M107 – SOYEZ MISÉRICORDIEUX …

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     « Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérer recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi  prêtent aux pécheurs, afin de recevoir la pareille. Mais aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants. Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux… » Luc 6:35-36.

   Chacun de nous est appelé à tendre à ce qui est parfait, à la sainteté, aux sentiments qui étaient en Jésus-Christ, d’où cette exhortation : « Soyez miséricordieux… ». Mais, en même temps que le précepte, Jésus nous présente le Modèle « miséricordieux », certes, mais comme qui ? Non pas, évidemment, comme le « meilleur » d’entre nous, qui est, ainsi que le dit le prophète Michée « … comme une ronce, et le plus droit pire qu’un buisson d’épines… » Michée 7:4, mais, avec Son aide comme Dieu, qui déclare : « Vous serez saints, car je suis saint… » I Pier 1:16.

   Ce commandement de Jésus paraît comme au-dessus de notre portée, de nos forces, ou, alors, le Seigneur demanderait-Il de nous « trop » dans le but d’obtenir au moins « un peu » ? Loin de là ! Il y a de la sagesse, et non de l’astuce, dans la manière de parler et d’agir du Seigneur. D’autre part, contrairement aux scribes et aux pharisiens, qui « liaient des fardeaux pesants, et les mettaient sur les épaules des hommes, tandis qu’eux-mêmes ne voulaient pas les remuer du doigt… » Matt 23:4, le Seigneur n’a jamais donné un ordre qui soit impossible à exécuter. En effet, Jésus en nous, nous appelle d’abord, non pas à « faire », mais à « devenir » comme Lui. La miséricorde étant un attribut de la nature de Dieu, Dieu nous appelle à être rendus participants de Sa Nature, par Laquelle s’imprime en nous cet attribut spirituel. Le fait de désirer ressembler au Seigneur est une prière qui reçoit la Révélation de l’Identité de Dieu communiquée par Son Esprit. Par Son Esprit qui, précisément, forme en nous le Caractère divin ; car seul ce qui vient de l’intérieur de Dieu peut nous rendre intérieurement semblable à Lui. Ceci est d’autant plus réalisable que Jésus dit à Ses disciples d’être miséricordieux, non pas comme « Son » Père (nous savons qu’Il l’est), mais comme « votre » Père. En effet, ce n’est pas à un Dieu étranger ou lointain  appelé Père, que nous avons à ressembler, mais à Dieu qui est « notre » Père, et, en tant que fils, nous éprouvons, non pas comme un ordre, mais comme une joie l’exhortation à devenir semblables à Lui, non par obligation, mais par une maturation spirituelle.

    « Dieu est miséricordieux », le Psalmiste en un seul psaume le proclame, en effet, vingt-six fois : « Louez l’Éternel, car il est bon, car sa miséricorde dure à toujours… » Ps 136. Jamais les foules qui accouraient à Jésus, les voleurs, les prostituées, les pécheurs de toutes sortes n’ont suscité en Lui de la répulsion, mais toujours de la compassion à leur égard. Jamais nous-mêmes ne saurons combien nous avons été, et serons encore l’objet de son immense Miséricorde. Comment, vivant dans la présence d’un tel Sauveur, ne pas devenir soi-même miséricordieux ? Ce ne sont pas les fautes de notre prochain, ses différences d’avec nous, son antipathie (ou la nôtre) ou quoi que ce soit d’autre qui nous empêchent d’user de miséricorde envers lui. Mais c’est, parfois, la prétention de croire que nous détenons la vérité, ou la norme spirituelle, comme si nous avions, seuls, mérité d’avoir reçu la vraie « méthode » de la vie spirituelle que Dieu approuve. Nous sommes, en effet, plus prompts à faire des actions remarquées, même spirituelles, qu’à exercer la miséricorde ; ce qui nous attire cette Parole de Jésus-Christ : « Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs… » Matt 9:13.

   Au travers des événements de la vie, souvent Dieu nous parle, et le cours de notre existence nous donne, tôt ou tard, l’occasion de compter nos erreurs ou nos échecs dus à notre propre assurance. La propre assurance est, en effet, la satisfaction la plus « religieuse » de notre « moi » ; elle est le premier obstacle que renverse le Saint-Esprit en brisant ce « moi ». Car le moi, abusé par ses fausses forces, ne vit que l’instant présent, et n’aperçoit pas l’effritement causé par l’épreuve du temps, ainsi que par les épreuves de la vie. Puis, vient le jour où ce qui paraissait fort masquait, en réalité, des faiblesses non avouées. C’est donc en de telles circonstances que notre esprit de critique ou de jugement cède la place à la miséricorde exercée envers autrui, ayant précisément eu recours nous-mêmes à la Miséricorde du Seigneur.

