M109 – CE QUI ÉTAIT DANS L’HOMME …

Format PDF

    « Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait. Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme… » Jean 2:23-25.

     Dans Ses discours et Ses entretiens, Jésus s’adressait directement à l’esprit et au cœur des hommes. Sa Parole traversait le voile de leurs traditions, de leurs usages ou du personnage qu’ils voulaient paraître, et pénétrait au fond de leur être. Sans clarté brutale, qui eût été plus aveuglante qu’éclairante, Jésus révélait à l’âme son identité, perdue à force de jouer un rôle, de même qu’il la convainquait de péché, dont elle avait perdu la gravité et ses conséquences de perdition. Or, le discernement de cette Sagesse est que « Jésus savait ce qui était dans l’homme… ». Il connaissait et voyait en l’homme, ce que l’homme de lui-même ne connaissait ni ne voyait.

  Jésus voyait l’homme intérieurement aussi bien qu’extérieurement. Il voyait, et sa face visible et sa face cachée ; et quand Il interrogeait une âme, c’était davantage dans le but que celle-ci apprenne à se connaître elle-même, que pour Sa propre enquête, ce que l’Écriture atteste, en disant : « Il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait… ». L’Écriture rapporte qu’un malheureux père, dont le fils était tourmenté par un esprit impur,  supplia Jésus, en disant : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous… », Jésus lui répondit avec un certain ton de reproche : « Si tu peux … ! Tout est possible à celui qui croit… ! ». Ce père comprit alors aussitôt que, non seulement son fils depuis l’enfance souffrait de cette possession, mais que, lui-même, souffrait aussi sans le savoir de cette maladie guérissable  de « la foi du désespoir », au point qu’il s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon incrédulité… ! » Marc 9:23-24. La réponse de Jésus lui fit donc découvrir qu’il avait besoin avant même son fils, d’une guérison spirituelle. Il en est d’ailleurs toujours ainsi quand Jésus, par Sa Parole, interroge nos âmes.

   Ainsi, « … plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait… ». Mais Jésus connaissait qui et comment étaient ceux qui croyaient en Lui. L’homme spirituel l’est, ou le devient, sans avoir besoin de miracles ; et s’il peut, légitimement, s’attendre par la foi aux manifestations surnaturelles de la part du Seigneur, il sait aussi que le surnaturel ne rend pas nécessairement spirituel. Les signes d’en haut sont donnés pour attester la prédication de la Parole de Dieu, or, paradoxalement, suivant l’état spirituel de ceux qui les recherchent, beaucoup y aspirent dans un but personnel plutôt que spirituel. La manière dont on recherche les miracles peut produire l’effet contraire à celui attendu. Ainsi, en présence de ces choses authentiques, des âmes, non affranchies dans la chair, en viennent, non pas à croître, mais à régresser. En effet, lors de la multiplication des pains, Jésus dit à ceux qui l’avaient cherché au-delà de la mer : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles (recherche somme toute compréhensible), mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés… » Jean 6:26. L’aspiration de ces auditeurs était sincère, mais non épurée ; ces âmes décrivirent, en quelque sorte, une courbe, en recherchant d’abord la Parole,  puis le surnaturel qui l’atteste, pour retomber ensuite dans la recherche d’une satisfaction physique. C’est d’ailleurs en cela aussi un des buts révélateurs des signes. En effet, ce fut donc d’abord la Parole pour elle-même, puis le miracle plus que la Parole, et enfin les pains plus que le miracle lui-même… ce qui fit dire à Jésus, s’adressant à la foule : « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais  pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau… » Jean 6:27.

