13. C’est donc dans la tentation, dans l’épreuve, et non en dehors d’elle, que Dieu nous affermit, et c’est de notre épreuve, qu’Il tire les éléments mêmes qui constituent le moyen d’en sortir. Il en sait donc le pourquoi et le but, et, si nécessaire, la cause qu’Il nous révèle. Le fait de savoir que rien n’échappe à Dieu nous donne l’assurance que notre vie est entre Ses Mains, et que notre épreuve est un ciseau dans Sa Main pour nous tailler à Sa Ressemblance.

  Jésus dit : « Ou achèterons-nous des pains, pour que ces gens aient à manger… ? ». Le Seigneur ne dit pas, avec quoi les achèterons-nous, ou avec quel argent, mais où les achèterons-nous, en quel lieu ? Certes, en parcourant la campagne environnante, cela était encore possible, toutefois non sans peine. Mais la difficulté déjà de trouver des pains ne faisait qu’accentuer davantage l’impossibilité qu’il y avait à les acheter. Jésus connaissait donc la réponse de Philippe, mais ce fut seulement par l’épreuve que celui-ci révéla ce qu’il pensait de la situation. La « mise à l’épreuve » fut la « mise en lumière » de l’insuffisance de sa foi, en face de l’immense besoin. Sans cette mise à l’épreuve,  le disciple l’aurait-il su, même soupçonné ? L’homme apprend plus sur lui-même  lorsqu’il ne peut pas, que lorsqu’il peut. Le pouvoir, ou la richesse grise, enivre l’homme, et le sentiment de sa propre « assurance » masque alors tous les sentiments de sa faiblesse. Et c’est « l’orgueil qui précède la chute… » Prov 16:18. L’Écriture ne dit-elle pas au sujet du roi Ézéchias que « Dieu l’abandonna (le temps nécessaire) pour l’éprouver, afin de connaître tout ce qui était dans son cœur… ? » II Chro 32:31.

  Ainsi, le croyant par l’épreuve est contraint de voir ses limites, et donc de se voir tel qu’il est. Il commence enfin à se connaître, non par lui-même, mais tel que Dieu le connaît. Philippe comprit, comme André d’ailleurs, que ce fut, non seulement les « deux cents deniers », mais, plus encore leur manque de foi, qui n’avait pas suffi à nourrir la foule. Il est des choses qui ne s’apprennent que par les épreuves, par les échecs et par le brisement. Mais le jour où l’on reçoit la Révélation que Dieu « sait ce qu’Il fait » dans notre épreuve, et par Son Œuvre opérée par elle en nous, nous découvrons alors que le brisement était éclairant et salutaire, que l’échec n’en était pas un, et que l’épreuve est une bénédiction.