M110 – LE VOILE …

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  « Et, sur cette montagne, il anéantit le voile qui voile tous les peuples, la couverture qui couvre toutes les nations ; il anéantit la mort pour toujours ; le Seigneur, l’Éternel, essuie les larmes de tous les visages ; il fait disparaître de toute la terre l’opprobre de son peuple ; car l’Éternel a parlé… » Esaïe  25:7-8.

    Depuis les jours anciens jusqu’à nos jours,  il n’est aucun homme qui ne se soit trouvé, un jour ou l’autre, en face ou sous un voile en quelque domaine que ce soit. Toute âme qui cherche, qui aspire à connaître d’où elle vient, qui elle est, et où elle va, rencontrera des voiles successifs qui, soit l’arrêteront, soit l’aiguillonneront dans sa recherche de Dieu. C’est là, en effet, nous dit le sage, « une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme… » Ecc 1:13. Et ce que l’on appelle le Temps de Dieu, lorsque Dieu se révèle, n’est autre que le moment où Lui-même déchire le voile, afin que nous recevions la Lumière du Salut, la compréhension de Ses Desseins et des Mystères de Son Royaume céleste.

     « Ce voile spirituel qui voile tous les peuples… » est d’autant plus ressenti par le peuple de Dieu ; d’où le cri du prophète : « Oh ! Si tu déchirais les cieux, et si tu descendais, les montagnes s’ébranleraient devant toi… » Es 63:19. « Si tu déchirais les cieux… ». Depuis le temps où Dieu descendit sur le Mont Sinaï et parla du milieu de la nuée, des éclairs et des tonnerres, ce cri, chargé à la fois de souffrance et d’espérance, retentit dans la bouche des prophètes, proclamant le Dessein de Dieu à venir et répondant à l’attente des cœurs pieux. Car jusqu’à ce que le Sauveur vînt, « le Saint-Esprit montrait par-là que le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert, tant que le premier tabernacle (terrestre) subsistait… » Héb 9:8. Depuis lors, « ce n’est qu’au moyen du sang de Jésus que nous avons une libre entrée dans le sanctuaire (céleste) par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair… » Héb 10:19-20. En effet, c’est par la crucifixion de Sa chair que Jésus « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix… » Col 2:15 ; d’où la victoire assurée dans notre lutte « non pas contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes… » Eph 6:12. Au travers du voile de Sa chair percée, Jésus a donc déchiré le voile des légions démoniaques dans les lieux célestes, de même qu’au moment où il expira, le voile de la forme et de l’esprit religieux, dans le temple, se déchira.

    Ceci est donc fait sur la terre et dans le ciel pour l’éternité. Mais qu’en est-il de nous, de nos vies particulières ? Comment vivons-nous et profitons-nous spirituellement de cette déchirure, de cette ouverture des cieux par Jésus ? Que ce soit en communauté ou individuellement, dans la méditation personnelle ou à l’écoute de la Parole, en particulier dans la prière, chacun d’entre nous a éprouvé, parfois, la pesanteur d’un voile épais, telle une chape de plomb, se traduisant dans sa vie spirituelle par l’assoupissement, la fatigue, la lassitude ou un sentiment d’impuissance. Sans doute, d’aucuns diront : mais ceci ne peut l’être ressenti, que par le chrétien charnel, car le chrétien spirituel ne saurait être touché par cela. Mais c’est le contraire qui est vrai, c’est précisément l’homme spirituel qui en est affecté. Et il l’éprouve d’autant plus que, à cause de la lumière qui est en lui, il est appelé à résister victorieusement aux ténèbres, tandis que l’homme charnel n’en souffre, ni ne s’en afflige, car il n’aperçoit pas ce contre quoi il devrait combattre. En effet, sa vie spirituelle étant absente ou presque, les puissances adverses ne rencontrent aucune opposition en lui. Ainsi, l’homme spirituel souffre et pour lui-même et pour ceux pour qui il prie, dans l’espérance qu’ils en prendront conscience.

