M112 – BARABBAS OU JÉSUS … ?

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« A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que demandait la foule. Ils avaient alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas. Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus, qu’on appelle Christ ? Car il savait que c’était par envie qu’ils avaient livré Jésus. Pendant qu’il était assis sur le tribunal, sa femme lui fit dire : Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent à la foule de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié… ! » Matt 27:15-22.

    A chaque fête de Pâque, un prisonnier était relâché. C’était là un trait habile, de la part des autorités en place, de faire alterner la clémence et la cruauté aux yeux du peuple soumis, bon gré mal gré, à l’occupant romain. D’autre part, contrairement à ce qui s’était passé lors des fêtes précédentes, ce fut la première fois, et assurément la seule, qu’un homme prenait la place de celui qui était relâché. Quand l’on sait qui était Barabbas, et qui « est » Jésus, le contraste n’en est que plus frappant.

    Pilate n’ignorait pas que c’était « par envie » que les sacrificateurs et les anciens du peuple d’Israël avaient livré Jésus ; et l’on sait qu’il n’est pas de sentiments plus à même de fausser le jugement que l’envie, la jalousie et la haine. Toutes les accusations dont les juifs accablaient Jésus n’exprimaient pas le vrai mobile de leur animosité. Jésus, peu auparavant, parlant à Ses propres frères, en donne la vraie cause : « Le monde, dit-il, ne peut vous haïr ; moi, il me hait, parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises… » Jean 7:7. Barabbas est une figure des œuvres mauvaises que les enfants de ce siècle accueillent davantage que les œuvres bonnes faites en Dieu, trop exigeantes à leurs yeux. Les incrédules et les religieux aveugles, par leur opposition, ne mesurent pas les conséquences contre eux-mêmes de leur attitude et de leurs actes pour leur vie présente et celle à venir. Jésus, montant au Calvaire, dit à la multitude de peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Car voici, des jours viendront où l’on dira : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté, et les mamelles qui n’ont point allaité ! Alors, ils se mettront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! Et aux collines : Couvrez-nous ! Car, si l’on fait ces choses au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec… ? » Luc 23:28-31. En effet, en rejetant Jésus, le « Germe juste » et le « Bois vert », le peuple juif, privé de la Vie, devint spirituellement le « bois sec », infructueux pour Dieu, puis dispersé. Aussi leur imprécation : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants… » Matt 27:25, devint-elle malédiction sur eux.

    Il peut donc sembler étrange de préférer donner la liberté à un brigand plutôt que de l’accorder  à un homme de bien. C’est bien là le choix d’une foule : Barabbas ou Jésus ? La question fut posée au peuple juif, et, de tout temps, l’homme a dû choisir entre « Barabbas et Jésus ». A nous-mêmes, rachetés, cette même question nous a été posée, et l’est toujours, sous les formes les plus diverses. Choisir Barabbas plutôt que Jésus, c’est choisir la porte large plutôt que la porte étroite, les œuvres de la chair plutôt que les fruits de l’Esprit, et, de là, la mort spirituelle au lieu de la Vie de Dieu. Quel est donc le mobile qui inspira au peuple un tel choix ? Car il y a, en effet, plus de danger de rendre la liberté à un meurtrier qu’à un homme bon ? Mais les choix de l’homme irrégénéré lui sont d’autant plus nuisibles qu’ils proviennent, non pas d’un esprit insensé, mais d’un esprit normal, mais, en même temps, aveuglé sur Dieu et sur lui-même. Car quand un homme choisit, il compare, et quand il compare, il « se » compare avec l’objet ou la personne en question, … et il est évident qu’il est plus avantageux de se comparer à Barabbas qu’à Jésus. Il est plus facile, en effet, de se voir meilleur par rapport à un meurtrier et séditieux tel que Barabbas, que par rapport à Jésus qui est parfait et sans péché. L’on accepte plus aisément ce qui nous met en valeur que ce qui nous dépasse, car notre chair, pour être toujours « au-dessus », choisira toujours ce qui est « au-dessous » d’elle. Et, dans cette même pensée poussée à l’extrême, l’homme cherchera à ignorer, ou à éliminer même la personne humble et sanctifiée qui, par contraste et même sans parole, lui fait voir ses imperfections. Car une âme sanctifiée en face d’une âme charnelle est un miroir qui réfléchit les défauts de celle-ci. C’est pourquoi le « moi » préfère la liberté du meurtrier, c’est-à-dire, sa propre liberté vécue dans la mort spirituelle plutôt que la délivrance de sa vie charnelle, mise à mort par l’Esprit de Vie en Jésus-Christ.

