M111 – APLANISSEZ …

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     « Et il alla dans tout le pays des environs du Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés, selon ce qui est écrit dans le livre des paroles d’Ésaïe, le prophète : C’est la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; ce qui est tortueux sera redressé, et les chemins raboteux seront aplanis. Et toute chair verra le salut de Dieu… » Luc 3:3-6.

    Zacharie, père de Jean,  prophétisa au sujet de son fils,  en  ces mots : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies, afin de donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés… » Luc 1:76-77. La repentance découle elle-même de l’Opération de l’Esprit-Saint, qui est « d’aplanir les sentiers » des cœurs à la rencontre du Seigneur qui pardonne. Quelle soit connue ou inconsciente, il y a toujours une préparation en vue de recevoir la Parole de Dieu. Le Saint-Esprit, œuvrant dans les cœurs, fait naître la disposition spirituelle qui donne accès à la Parole de Vie. Il n’est pas dans la Nature de Dieu de nous contraindre à l’aimer, non plus que de nous forcer à un service pour Lui ; mais, d’autre part, c’est à cause de Son grand Amour pour nous que Dieu n’a pas, en quelque sorte, « respecté » certaines libertés qui nous perdent. D’abord, parce que nous ne saurions être traités « d’égal à égal » avec Dieu ; ensuite, parce que notre « liberté » ne nous a que trop donné l’occasion de faire des choix malheureux qui conduisent à la mort spirituelle ; et, enfin, parce que Dieu fait plus que de nous « respecter », Il nous aime…, contrairement à l’homme qui, bien souvent, seulement respecte parce qu’il n’aime pas. Car l’on peut respecter sans aimer, mais il n’est pas possible d’aimer sans respecter.

   Le sage dit : « … Voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes  droits  ;  mais  ils  ont  cherché  beaucoup  de  détours… » Ecc 7:29. Or, c’est précisément quand l’homme pense marcher droit, mais à sa manière, qu’il se détourne, sans le savoir de la voie droite. « Telle voie paraît droite à un homme, dit l’Écriture, mais son issue, c’est la voie de la mort… » Prov 14:12. Aussi la Parole de Dieu compare-t-elle les aspérités et les replis obscurs de l’âme à des lieux tortueux et des chemins raboteux. Si les défauts et les infirmités de l’âme étaient rendus physiques, donc visibles, le monde serait peuplé de malades et de souffrants, aucune personne ne serait sans maladie, selon que le dit l’Écriture  au sujet de tous les hommes : « Tous sont égarés, tous sont pervertis ; il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul… » Ps 14:3. Le jour où nous reçûmes le Pardon du Seigneur, nous étions, en effet, loin de nous apercevoir de la multitude de choses qui devaient, par la suite, se révéler une à une dans nos vies, dans le but d’être, pour les unes redressées, pour d’autres aplanies. De nouveau-nés spirituels que nous étions, nous ne sommes pas devenus adultes et parfaits d’un seul coup. Des choses cachées, tortueuses ont été mises en lumière en nous, à cette différence près que, désormais, nous avons reçu la Force et la Sagesse d’en haut, pour les redresser et les aplanir, ce qui nous était impossible jusqu’alors.

  Les paroles des prophètes mal comprises occasionnent des désillusions. Elles semblent signifier, en effet, que, pour le croyant, la route se déroulerait désormais sans obstacles sous ses pas. Notre vie, jusqu’au jour où nous avons répondu à l’Appel du Seigneur, a connu les vicissitudes que nous savons, mais, depuis lors, elles sont vécues avec un sens nouveau. C’est parce que notre sensibilité à réprouver le mal est aussi grande que l’est notre sensibilité à aspirer au bien, que nous ressentons  toutes choses d’une manière plus aiguë, car les « frottements » de la vie spirituelle avec la vie terrestre nous « aiguisent ». Mais, d’une façon plus profonde, ne serions-nous pas d’autant plus affectés par les épreuves et les difficultés, que, sans oser nous l’avouer à nous-mêmes, nous prétendrions à plus de « protection » de la part de Dieu ? Mais le propre de la foi est d’accepter aussi bien les mystères que les délivrances. Où, peut-être encore, pensons-nous que le Seigneur nous demande « trop », ou plus qu’à d’autres ? Mais Il en a le droit, Lui qui a donné Sa Vie pour nous, et toutes choses avec elle. Et n’est-ce point nous qui, à notre manière, exigerions davantage de Dieu, que Lui de nous ? D’ailleurs, dans tout ce que nous avons à surmonter en nous-mêmes, comme en cette vie, Dieu a pour but de nous aguerrir, ainsi que celui de nous garder de prendre des « raccourcis » stériles ; stériles, parce que ces étapes trop rapprochées, ces « saisons » trop courtes ne laissent à aucun fruit spirituel le temps de mûrir.

