M118 – UNE BELLE VOIX …

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     « Et ils se rendent en foule auprès de toi, et mon peuple s’assied devant toi ; ils écoutent tes paroles, mais ils ne les mettent point en pratique, car leur bouche en fait un sujet de moquerie, et leur cœur se livre à la cupidité. Voici, tu es pour eux comme un chanteur agréable, possédant une belle voix, et habile dans la musique. Ils écoutent tes paroles, mais ils ne les mettent point en pratique. Quand ces choses arriveront, et voici, elles arrivent ! Ils sauront qu’il y avait un prophète au milieu d’eux… »  Ézé 33:31-33.

    Une prédication sans inspiration expliquerait le manque d’intérêt des fils d’Israël, mais il s’agit là d’une parole apportée sous l’onction de l’Esprit, par l’un des plus grands prophètes : Ézéchiel. Il est frappant de constater qu’une telle parole inspirée n’ait pas suscité la crainte de Dieu dans les cœurs de ceux qui écoutaient, lesquels accouraient en foule pour l’entendre, sans éprouver, cependant, aucune conscience de leurs péchés. Il est des cœurs rebelles qui éprouvent un malin plaisir à entendre, ou à réentendre, des paroles auxquelles ils ont décidé de ne pas obéir. Ceci peut paraître étrange comme attitude, mais, quant à nous, combien de lectures de la Parole, combien de prédications entendues, où même apportées en tant que serviteurs de Dieu, et dont nous remettons à plus tard la mise en pratique dans notre vie. La manière forte et directe de s’exprimer des prophètes est seule capable de briser et de délivrer de l’engourdissement spirituel et de l’esprit mortel de l’habitude.

   L’Écriture déclare « qu’il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables… » II Tim 4:3-4. Or, en ce qui concerne Ézéchiel, il ne s’agit évidemment pas de fausses doctrines ni de paroles flatteuses, mais de la Parole divine. Nous comprenons mieux cette attitude en voyant l’état d’esprit superficiel de l’homme, curieux de tout et méconnaissant son vrai besoin, parfaitement dépeint par le comportement du roi Hérode face au prophète Jean-Baptiste. Hérode, en effet, « craignait Jean, le connaissant pour un homme juste et saint ; il le protégeait, et, après l’avoir entendu, il était souvent perplexe, et l’écoutait avec plaisir… » Marc 6:20. Ainsi, en même temps, Hérode protégeait le prophète, tout en étant souvent perplexe à cause de ses paroles, tantôt il l’écoutait avec plaisir, tantôt il le craignait. Tous ces sentiments contradictoires en Hérode ne firent que réduire la prédication du prophète à l’effet « d’une belle voix ». Hérode ne fut donc cas privé d’entendre la Parole de Dieu, mais sa passion au sujet d’Hérodias, femme de Philippe son frère, qu’il avait prise pour femme, et ses mauvaises actions commises en tant que roi soupçonneux, firent de lui ce que l’apôtre Paul décrira, dans un contexte différent, à Timothée au sujet de « … ces femmes d’un esprit faible et borné (le terme s’applique également à l’homme inconstant et inconsistant), chargées de péchés, agitées par des passions de toute espèce, apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité… » II Tim 3:6-7. L’erreur est démasquée par les cœurs droits qui discernent la Vérité, et cette même Vérité ne peut que rendre plus tortueuses les âmes lui résistent.

   Jésus, enseignant dans la synagogue de Nazareth, déclara : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. Et tous lui rendaient témoignage ; ils étaient étonnés des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, et ils disaient : N’est-ce pas le fils de Joseph… ? » Luc 4:21-22. Mais Jésus, poursuivant son discours, dit : « Je vous le dis en vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie… Il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine sur toute la terre ; et cependant Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles, si ce n’est vers une femme veuve, à Sarepta, dans le pays de Sidon. Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël du temps d’Élisée, le prophète ; et cependant aucun d’eux ne fut purifié, si ce n’est Naaman, le Syrien… » Luc 4:23-27. À l’écoute de ces paroles, les Nazaréens se levèrent, et « menèrent Jésus jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, afin de le précipiter en bas… » Luc 4:29. Ainsi, au début de la prédication, les Juifs émerveillés reçurent et goûtèrent les Paroles de Jésus, puis, avant même la fin de Son discours, ils furent tous remplis de colère, l’enthousiasme cédant le pas à la fureur. Tôt ou tard, en effet, les uns ne supportent pas la Parole révélatrice, et cela d’autant moins que d’autres, à qui elle n’était pas d’abord adressée, la reçoivent et la comprennent avec foi, humilité et efficacité.

