M117 – L’AUTEL QUI ÉTAIT A DAMAS …

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  « Le roi Achaz se rendit à Damas au-devant de Tiglath-Piléser, roi d’Assyrie. Et ayant vu l’autel qui était à Damas, le roi Achaz envoya au sacrificateur Urie le modèle et la forme exacte de cet autel. Le sacrificateur Urie construisit un autel entièrement d’après le modèle envoyé de Damas par le roi Achaz, et le sacrificateur Urie le fit avant que le roi Achaz fût de retour de Damas. A son arrivée de Damas, le roi vit l’autel, s’en approcha et y monta ; il fit brûler son holocauste et son offrande, versa ses libations, et répandit sur l’autel le sang de ses sacrifices d’actions de grâces… » II Rois 16:10-13.

   Il est frappant de voir avec quelle promptitude le cœur de l’homme peut changer de conviction. Tout croyant, même le plus spirituel, est conscient de l’esprit d’opportunité, ou de crainte, qui l’y inciterait dans certaines circonstances de sa vie. Dans le monde, les changements se réalisent par les nouveautés successives qui rejettent chaque fois ce qui a précédé, alors qu’en Christ tout avancement spirituel dépend, non seulement de connaissances nouvelles, mais, avant tout de la croissance spirituelle qui provient toujours de ce qui précède, du tronc de la Grâce divine. Contrairement au monde, qui ne tire guère instruction de son passé, les rachetés croissent, dans la Parole et l’Esprit-Saint, sans rupture d’avec la Sève spirituelle de la Force et des Lumières reçues jusqu’alors.

   Il suffit d’un Achaz, comme de toute autre personne ayant une autorité humaine et non spirituelle, pour bouleverser l’ordre des choses. Ce roi Achaz se révéla être du nombre des plus mauvais rois qui régnèrent sur Juda, faisant même « passer son fils par le feu, suivant les abominations des nations que l’Éternel avaient chassées devant les enfants d’Israël… » II Rois 16:3. Il alla également jusqu’à prendre l’argent et l’or qui se trouvaient dans la Maison de l’Éternel et dans les trésors de la maison du roi, pour l’envoyer en présents au roi d’Assyrie : II Rois 16:8-9. Aussi le roi Achaz fut-il délivré de Retsin qui était monté précédemment pour l’attaquer : II Rois 16:5-6. C’était donc en ces circonstances-là qu’Achaz sacrifia aux dieux mêmes de Damas, qui l’avaient frappé, en disant : « Puisque les dieux des rois de Syrie leur viennent en aide, je leur sacrifierai pour qu’ils me secourent. Mais ils furent l’occasion de sa chute et de celle de tout Israël… » II Chro 28:23. Le comble est que ce fut précisément sur cet autel, parmi d’autres, dédié aux dieux mêmes qui l’avaient vaincus, et qui ne purent sauver Retsin frappé par le roi d’Assyrie, qu’Achaz sacrifia, et dont il envoya le modèle et la forme exacte au souverain sacrificateur Urie, à Jérusalem.

   L’on ne peut qu’être étonné de l’empressement, par lequel le souverain sacrificateur Urie obéit et agit d’après l’ordre du roi. Dès que l’on quitte la Souveraineté de Dieu et de Sa Parole, l’on se place inévitablement sous une autorité opposée. Vouloir « se libérer » de la Volonté de Dieu, c’est s’assujettir à autrui, ou à soi-même, c’est perdre la vraie liberté, la liberté intérieure. L’homme élèvera toujours un « autel » à ce qu’il a choisi de croire, et cet autel sera toujours de la même nature que son « moi » charnel, ou religieux, qui le lui aura inspiré ou choisi. En vérité, dans une compréhension plus profonde, le roi et le prêtre ne sont qu’une seule et même « personne » en notre âme. Ce sont les deux faces de notre « moi », qui en sont l’élément « rebelle » et l’élément « religieux ». L’ « Achaz » en nous « voit » l’autel étranger : notre choix charnel, et l’ « Urie » en nous, en reproduit la forme rituelle. La ruse de l’adversaire est de diriger l’attention sur les choses, les moyens du monde, par lesquels les croyants appellent les gens du dehors dans l’église. Le monde y entre, en effet, mais sans être véritablement changé, puisque l’on utilise les mêmes moyens que le monde emploie pour s’introduire dans l’Église.

