M114 – LE PAIN VIVANT …

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  « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C’est ici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde… » Jean 6:48-51.

    « Le pain qui descend du ciel », non seulement donne la Vie, mais il est lui-même vivant. Ce « Pain vivant », c’est Jésus, la « Parole faite chair », qui donne la Vie et nourrit l’âme, parce que la Vie divine est en elle. Alors qu’ils venaient de quitter la montagne où Jésus avait multiplié les sept pains et les poissons pour rassasier les quatre mille hommes et ramassé sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient, les disciples, « passant à l’autre bord, avaient oublié de prendre… des pains, avec eux, dans la barque… » Matt 15:34-38 et 16:5. Jésus, saisissant l’occasion, aida la compréhension de Ses disciples à passer des pains terrestres au Pain de la Parole, afin de recevoir le discernement spirituel de Celui qui est le « Vrai Pain qui descend du ciel… ». De plus, l’Écriture précise que les disciples, « ayant oublié de prendre des pains, n’en avaient qu’un seul, avec eux, dans la barque… » Marc 8:14. Quel était donc cet unique pain ? Ce ne pouvait être un des pains récemment multipliés et rompus par Jésus, et l’Écriture n’enseigne pas davantage sur la nature exacte de ce pain. Mais, dans l’entretien qui s’ensuivit avec Ses disciples, notamment au sujet du « levain de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens » Marc 8:15, Jésus, par les questions qu’il leur pose et par lesquelles il veut dessiller les yeux de Ses disciples, laisse apparaître que ce « seul », cet « unique » pain, n’est autre que Lui-même, spirituellement, Lui, la Parole qui nourrit d’en haut.

    La Parole de Dieu n’est pas une parole naturelle pour l’homme naturel, ni une parole religieuse pour l’homme religieux, mais un pain céleste, un pain spirituel pour l’homme spirituel. Autre est le pain terrestre, autre est le pain céleste ; autre est la faim naturelle, autre est la faim spirituelle, car autre est notre être naturel, autre est notre être spirituel qui, seul, reçoit la Parole de Dieu et en tire la Force et la Lumière. La Parole divine est reçue par la foi qu’elle-même produit dans « l’homme intérieur ». Aussi est-ce précisément ce qui, en nous, reçoit la Vie d’en haut, notre « homme intérieur », qui goûte et comprend le Pain de Vie de La Parole. « L’homme intérieur » a une existence spirituelle réelle, c’est lui qui a faim, qui a soif, qui seul goûte la Parole divine, et qui fait que l’on devient semblable à la Parole que l’on croit, étant devenu de la même nature qu’elle. Toute désobéissance, toute négligence à sonder la Parole prive de nourriture spirituelle notre « homme intérieur » qui se trouve alors en danger d’assoupissement, de mort spirituelle, assailli, étouffé qu’il est sous le poids des sollicitations charnelles de « l’homme extérieur ». Aspirons à  comprendre la révélation du Pain spirituel de la Parole de Dieu, et réjouissons-nous du rassasiement qu’il apporte et du changement intérieur qu’il opère.

    Le « pain du ciel » donne la Vie parce qu’il est vivant, et donc vivifiant. Jésus dit à cet égard : « Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi, il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… » Jean 5:26, et encore : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi… » Jean 6:57. Le Père a la Vie en Lui-même et la donne à Celui qui est de la même Nature que Lui, Son Fils, Lequel, à son tour, la donne à ceux qu’il a rendus semblables à Lui, en les rachetant et les régénérant. De même que le Fils n’a pas « mangé » Son Père pour vivre de Sa Vie, de même en est-il de nous à l’égard de Jésus, de qui nous avons reçu la Vie. Nous comprenons, par cette « absorption » spirituelle, la Profondeur  de notre communion intime avec notre Seigneur, identifiés à Lui par la nouvelle naissance.

