M115 – LES MOUCHES …

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« Les mouches mortes infectent et font fermenter l’huile du parfumeur ; un peu de folie l’emporte sur la sagesse et sur la gloire…  » Ecc 10:1.

   Il n’est pas de comparaison plus parlante que celle de « mouches » qui infectent leur milieu, éclairant, par-là, la manière dont, parfois, se détériorent les relations fraternelles. Ce sont là des situations auxquelles n’échappe aucun être humain, aussi spirituel soit-il. En bien d’autres domaines, déjà, une simple mouche peut déranger telle personne qui se repose, parle ou conduit, comme aussi distraire telle autre qui écoute, pense ou agit. Que de petites choses peuvent avoir de grandes, ou graves, conséquences en cette vie, et pour celle à venir ! « Un peu de levain, dit l’Écriture, fait lever toute la pâte… » Gal 5:9. Et quand l’on sait que le « vieux levain » représente la « malice » et la « méchanceté » I Cor 5:8, il est, ô combien, nécessaire de veiller à l’état de son cœur, en se rappelant « qu’un peu de folie l’emporte sur la sagesse et sur la gloire… ».

   Le peuple hébreu était appelé à être « saint », et toute personne coupable d’idolâtrie ou de transgression en son sein était l’objet, selon la gravité, d’une sentence de mort, de la part de Dieu, qui dit ; «  Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi… » Deut 17:7. En ce qui concerne l’exhortation faite aux églises, l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « … de ne pas avoir des relations avec quelqu’un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne même pas manger avec un tel homme. Qu’ai-je, en effet, à juger ceux du dehors ? N’est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? Pour ceux du dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous… » I Cor 5:11-13. Le « méchant » en question désigne la personne elle-même, comme aussi ce qui est « mal » dans une personne. Dans le premier cas, la mise à l’écart de la personne résulte, non pas d’une décision arbitraire, mais du discernement spirituel de tous à l’égard d’une âme impénitente, qui représente un danger auprès des « consciences faibles », les croyants sont donc appelés à juger une telle personne, mais dans l’espérance et l’attente de sa repentance. Dans le second cas, conscient du mal qui l’habite encore, c’est au croyant lui-même à « se juger », à « s’examiner », à « s’éprouver » lui-même, non par sa conscience, mais par l’Esprit-Saint dans sa conscience :  I Cor 11:31 et : II Cor 13:5.

   Alors qu’aucune parole n’a encore été échangée, la vue d’une personne nouvellement parue peut faire naître en soi un sentiment de sympathie à son égard, ou alors d’antipathie, dont on ne soupçonnait pas l’existence jusqu’alors. Aussi, avant qu’il ne s’amplifie, est-il donc nécessaire d’entrer en contact avec la personne en question. Si la réaction de la personne envers nous est négative, l’important est que la nôtre ne le soit pas, et même si, par la suite, la situation ne devait guère changer, ce qui nous importe, c’est d’avoir appliqué les paroles de l’apôtre Paul, disant : « S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes… » Rom 12:18. Pas plus que l’on ne peut faire de tout le monde ses amis, l’on ne peut davantage plaire à tous. Nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres, mais les difficultés surgissent dès le moment  où, dans une collaboration, une direction à sens unique est imposée, sans tenir compte des appels ou des ressentis particuliers. Le Seigneur aime tous ses enfants, au point que chacun est aimé de l’Amour incommensurable dont Il aime l’ensemble des créatures. Et la manifestation de l’Amour de Dieu envers tous n’empêche pas la totalité de cet Amour envers chacun, d’où Sa Richesse infinie. En effet, nous apprenons par l’Écriture, qu’Abraham, d’entre tous les patriarches, fut spécialement appelé « Ami de Dieu » Jac 2:23. D’ailleurs, Jésus-Christ, tout en appelant ses disciples « mes amis » Jean 15:14-15, n’empêcha pas que l’apôtre Jean fût, parmi les disciples, désigné comme étant « celui que Jésus aimait… » Jean 19:26 et 21:20. Il ne s’agit là évidemment pas d’une préférence « selon l’homme », mais d’une relation d’Amour nécessitée par une vocation, ou par un destin spécifique de la part de Dieu, ainsi qu’envers toute âme, aujourd’hui, appelée à un service particulier pour le Royaume de Dieu.