   Ce que nous apprenons de négatif a une grande influence sur nos appréciations envers autrui. En effet, la faiblesse de notre cœur est, bien souvent, de ne pas être capable d’examiner le cas difficile d’une personne, sans que cela altère nos sentiments envers elle. Un comportement louable ou blâmable suscite une réaction de notre part, et ce n’est pas anormal, mais il ne devrait, en aucun cas, diminuer notre amour envers la personne en question, ou de faire naître en nous un préjugé à son égard (une personne laide n’est pas moins « humaine » qu’une belle personne). Aucun d’entre nous n’échappe à cette tendance toute humaine. Nous le voyons en ce qui concerne les disciples Jacques et Jean, qui, s’approchant de Jésus, lui dirent : « Maître, nous voudrions que tu fisses pour nous ce que nous te demanderons. Il leur dit : Que  voulez-vous  que je  fasse  pour vous ? Accorde-nous, lui dirent-ils, d’être assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, quand tu seras dans ta gloire… » Marc 10:35-37. Certes, il n’est pas de désir plus spirituel que celui d’être reçu dans le Royaume de Dieu, mais, dans le cas des deux disciples, c’est dans une pensée terrestre qu’ils y aspirent, révélant par-là la pensée intime de leur cœur, et de leur « moi » non brisé. Aussi, les dix autres disciples, dit l’Écriture « ayant entendu cela, commencèrent à s’indigner contre Jacques et Jean… » Marc 10:41. Ils ne purent supporter cette demande prétentieuse qui révélait que leurs deux condisciples se regardaient comme étant supérieurs à eux tous. Alors Jésus, dans Sa Sagesse, répondit, en même temps, et aux uns et aux autres : « Pour ce qui est d’être assis à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu’à ceux à qui cela est réservé… », puis concluant : « Quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous… » Marc 10:40, 44.

    Seul, l’Amour de Jésus, le Fils de l’homme, ne connait ni variation ni changement. Nous le voyons, à maintes reprises, ne serait-ce que dans son entretien avec l’homme riche, qui lui demandait : « Bon Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle… ? », et Jésus de lui répondre : « Il te manque une chose ; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Mais,  affligé de cette  parole, cet  homme  s’en  alla tout triste ; car il avait de grands biens… » Marc 10:17 et 21-22. Jésus avait mis tous ses soins à lui montrer que le « trésor dans le ciel » était sans comparaison avec ses richesses périssables. Cependant, en le voyant s’en aller, Jésus ne changea point les sentiments de son cœur à son égard. En effet, au début de cet entretien, et tout en en connaissant l’issue, Jésus, dit l’Écriture : « L’ayant regardé, l’aima… » Marc 10:21, et Il l’aima avant, pendant et tout autant après qu’il eut refusé le meilleur que Jésus apportait à son âme.

  Cette permanence, cette constance des Sentiments de l’Amour divin qui est en Jésus, est le Modèle auquel nous sommes appelés à tendre envers « ceux du dehors », mais d’abord envers « ceux du dedans », c’est-à-dire, nos frères et sœurs en Christ. Cette faiblesse humaine n’a pas échappé à l’apôtre, lequel, parlant du comportement de certains hommes à l’égard de leurs semblables : « A peine mourrait-on pour un juste ; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien… » Rom 5:6-7. Certes, un bienfaiteur, ou un héros, pourrait accomplir ou inspirer un tel acte, mais là, un tel homme, quel que soit le domaine qui est le sien, est regardé légitimement avec reconnaissance par celui ou ceux qui en auraient été les bénéficiaires, alors que, au contraire, concernant le Sacrifice de Jésus-Christ, l’apôtre écrit : « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous… » Rom 5:8. Don de salut de Dieu pour nous, qui n’en étions pas dignes, et qui pour d’autres a été refusé ou méconnu.

   En effet, ce n’est pas parce que nous étions des bienfaiteurs, mais, au contraire, des malfaiteurs, c’est-à-dire, des pécheurs, des rebelles, des « enfants de colère », que Christ a donné Sa Vie pour nous. Celui dont « les yeux sont trop purs pour voir le mal… » Hab 1:13, n’eut aucune répugnance à devenir comme l’un d’entre nous, hormis le péché, afin de recevoir sur Lui et à notre place « le châtiment qui nous donne la paix… » Esaïe 53:3, pour nous rendre semblables à Lui. C’est donc d’un tel Sauveur que, en tant que rachetés, nous pouvons être assurés d’une telle constance de sentiments. Ce qui est durable spirituellement dépend de ce qui est stable en nous ; mais ce qui est stable court le danger de se figer, ou de mourir, aussi notre cœur, « contenant spirituel », doit-il constamment s’élargir pour faire place à la croissance de son « contenu spirituel » qui est l’Amour de Dieu, vivifié en nous par Son Esprit.