M116 – S’IL NE MEURT …

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« Jésus leur répondit : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. En vérité, vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans le monde la conservera pour la vie éternelle… »  Jean 12:23-25.

   Dès Sa venue en ce monde, Jésus a marché à l’ombre de la croix, sur laquelle Il devait mourir. Cet autel du sacrifice avait été préparé par Dieu pour le temps fixé par Lui. Jésus, le sachant, dit à cet égard : « Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père… » Jean 10:17-18. Si Jésus n’avait pas connu la mort, en tant que victime expiatoire, Il restait seul, et nous serions perdus. Jésus a donc accepté de goûter la mort, afin de ressusciter pour se « multiplier » en chacun de nous, qui avons reçu Sa Vie. C’est ainsi qu’il porta du Fruit, des fruits éternels d’âmes sauvées et transformées, accomplissant par-là les paroles du prophète Esaïe, disant : « Il a plu à l’Éternel de le briser par la souffrance… Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours ; et l’œuvre de l’Éternel prospérera entre ses mains… » Ésaïe 53:10. Ainsi est-ce seulement lorsque le grain de blé meurt, qu’il porte beaucoup de fruit.

   Il est habituel de penser que le manque de fruit, ou de force, est la conséquence d’une perte de la vie spirituelle. En réalité, la cause en est, bien souvent, non pas un manque de Vie, mais de mort, de mort à soi-même. L’apôtre écrit : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez… » Rom 8:13. De même qu’il existe une vie « selon la chair » qui fait mourir, de même il existe une mort « selon l’Esprit » qui fait vivre, une mort opérant en nous par l’Esprit de Vie en Jésus-Christ. L’apôtre écrit à cet égard : « … Portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps… » II Cor 4:10. Cette mise à mort des actions (non des membres) du corps est opérée par l’Esprit pour la Vie. C’est là une loi spirituelle, jamais la Vie ne se communique sans faire, au préalable, mourir ce qui l’empêche d’être reçue, sans faire disparaître chaque obstacle dont elle occupera la place. Le texte littéral dit, non pas la « mort » et la « vie » de Jésus, mais le « mourir » de Jésus et le « vivre » de Jésus. Il s’agit d’une mort, en effet, mais non pas d’une mort « inerte », mais d’une mort « vivante », opérante  en nous. Par Son Esprit, Jésus n’est pas un « cadavre » au-dedans de nous, mais une mort agissante, vivifiante qui nous affranchit pour la Vie éternelle.

    L’Écriture dit : « … Notre vieil homme a été crucifié avec lui (Jésus), afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché ; car celui qui est mort est libre du péché… » Rom 6:6-7. La liberté pour l’homme de ce monde, c’est de vivre pleinement sa propre vie, tandis que pour le racheté, ce n’est qu’une fois mort à sa propre vie qu’il connaît la vraie liberté. Mort à quoi ? Au péché, à lui-même, et au monde pour lequel il a été crucifié en Christ. De plus, en mourant au péché, le racheté est mort, c’est-à-dire, mort à cette mort éternelle qui en est la conséquence. Or, être « mort » au monde, ne signifie pas être « hors » du monde, mais « n’être plus du monde… » Jean 15:19. En quoi consiste donc cette mort dans notre vie quotidienne ? L’Écriture nous le révèle lumineusement quand elle dit : « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire… » Col 3:3-4. Être « mort », c’est donc être « caché ». Caché où ? Non pas en un lieu, mais « en Dieu », et non pas seul, mais avec « Christ ». Bien que caché, le racheté n’a cependant pas disparu, mais il est caché aux yeux du monde en ce sens qu’il n’est pas « compris » par le monde. Dieu, ayant fait du racheté une « nouvelle créature », le monde ne peut se reconnaître en lui. Être « caché » spirituellement, c’est ne plus être reconnu, parce que « changé ».