    Recevoir la Parole de Dieu comme provenant « d’une belle voix » revient à ne rechercher que les bénédictions et les promesses de celle-ci. Certes, ces choses nous sont aussi réservées par le Seigneur dans Son Amour pour nous, mais nous sommes aussi exhortés à montrer le même zèle à rechercher la sanctification, le dépouillement et l’obéissance à la Volonté de Dieu. Ne voir que les « beautés » de la Parole, c’est n’en distinguer que les « contours » de la connaissance, et non la Profondeur et la Richesse ; c’est rester hors d’atteinte de sa force affranchissante. Il est une manière d’agir immuable de la part de Dieu par Sa Parole, et cela commence par ce qui est « doux », et se poursuit par ce qui est « fort ». Un passage de l’Écriture nous le révèle lumineusement, la Voix céleste, parlant à Jean à Patmos, dit : « Va, prends le petit livre ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre. Et j’allais vers l’ange, en lui disant de me donner le petit livre. Et il me dit : Prends-le, et avale-le ; il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. Je pris le petit livre de la main de l’ange, et je l’avalai ; il fut dans ma bouche doux comme du miel, mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume » Apo 10:8-9.

    Il est question ici du prophète à qui il a été ordonné de prophétiser aux nations, mais, quant à nous, il s’agit avant tout du travail intérieur de la Parole en chacun de nous. Qu’elle soit reçue pour soi-même, ou pour autrui, c’est toujours le même processus de la Parole qui s’opère intérieurement. Au début de la vie chrétienne, comme au début de toute nouvelle phase spirituelle, le Seigneur nous « porte », la Parole a le goût de « miel », elle est la Nourriture spirituelle qui nous fortifie,  puis  vient  le  moment  où  Il  nous  exhorte,  disant : « … celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la… bonne nouvelle… la sauvera… » Marc 8:35. La Parole devient alors « amertume », elle saisit nos entrailles, notre être profond, nous sondant et nous épurant. Tel qui ne voit dans la Parole qu’une belle voix est celui qui refuse « l’amertume » pour n’en conserver que le « miel », alors que c’est par l’amertume de la « crucifixion de la chair » que la Parole de Vie agit dans notre « homme intérieur », se diffusant dans tout notre être.

   Jean, en terminant sa première épître, écrit : « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu’il nous a donné l’intelligence pour connaître le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le Dieu véritable, et la Vie éternelle… », puis il adresse une exhortation qui apparaît sans lien avec ce qui précède : « Petits enfants, gardez-vous des idoles… » I Jean 5:20-21. Quel est donc le rapport entre le fait d’avoir reçu « l’intelligence pour connaître le Véritable » et celui de devoir « se garder des idoles » ? Il consiste en ce que l’« esprit d’erreur » est toujours associé à l’« idole », quelle qu’en soit la nature, parce qu’il est le plus grand obstacle à l’accès de la Connaissance de Dieu dans les cœurs. Ceci explique l’attitude impénitente des auditeurs d’Ézéchiel, dont l’Éternel dit : « Tout homme de la maison d’Israël qui porte ses idoles dans son cœur, et qui attache les regards sur ce qui l’a fait tomber dans son iniquité, – s’il vient s’adresser au prophète, – moi, l’Éternel, je lui répondrai, malgré la multitude de ses idoles, afin de saisir dans leur propre cœur ceux de la maison d’Israël qui se sont éloignés de moi avec toutes leurs idoles… » Ézé 14:4-5. Ces gens ne pouvaient recevoir la Parole, parce que leurs yeux et leurs oreilles n’étaient pas ouverts dans la même direction ; leurs oreilles entendaient les choses de Dieu, mais leurs yeux contemplaient les choses du monde, parce que leurs cœurs étaient incirconcis : un mélange stérile d’où l’absence de fruits spirituels. De telles âmes, dont le cœur renferme une ou plusieurs idoles, ne peuvent avoir qu’une approche superficielle de la Parole de Dieu, au point que, lorsque l’Esprit de la Parole les éclaire, ces âmes préfèrent en recevoir la « chaleur » plutôt que la « Lumière ». Elles ne peuvent donc l’interpréter que comme les sons « d’une belle voix », et confondre le prophète avec « un chanteur agréable ». Tel accepte de passer du « bienfait » à ce qui est « parfait » de la Parole, avec ce que cela implique dans sa vie, tel autre non ! Lequel des deux sommes-nous… ?