M106 – DANS VOS CONSCIENCES …

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     « Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à convaincre les hommes ; Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi. Nous ne nous recommandons pas de nouveau nous-mêmes auprès de vous ; mais nous vous donnons l’occasion de vous glorifier à notre sujet, afin que vous puissiez répondre à ceux qui tirent gloire de ce qui est dans les apparences et non dans le cœur… » II Cor 5:11-12.

     La Parole de Dieu n’atteint véritablement son but que lorsqu’elle frappe et éclaire la conscience. Les sens naturels, aussi légitimes soient-ils, recevant la Parole de Dieu ou des manifestations spirituelles, ne peuvent opérer une transformation ou laisser une trace durable intérieurement. Nos yeux, nos oreilles et notre cœur, par leur nature même, appartiennent à cette terre et sont donc enclins au changement ; et, quand bien même nous verrions ou entendrions des choses célestes, l’adversaire n’aurait pas beaucoup de peine, avec le temps, à nous faire douter de ce que nos propres yeux voient et de ce que nos propres oreilles entendent ; il est écrit, en effet : « … Ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu… » I Cor 2:9-10. Plus intime que notre intelligence, que notre pensée même, notre conscience, éclairée ou en voie de l’être, est l’oreille de « l’homme intérieur » qui est en nous ; elle est le réceptacle où se reçoit la Parole divine, et où s’opèrent, intérieurement, la crucifixion et la résurrection de Jésus-Christ, jusqu’aux extrémités de notre être.

    L’apôtre, dans son enseignement, met un soin particulier à être connu dans la conscience des croyants, c’est-à-dire, à être reconnu comme venant de Dieu et inspiré par Lui. Paul, en effet, fait grand cas de la conscience de ceux auxquels il prêche, parce qu’il prend lui-même un soin tout particulier de la sienne. Lors de sa défense devant le gouverneur Félix et le tribun Lysias,  il déclare,  entre autres : « C’est pourquoi je m’efforce d’avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes… » Act 24:16. De même, il écrira aux Corinthiens : « Car ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde, et surtout à votre égard, avec sainteté et pureté devant Dieu, non point avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu… » II Cor 1:12. Paul sait, en tant que racheté et serviteur de Dieu, que la capacité spirituelle de recevoir la Révélation de la Parole et de la communiquer, c’est-à-dire, d’être compris dans la profondeur de sa prédication, dépend de la pureté et de la sainteté dans lesquelles il se tient.

    Enseigner les choses profondes d’une manière simple n’est pas chose aisée, nous l’apprenons par les paroles pleines de déférence et de délicatesse de Pierre à l’égard des épîtres de Paul : «  Croyez, écrit-il, que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme notre bien-aimé frère Paul vous l’a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine… » II Pier 3:15-16. Mais lorsque certaines de ces âmes auront compris que c’est leur esprit qui est tordu, et non pas les lettres de l’apôtre, elles en retireront alors toute l’édification qu’elles contiennent ; le verre déformant de leur propre compréhension ayant été dès lors ôté de leurs yeux par l’Esprit de Jésus. « Nous ne vous écrivons pas autre chose que ce que vous lisez, et ce que vous reconnaissez, écrit Paul aux Corinthiens. Et j’espère que vous le reconnaîtrez jusqu’à la fin, comme vous avez déjà reconnu en partie que nous sommes votre gloire, de même que vous serez aussi la nôtre au jour du Seigneur Jésus… » II Cor 1:13-14. Tous n’apercevaient donc pas ce qui animait l’apôtre à leur égard, sa conduite désintéressée et son unique but, qui était celui de « présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ… » Col 1:28. Car « si pour d’autre je ne suis pas apôtre, écrivait-il encore, je le suis au moins pour vous… » I Cor 9:2 ; mais ceux, pour lesquels Paul était reconnu apôtre, avaient aussi à apprendre que seul un cœur dans le besoin, et non pas dans un esprit de parti, est à même de recevoir avec fruit les Richesses et les Mystères du Royaume des cieux que Paul leur apportait.