     S’il est, en effet, un voile extérieur qui couvre le monde,  ce monde qui, dit l’Ecriture, « est sous la puissance du malin… » I Jean 5:19, il est aussi un voile intérieur en l’homme qui couvre son cœur. L’apôtre, en effet, écrit : « Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, un voile est jeté sur leurs cœurs ; mais lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur, le voile est ôté… » II Cor 3:15-16. Ainsi, il est tel voile empêchant les créatures de reconnaître dans la création les œuvres du Créateur ; tel autre voile empêchant les hommes d’entendre ou de recevoir la Parole de Dieu, et, celle-ci étant reçue, il en est alors un autre empêchant que cette Parole de Vie ne soit éclairante  et œuvrant dans le cœur par le Saint-Esprit. Que ce soit plusieurs voiles, ou plusieurs aspects d’un seul, l’important est de savoir que tous ces voiles proviennent de « celui » qui hait la Lumière et qui, par tous les moyens, tente de l’obscurcir. « Si notre Évangile est encore voilé, écrit l’apôtre, il est voilé pour ceux qui périssent ; pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne vissent pas briller la splendeur de l’Evangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu… » II Cor 4:3-4. Seuls ceux qui croient échappent à cet aveuglement, à cette séduction, parce qu’ils « ont reçu l’amour de la Vérité (et non des choses du monde) pour être sauvés… » II Thess 2:10.

    « Le chef (spirituel) du royaume de Perse, dit l’ange au prophète Daniel, m’a résisté vingt et un jour… », jusqu’à ce qu’il pût lui apporter l’exaucement de ses prières : « Maintenant, dit-il encore, je m’en retourne pour combattre le chef de la Perse ; et quand je partirai, voici, le chef de Javan (la Grèce) viendra… » Dan 10:13, 20. Un esprit remplace un autre esprit, le combat spirituel est constant. Il y a dans le ciel des barrages de légions démoniaques qui essaient, non pas d’empêcher les prières de s’élever vers Dieu, « car dès le premier jour, dit l’ange au prophète, où tu as eu à cœur de comprendre, et de t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles que je viens… » Dan 10:12, mais, par contre, l’adversaire essaiera d’empêcher que l’ange ne descende plus tôt pour apporter l’exaucement à celui qui prie. Il s’agit ici de ce combat contre « le prince de la puissance de l’air… ». Eph 2:2.

     La foi victorieuse prend pour appui la promesse de Jésus faite déjà à Nathanaël : « … Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci. En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme… » Jean 1:50-51. Le ciel de Jésus est toujours ouvert. Et, parallèlement au ciel de ce monde, il est de même un ciel qui n’est pas celui qui se tient au-dessus de nos têtes, mais un ciel intérieur, le « ciel de l’âme », car chaque âme a son « ciel » spirituel. « L’homme extérieur » que nous sommes vit sous un ciel visible, mais « l’homme intérieur » en nous vit sous un ciel invisible qui lui est propre. Ainsi, quel que soit donc l’état voilé, troublé ou fermé du ciel de ce monde, avec les répercutions que l’on sait sur la terre, notre « ciel intérieur » ne cesse de demeurer ouvert, ce qui permet à nos prières de « monter » et aux exaucements de « descendre », quels que soient le temps et la persévérance que ceci requiert. Ce « ciel ouvert » consiste à « à marcher dans la Lumière, comme Dieu est Lui-même dans la Lumière… », à « être mutuellement en communion avec Lui… », et c’est alors que « le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché… » I Jean 1:7.

    Jésus, le Fils de Dieu « a traversé les cieux… » Héb 4:14, Il est devenu par là même « plus élevé que les cieux… » Héb 7:26. Ainsi les « lieux célestes », où se tiennent le prince de la puissance de l’air et les esprits méchants, sont situés « au-dessous » du Christ qui, Lui, est « au-dessus des cieux », « jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds… » I Cor 15:25. Et, en même temps, Christ est « au-dessous » de ces puissances ténébreuses par Son Esprit qui habite en nous ; ainsi, l’Esprit de Dieu traverse les rangs de l’adversaire et déjoue ses plans. De cette communion de Dieu avec nous et de nous avec Lui, et donc du ciel dans nos cœurs, nous parviennent les forces victorieuses et les Lumières divines. Il en résulte que, d’en haut et intérieurement, le Dessein de Dieu s’accomplit inéluctablement. Sur l’âme, dont les regards demeurent fixés sur le Seigneur, le ciel demeure toujours ouvert.