   Ainsi, les « mouches mortes », c’est-à-dire, les disputes, les suspicions, les jalousies et les médisances qui affectent la communion fraternelle, résultent des préférences selon la chair, et du refus d’accepter la diversité des membres du Corps du Seigneur. D’autre part, rien ne s’oppose le plus à la vraie Unité de l’Esprit que l’uniformité. Le Seigneur ne nous appelle pas tous à œuvrer de la même manière en vue du même Royaume de Dieu, parce que l’Eglise est « appelée à faire connaître aux dominations et aux autorités dans les lieux célestes la Sagesse infiniment variée de Dieu… » Eph 3:10, d’où la diversité des ministères et des dons dans le Service de l’Évangile. D’ailleurs, toute personne qui n’est pas à sa place dans telle ou telle communauté, parce que l’ayant « choisie » elle-même, s’y révélera négative, alors que dans une autre, où le Seigneur aura conduit ses pas, cette même personne s’y révélera constructive.

    Il est telle personne qui, sans être une « mouche », se comporte comme telle au sein de sa communauté. Ce sont des personnes qui n’ont pas de repos, jusqu’à ce qu’elles aient cherché et trouvé la « petite bête » chez les autres. Elles ne peuvent réprimer ce besoin, parce que la « mouche » en question se trouve dans leur cœur, mais autrui finit par voir ce qui habite en elles,  lesquelles d’ailleurs ne s’en aperçoivent pas. Ce sont ces agitations dues aux passions de la chair non crucifiée, dont elles ne peuvent, ou ne veulent, se défaire. Passions refoulées qui font naître un sentiment de culpabilité dans la conscience de ces personnes, sentiments qu’elles désirent alors étouffer par cette agressivité à relever les mêmes travers chez ceux qui les entourent, d’où l’exhortation de l’Écriture : « Veillez à ce que nul ne se prive de la Grâce de Dieu ; à ce qu’aucune racine d’amertume, poussant des rejetons, ne produisent du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés… » Héb 12:15. Veillons donc à ce que la « mouche » ne devienne pas une nuée incontrôlable.

   Combien de confessions, de témoignages de victoires suivis de chutes ou de rechutes, provenant du fait que l’on a jeté l’huile infectée, mais en laissant les mouches… au fond du vase. Ainsi, chaque huile remplacée par une nouvelle (celle de nos résolutions qui n’aboutissent pas) ne se révèle ni efficace, ni durable, parce que s’infectant de nouveau à cause de la chair non crucifiée ; chair dans laquelle réside encore des restes de notre « homme extérieur », et qui affecte le renouvellement de notre « homme intérieur ». Une mouche, de par sa grosseur et son poids, n’est certes pas de la taille d’un « chameau », mais elle indique, déjà, en nous un accès insoupçonné jusqu’alors, par lequel les choses venant du dehors pénètrent à l’intérieur, et révèle par-là la convoitise de notre « moi » qui les accueille. Quel est donc le croyant capable de se garder des infiltrations du monde ? Celui-là même qui met toute sa joie à se préparer à la rencontre de l’Époux divin, et dont la vertu qui le caractérise est la « sobriété », conformément aux paroles du Seigneur, disant : « Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du boire et du manger, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste… » Luc 21:34, ainsi qu’à l’épître de Pierre, qui écrit : « C’est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement, soyez sobres, et ayez une entière espérance dans la Grâce qui vous sera apportée, lorsque Jésus-Christ apparaîtra… » I Pier 1:13. Ainsi, « être sobres» c’est accepter désormais de « perdre sa propre vie », quelles que soient les tentations et les épreuves que nous attire le parfum de la Vie spirituelle retrouvée.

   L’huile du parfumeur attire les mouches. C’est là, à la fois, son inconvénient et la preuve même de sa qualité.  « Nous sommes, en effet, pour Dieu, dit l’Écriture, la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort, donnant la mort ; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie… » II Cor 2:15. Ceci explique le harcèlement des « mouches », c’est-à-dire, de l’adversaire de nos âmes, contre celui en qui habite la « bonne odeur » de la Vie de Christ, et dont les luttes qu’elle lui attire sont les preuves de sa vie sanctifiée. Notre responsabilité est à la mesure de notre conscience éclairée par le Saint-Esprit, aussi aspirons-nous à une illumination intérieure plus grande, d’en haut dans nos cœurs. En toutes choses, en effet, il y a la part initiale de Dieu et la part de l’homme régénéré qui y répond. Dans la Grâce, le Don de Dieu et l’abandon du racheté se rencontrent, Celui qui « vivifie » et le « vivifié » deviennent « un », et de cette communion dans la Lumière s’opère la croissance spirituelle vers la perfection.