   Ainsi, le fait qu’il ne puisse y avoir de Vie, ni  de fruit  spirituel, sans mort préalable, est une vérité fondamentale que l’on retrouve dans toutes les actions de l’Esprit-Saint dans nos vies. Jésus, se  comparant à un grain de blé, accepta d’être jeté en terre et  de mourir, afin  qu’une  fois enseveli, puis ressuscité, Il portât du fruit. En tant que la « Parole faite chair », Jésus a suivi le chemin de l’obéissance à la Gloire, et Sa Parole que nous entendons aujourd’hui doit suivre le même chemin à l’intérieur de nous, afin que nous portions, nous aussi, du fruit à Son exemple. A la veille de sa mort, Jésus dit à ses disciples : « Vous serez tous scandalisés ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées… » Marc 14:27. Les disciples, en effet, furent scandalisés par la crucifixion de Jésus, puis bouleversés lors de Sa résurrection. Ceci, afin d’apprendre à ne pas se confier selon la chair, dans ce qui est « visible » de la Personne de Christ, ni de chercher à comprendre Sa Parole par sa propre intelligence, obstacles qui empêchent de « voir », par l’Esprit, « le Père dans le Fils et le Fils dans le Père… » Jean 17:20.

    De même, en tant que rachetés, nous avons besoin d’être « scandalisés » par la Parole pour notre bien, chaque fois que nous disons l’avoir comprise, mais avec notre propre intelligence. « Scandalisés », certes, mais à la différence qu’il s’agit là, non pas d’un scandale selon le monde, ou selon la chair, qui trouble et achoppe les âmes, mais, au contraire, d’un scandale « spirituel » (tel celui de la croix) qui libère, épure et affermit plus fortement encore notre foi, dans ce même but que nous révèle l’Écriture, lorsque Dieu dit : « Une fois encore j’ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. Ces mots : Une fois encore, indiquent le changement des choses ébranlées, comme étant faites pour un temps, afin que les choses inébranlables subsistent… » Héb 12:26-27. Les choses « inébranlables » ne trouvant leur place qu’avec la disparition des choses « ébranlées », il s’agit, au-dedans de nous, d’un ébranlement nous affranchissant de nos propres pensées qui obscurcissent la Parole de Dieu, et donnant accès à l’Esprit-Saint qui l’éclaire dans nos cœurs.

   Toute Parole de Dieu reçue doit donc elle aussi « mourir » dans le terrain de notre cœur, afin de porter du fruit. Ce fut la Voie de Jésus en vue de notre Salut, c’est le même processus de mort et de vie de la Parole au-dedans de nous, en vue de notre croissance spirituelle. Si, comme le grain de blé, la Parole ne « meurt », elle reste seule, c’est-à-dire qu’elle est simplement accumulée, stockée dans le magasin de notre propre intelligence, et, en demeurant inutilisée, la Parole reste à l’extérieur de nous, et nous à l’extérieur d’elle. Elle n’est plus qu’une connaissance de vérités acquises, qui ne peut nous amener à la Ressemblance du Fils de Dieu. Cette connaissance sans Vie divine nous fait part des choses célestes sans nous y introduire, de sorte que nous demeurons étrangers à ce que nous connaissons, ce qui revient à connaître Dieu sans être connus de Lui.

   Jésus, enseveli, avait aux yeux de ses disciples disparu « sous la surface du sol », jusqu’à ce qu’Il ressuscite, de même la Parole, qui ne saurait être captive de notre intelligence naturelle, doit donc disparaître sous la surface du sol de « l’homme extérieur », et être « ensevelie » dans « l’homme intérieur » où elle le ressuscite en lui communiquant Sa Vie. De même que le grain de blé, jeté en terre, « fait corps » avec la terre, afin de mourir pour germer, de même, la Parole de Dieu « fait corps » avec notre cœur, afin de porter du fruit pour la Vie éternelle, confirmant et donnant tout son sens à la réponse donnée par l’apôtre aux Corinthiens : « Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend point vie, s’il ne meurt… » I Cor 15:36. La Parole ne peut germer sans mourir. Le tombeau de Jésus était, comme l’est notre cœur spirituellement, le passage obligé de la mort à la Vie, le sein d’où jaillit la résurrection à laquelle répond l’effusion de l’Esprit-Saint. Heureux celui pour qui la mort de Jésus s’est révélée comme un sujet de louanges et de reconnaissances, au même titre que Sa Vie, Son Amour et Ses Promesses qui en sont les conséquences bénies.