     Tout au long de l’histoire de l’Église, le « repas du Seigneur » a donné lieu à des interprétations les plus diverses. Sans nous étendre sur celles-ci, mais dans le but de comprendre ce qui suit, nous relevons, entre autres, deux conceptions différentes parmi les croyants. Pour les uns considérant que la Grâce a succédé à la Loi, tout est donc devenu « spirituel », et spiritualisent la Sainte Cène au point qu’il ne serait plus nécessaire de la prendre. Pour d’autres, croyant à la présence réelle du Corps et du Sang de Christ dans le pain et le vin, prennent pour un acte de foi ce qui ressemble à un acte magique. Par ailleurs, beaucoup de croyants prennent la Cène dans la pensée d’obtenir automatiquement une bénédiction, une protection, ce qui s’apparente à une démarche superstitieuse. La conception spiritualiste et celle matérialiste viennent des profondeurs du cœur humain, et nous découvrons cette dernière, déjà exprimée dans l’Écriture, par les paroles des juifs, disputant entre eux et disant : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger… ? » Jean 6:52. Certes, c’était là une éventualité irréelle, mais cette interrogation révèle l’esprit humain toujours enclin à voir, comme à donner, plus d’importance à la forme qu’au fond des choses, et qui contient déjà le germe de ce qui, plus tard, deviendra un dogme et un rituel.

    Jésus dit : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui… » Jean 6:55-56. A l’écoute de ces paroles, il n’est pas étonnant que ses disciples, après L’avoir entendu, dirent : « Cette parole est dure (difficile) ; qui peut l’écouter (la comprendre) … ? » Jean 6:60. II y a lieu de comprendre, en effet, que, parlant de Sa chair comme d’une nourriture, et de Son sang comme d’un breuvage, le Seigneur fait référence aux sacrifices et aux offrandes offerts selon la Loi de Moïse, et dont certains étaient entièrement, ou en partie, consumés par le feu. Les sacrifices d’expiation étaient mangés par les sacrificateurs, et les sacrifices d’actions de grâces, par les fidèles eux-mêmes  : Lév 6:19-23, 7:20. C’est pourquoi, Christ, entrant dans le monde dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens (dans le rouleau du livre il est question de moi) pour faire, ô Dieu, ta volonté… » Héb 10:5-7. Jésus s’est offert en Son Corps sur la croix comme « Nourriture spirituelle » de Salut et de Délivrance pour le rachat de notre âme, et cela dans le seul but d’accomplir la Volonté de Son Père, Volonté dont Il avait dit à ses disciples : « Ma nourriture est de faire la Volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre… » Jean 4:34. Quant à nous, rachetés, la provenance céleste ou terrestre de la nourriture que nous choisissons révèle notre nature spirituelle, ou charnelle. Dis-moi ce que (ou comment) tu manges, et je te dirai à qui tu obéis ! Est-ce à tes sens ou à Dieu ?

     Jésus révèle ce en quoi consiste la consommation de ce Pain vivant qu’il est Lui-même : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif… » Jean 6:35. Ainsi, spirituellement : « n’avoir jamais faim », signifie, non pas « manger » Jésus, mais « venir » à Lui, et : « n’avoir jamais soif », signifie, non pas « boire » Jésus, mais « croire » en lui. Le fait de « manger » la chair de Jésus exprime la faim spirituelle de l’âme qui, étant venue à Lui, chemine chaque jour en Celui qui est la Parole de la Vie éternelle. Et le fait de « boire » le sang de Jésus exprime la soif spirituelle de l’âme qui, en réponse à sa soif, reçoit  la Plénitude de la Présence de Dieu comblant, au-delà de toute mesure, l’intérieur de sa vie  purifiée.

    Venir et croire en Jésus ne se résume pas en une seule et unique expérience du début de la vie chrétienne, mais une marche continue, une aspiration constante, une vie intérieure sans cesse renouvelée. Heureux le racheté qui, parmi toutes les nourritures proposées par le monde, discerne ce Pain divin qui correspond au sens spirituel du goût de « l’homme intérieur » en lui, mettant en évidence ces paroles de l’Écriture : « L’oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, comme le palais savoure les aliments… ? » Job 12:11. Puissions-nous dire sans cesse du Pain divin de la Parole, par la Révélation de l’Esprit : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain… » Jean 6:34.