     La vie est faite de choses paradoxales. Il est, en effet, des choses qui paraissent vraies et qui sont fausses, et d’autres qui paraissent fausses et qui sont vraies. Il en est de même dans le domaine spirituel. En effet, les plus « beaux » chrétiens ne sont pas nécessairement parfaits et les vrais chrétiens ne sont pas nécessairement beaux. Tout dépend encore de ce que l’on entend par « beau » et par « vrai ». La route désormais plane et unie du croyant est considérée comme étant une vie chrétienne parfaite, stable, égale à elle-même, en un mot, sans histoires. Cependant, tout en reconnaissant là des traits spirituellement authentiques, il se trouve également que ce peut être l’expression d’une vie chrétienne arrêtée plutôt qu’en marche, figée plutôt que fidèle, n’ayant de la piété et de la sagesse que l’apparence. Il ne faut pas s’y méprendre, il est des « hauts et des bas » qui peuvent être, soit le comportement d’une âme spirituellement tiède ou toujours instable, soit, au contraire, l’expression d’une période de crise spirituelle normale accédant à une maturité et à un fruit plus abondant aux yeux de Dieu. Ne jugeons donc pas à l’apparence, nous n’avons pas à interpréter ce dont nous ne voyons que la surface. Dieu seul sait ce qu’il y a à l’intérieur des cœurs, Il voit dans le secret.

     Vu de l’extérieur, le tracé d’une vie chrétienne authentique n’est pas nécessairement une ligne droite, mais, souvent, sinueuse, brisée, effacée, parfois même, retournant en arrière, mais pour repartir dans la bonne direction. Ce sont là, dans le croyant, les répercussions de l’Œuvre de l’Esprit de Dieu dans l’« homme extérieur » qui s’oppose, d’autant plus, à l’« homme intérieur » qui aspire à connaître et à vivre selon l’Esprit et la Parole de Dieu. Dans Son immense Amour, le Seigneur nous abaisse, Il nous ploie jusqu’à terre pour ne retirer Sa Main que lorsqu’il ne sent plus aucune résistance de notre part, et c’est alors que, levant la tête, nous voyons la route aplanie, non pas devant nous, mais à « l’intérieur » de nous. Aussi, cet aplanissement intérieur, d’où découlent l’affermissement et la perfection, se poursuit durant toute notre vie spirituelle.

    La Puissance du Seigneur peut déplacer des montagnes, des obstacles visibles, mais le plus grand miracle est que soit aplani et redressé ce qui a besoin de l’être dans nos vies. Et ces sentiers intérieurs, ce sont nos propres voies. L’esprit de rébellion, fils de l’orgueil, est le terreau de nos imperfections et de nos désobéissances, mais la Grâce de Dieu, en nous rachetant, nous délivre de cet esprit de rébellion. Ainsi, la nouvelle vie reçue par la régénération, opère en nous le redressement et les victoires sur nos imperfections qui subsistent encore. D’où cette vérité des Écritures : « La justice de l’homme intègre aplanit sa voie, mais le méchant tombe par sa méchanceté… » Prov 11:5. C’est-à-dire que l’homme justifié par Christ a reçu la lumière et le pouvoir de discerner le Chemin de l’Esprit et de triompher du mal, tandis que le méchant, conformément à sa nature, tombe par sa méchanceté. Aussi est-ce seulement dans notre nature régénérée que nous vivons, avec le psalmiste, cette merveilleuse découverte qui devient nôtre : « Heureux ceux qui placent en toi leur appui ! Ils trouvent dans leur cœur des chemins tout tracés… ! » Ps 84:6. C’est toujours à l’intérieur de nous que travaille la parole prophétique, et qu’elle fraye le plus sûr chemin, de nous à Dieu. Cette marche, sur cette route intérieure, traverse les tentations, les faiblesses et les épreuves, par la foi, tirant sa force de l’Espérance, cette « ancre de l’âme », « plantée au-delà du voile, là où Jésus est entré pour nous comme précurseur… »  Héb 10:19-20.