    Ainsi, « le modèle et la forme exacte de l’autel de Damas » représentent la forme de nos désirs personnels et religieux, et expriment la tentation de se conformer au siècle présent, tout en apportant, cependant, la Parole de Dieu. Mais l’apôtre Paul déclare qu’il s’agit là d’un « autre Jésus », d’un « autre esprit », d’un « autre évangile » que ceux annoncés au commencement : II Cor 11:4 ; car si les paroles sont justes, l’esprit, par lequel elles sont dites, ne l’est pas. Tout ce qui est lumière et délivrance pour l’éternité découle de l’Autel de Dieu, c’est-à-dire, de la Croix qui seule apporte à toute œuvre, à toute parole, à toute prière, l’authenticité et l’efficacité du Sang de l’Agneau et de l’Esprit-Saint. Lorsque l’on met uniquement l’accent sur les promesses, sur les dons, ou sur toute autre manifestation, le Christ crucifié et ressuscité est alors « décentré ». Jésus n’étant plus au centre de notre vie et de notre foi, il s’ensuit, alors une déviation, soit vers les expériences mystiques vaines, soit vers un légalisme de mort. C’est donc là ce qui se produit lorsque la croix, sans être ôtée, est déplacée, exactement comme le fit Achaz qui « éloigna de la face de la maison l’autel d’airain (celui de Dieu) qui était devant l’Éternel, afin qu’il ne fût pas entre le nouvel autel (des faux dieux) et la maison de l’Éternel ; et il le plaça à côté du nouvel autel, vers le  nord  (et  non  plus  en  face  de  l’entrée  du  temple) … » II Rois 16:14.

    L’apôtre écrit : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » Rom 12:1-2. À l’écoute de cette exhortation à crucifier notre chair et à offrir nos corps sur l’autel, cet autel fait peur, aussi la tentation existe-t-elle à chercher un autre autel moins exigeant, qui permette plus de liberté et d’initiatives personnelles. Nous voulons bien être disponibles, mais, en même temps, libres de nos mouvements. Les moyens de ce monde apparaissent, en effet, plus immédiats et efficaces que la prière et l’intercession, d’où cette tentation d’élever des « autels étrangers », c’est-à-dire, d’utiliser les méthodes, les manières de faire du monde pour intéresser, pour ranimer même la vie communautaire. Mais c’est là faire appel essentiellement à l’âme et non à l’esprit du croyant. Tout est donc bâti sur l’âme, le psychisme à l’équilibre instable et changeant, et non dans l’esprit, par le Saint-Esprit, selon ce que dit l’Écriture : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit (non à notre âme) que nous sommes enfants de Dieu… »  Rom 8:16. Autant notre esprit, par l’Esprit de la Parole, produit des fruits pour la vie éternelle, autant infructueuse est notre âme indocile en face de la Parole de Dieu.

   Tout croyant encore charnel ne saurait subsister sans support, support choisi ou conçu par le « moi » religieux, qui est un des aspects subtils et trompeurs de notre âme ; ce support, ou cet « autel » est déterminant. Il y a lieu de savoir que ce n’est pas Jésus-Christ, qui repose sur l’Évangile qu’Il a prêché, mais que c’est l’Évangile qui repose sur Jésus-Christ crucifié et ressuscité. Car c’est ce qui a découlé de la croix, de cet « autel » qui a la toute-puissance d’opérer ce que proclame la Parole prêchée. Par-là s’éclairent les paroles de Jésus adressées aux scribes et aux pharisiens : « Si quelqu’un, dites-vous encore, jure par l’autel, ce n’est rien ; mais, si quelqu’un jure par l’offrande qui est sur l’autel, il est engagé. Aveugles ! Lequel est le plus grand, l’offrande, ou l’autel qui sanctifie l’offrande ? Celui qui jure par l’autel jure par l’autel et par tout ce qui est dessus… » Matt 23:18-20. Ce n’est pas l’offrande qui sanctifie l’autel, mais l’autel qui sanctifie l’offrande qu’on y dépose. Ce n’est donc pas la Parole qui vivifie Jésus, mais Jésus qui vivifie la Parole. Ainsi, ce n’est pas un autel étranger, c’est-à-dire, les supports, les moyens mondains qui sanctifient et nous-mêmes et l’œuvre faite pour le Seigneur, mais bien plutôt la croix, l’autel de Dieu qui sanctifie, vivifie et donc fructifie toute œuvre, toute parole, toute prière pour soi-même et pour autrui. Sachons discerner et refuser tout autel élevé par l’enthousiasme et prônant la facilité de la vie spirituelle. « Petits enfants, gardez-vous des idoles… » I Jean 5:21.