     « Mes frères, j’ai appris à votre sujet, par les gens de Chloé, qu’il y a des disputes au milieu de vous. Je veux dire que chacun de vous parle ainsi : Moi, je suis de Paul ! Et moi, d’Apollos ! Et moi, de Céphas ! Et moi de Christ ! Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous, ou est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés… ? » I Cor 1:11-13. En cela, l’apôtre Paul constate que, non seulement son enseignement, mais lui-même n’est pas compris dans la conscience de ces croyants. En effet, s’ils connaissaient véritablement l’apôtre, ils comprendraient que son message ne s’oppose pas à celui de Pierre ou à celui d’Apollos ; ils comprendraient que sa prédication consiste en des vérités, certes approfondies, mais qui, toutes, convergent vers Celui qui est la Vérité, Jésus-Christ, dans Lequel elles les introduisent, en les rapprochant les uns des autres. Enfin, si ces âmes connaissaient vraiment l’Esprit du Crucifié qui habite Paul, ils en oublieraient d’autant plus son nom pour ne retenir que celui de Jésus. L’apôtre découvre que ceux qui le suivent le plus près, ne sont pas ceux qui le suivent le mieux.

     Quel que soit le ministère, ou le service que nous ayons reçu de la part du Seigneur, nous n’échappons pas à la tentation de nous faire une idée des frères et sœurs qui nous entourent, comme aussi de penser connaître l’idée que ceux-ci se font de nous. Bien souvent, nous croyons qu’il ne subsiste aucune ombre ou incompréhension de part et d’autre, que nos mobiles et nos intentions, comme nos paroles et nos actions sont clairs pour tous. En un mot, nous croyons bien connaître, et être bien connus. Mais, arrivent des circonstances difficiles, et voici que ce qui nous paraissait évident, inspirant la confiance, ne l’était pas, et que les intentions, la direction, ou  le but spirituel n’étaient pas perçus ou compris. Nous découvrons alors notre méprise. Il nous reste à rechercher la Face du Seigneur, qui nous révélera, entre autres, combien il est important de tenir compte de la diversité des âmes, les unes par rapport aux autres, et par rapport à nous-mêmes ; ainsi que de la différence de leur nature, de leur maturité, de leur connaissance, de leur bonté, comme parfois de leur dureté. Force nous est de rejeter bien des conceptions et des critères personnels, nous apercevant que nos règles « spirituelles » étaient devenues un moule unique, imposant indistinctement sa forme à chaque âme.

     Le fait, dans certaines circonstances, de se demander, ou de demander ce que les autres pensent de soi, ne relève pas nécessairement d’un manque de spiritualité ou de vanité, sauf, bien-sûr, s’il s’agit de recevoir une approbation ou une conviction que seul l’Esprit de Dieu donne. Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée, demanda à ses disciples : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ?  Ils répondirent :  Les uns  disent  que tu  es  Jean-Baptiste ; les autres, Elie ; les autres, Jérémie ou l’un des prophètes. Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant… » Matt 16:13-16. Les disciples avaient répondu à Jésus ce que les autres pensaient de Lui, mais Jésus voulut aussi entendre ce qu’eux-mêmes pensaient de Lui.  Car, bien souvent, la manière dont une personne nous voit, nous apprend autant sur elle que sur nous-mêmes. En effet, par cette réponse de Pierre, Jésus se sait connu, non par Pierre lui-même, mais par le témoignage que l’Esprit de Son Père rend de Lui dans la conscience de Son disciple.

     La Lumière jaillit donc des paroles de Paul, déjà citées : « Dieu nous connaît, et j’espère que dans vos consciences vous nous connaissez aussi… ». C’est-à-dire, que soit seulement vu ce que Dieu a fait dans la vie des apôtres, et a déposé en eux, afin que, par leur exemple, ils soient imités par les croyants. Y a-t-il un signe intérieur plus grand, auquel on puisse reconnaître l’Amour qui unit les rachetés entre eux ?