   Jésus, ici-bas, était plein de miséricorde, Il avait un cœur sensible à la misère et aux maux d’autrui. Mais la miséricorde n’est pas à confondre avec la faiblesse, elle n’est pas cet amour sans discernement ignorant ou voulant ignorer les causes du péché et du mal. En effet, nous voyons le Seigneur faire « un fouet avec des cordes, chasser les vendeurs, renverser les tables des changeurs, disperser la monnaie, les brebis et les bœufs du temple… » Jean 2:15. Nous L’entendons aussi dire que « si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au coup une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer… » Marc 9:42. Nous apprenons encore de Jésus, alors que Ses miracles de guérisons et de délivrances étaient innombrables, qu’Il ne guérit qu’un seul homme malade d’entre tous « les aveugles, les boiteux, les paralytiques et autres qui se tenaient sur le bord de la piscine de Bethesda… » Jean 5:2-9. De nos jours, des événements, les uns tragiques, d’autres injustes se produisent continuellement, mais toutes ces choses ne remettent pas en question la Miséricorde de Dieu, parce qu’il a donné la solution à ces problèmes en « nous rachetant de la malédiction… » Gal 3:13, et « de toute iniquité… » Tite 2:14, ainsi que des maux qui en ont découlé. Il n’est pas de Don plus grand de la part de notre Dieu, en réponse à toutes les détresses, que Celui de notre Sauveur Jésus-Christ.

   Tout effort de l’homme pour s’améliorer lui-même n’est louable que pour lui-même. Sa démarche est sincère, mais son effet n’est pas durable, parce qu’elle ne peut changer son cœur. L’amour humain, par exemple, s’oppose à l’Esprit de la Grâce, parce qu’il veut rassembler lui-même les âmes les unes avec les autres, mais sans la Croix et la Puissance de la Vie qui découle du Ressuscité. Les hommes veulent prendre en mains ce que Dieu, pensent-ils, n’a pas pu, ou pas su faire jusqu’à présent à leur égard ! Mais c’est parce que les hommes, tout comme les croyants charnels ont perdu la notion de l’éternité, c’est-à-dire, l’espérance et la fidélité, que leurs passions et leurs désirs, voulant être satisfaits dans l’immédiat, bousculent ainsi l’ordre des choses, semant le trouble et la confusion. S’est-il exprimé un doute plus grand, surtout plus déplacé au sujet de la Miséricorde divine, que ce cri des disciples qui réveillèrent Jésus dans la barque, qui menaçait de s’enfoncer, lui disant : «  Maître, ne t’inquiètes-tu pas de ce que nous périssons… ? » Marc 4:38.

   Il est à remarquer que la miséricorde n’est pas toujours présente dans les relations fraternelles. Une des causes est que l’on estime que les frères et sœurs en la foi connaissent suffisamment le Seigneur et Sa Parole pour savoir bien se comporter les uns envers les autres. Aussi, faute de miséricorde, les corrections que nous leur apportons sont-elles perçues par eux comme étant une critique ou un jugement plutôt qu’un conseil ou une exhortation. L’exigence, prenant la place de la patience fait souvent voir une faute, là où il n’y a que faiblesse ; de la méchanceté, là où il n’y a qu’ignorance. Il y a toujours un temps de Dieu différent au sujet de chaque âme, pour comprendre Sa Volonté, et, en attendant que ceci soit discerné, la miséricorde nous enseigne à changer ce qui ne peut pas être encore reçu, ou compris en une attente dans la prière. Cette attente de parler ou d’agir peut apparaître aux yeux de certains, comme de la tolérance à l’égard des faiblesses d’autrui, alors qu’il s’agit de la patience agissante de l’Amour de Dieu, comme le dit l’Écriture : «  La miséricorde triomphe du jugement… » Jac 2:13, et elle triomphe aussi de l’esprit de jugement, c’est-à-dire, de l’esprit de critique subsistant encore dans les cœurs. Ce n’est donc pas que l’on veuille cacher ou ignorer le péché, mais c’est de prier d’abord, afin que l’Esprit de Dieu fasse naître déjà dans le cœur le désir de changer de voie. « Heureux les miséricordieux, dit Jésus sur la montagne, car ils obtiendront miséricorde… ! » Matt 5:7. C’est ici cette béatitude qui est la consolation dont chacun de nous, tôt ou tard, peut avoir lui-même besoin.