    Puisqu’il faut répondre et choisir juste, il y a lieu de savoir qui choisit en nous. Il y a beaucoup de « moi » dans notre « moi » qui influent sur nos décisions, et il est des voix, à l’intérieur comme à l’extérieur de nous, qui se font entendre, soit en bien, soit en mal dans tous les domaines. Alors qu’il siégeait au tribunal, il y eut une voix que Pilate ne put ignorer, en l’occurrence, la voix de son épouse, disant : «  Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste, lui fit-elle dire, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui… ». En quoi consista donc cette souffrance ? Dieu le sait. Mais, en désignant Jésus comme étant le « Juste » par rapport à Pilate, son mari, celui-ci dut comprendre qu’il était l’otage de son devoir de chef terrestre, pour qui la seule manière à ses yeux de décliner toute responsabilité dans la condamnation de Jésus consista à se laver les mains, en disant à la foule : « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde… » Matt 27:24. La voix de la femme de Pilate n’était-elle point la voix de sa conscience ? Quant à nous, rachetés, placés aussi dans la nécessité de prendre des décisions, le Seigneur nous parle par Sa Parole premièrement, et également au travers de toutes sortes de circonstances, de voix inattendues, d’où l’exhortation à être attentifs, afin de discerner la Direction et le Conseil de Dieu, quelle qu’en soit la manifestation,  dans notre vie.

    Il fallait donc, contrairement à toute justice, que Barabbas fût relâché, et que Jésus fût livré pour être crucifié et ressuscité, afin que nous fussions pardonnés et délivrés. Nous pouvons « remercier » les adversaires de Dieu qui, sans le savoir, ont servi au Plan de Dieu. De là s’explique le fait étonnant que Dieu, pour accomplir en nous et par nous certaines de Ses Œuvres, nous utilise, malgré nos volontés et nos attitudes encore charnelles, parce que dans les périodes difficiles de nos vies, nous ne lui présentons que nos faiblesses et nos imperfections pour tout « matériau » entre Ses Mains. Mais, alors que notre Seigneur dans Son Amour et dans Sa Patience nous pardonne et nous relève, il est aussi une loi de Sa Justice qui fait que nous devons subir les conséquences de nos actes en cette vie. C’est là le seul moyen d’apprendre de Lui, de pouvoir parvenir à la maturité, et de participer à Sa Sainteté.

    Il arrive qu’il se produise, au-dedans de soi, un écartèlement entre notre volonté et notre conscience, celle-ci reprenant celle-là, selon ce que dit l’Écriture : « Heureux celui  qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve… » Rom 14:22. C’est-à-dire, heureux celui en qui la volonté et la conscience éclairée ne sont pas en désaccord l’une avec l’autre (la conscience regardant dans la bonne direction, tandis que la volonté regarderait dans la mauvaise), sinon c’est là l’état d’une âme divisée en elle-même, contre elle-même. C’est exactement en ce sens que Jésus dit qu’il n’est pas possible qu’un royaume, une maison, ou même Satan soit « divisé contre lui-même sans être dévasté… »  Luc 11:17-18.

    Ce sont ces âmes qui, tout en étant pour Barabbas (les choses d’en bas), regrettent, en même temps, ce dont elles se privent en Jésus (les choses d’en haut). Ou bien, tout en étant pour Jésus, et les Bienfaits qu’Il accorde, conservent encore un sentiment de pitié pour Barabbas, c’est-à-dire, pour… elles-mêmes, étant attachées aux choses trompeuses et passagères de ce monde. Mais, tôt ou tard, arrivent toujours des circonstances où la question doit être tranchée, dans laquelle la pensée, qui inspirera notre décision, révélera qui nous sommes, car nous sommes ce que nous pensons, et nos choix nous révèlent… et nous identifient.