M104 – DES TRIBULATIONS …

Format PDF

      « Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde… » Jean 16:33.

     Le Seigneur a toujours mis un soin particulier à faire connaître à ses disciples tout ce qui peut survenir dans la vie de ceux qui Le suivent, ainsi que Paul l’écrit à Timothée : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés… » II Tim 3:12. Les tribulations sont inséparables des bénédictions, l’on ne peut recevoir les unes et refuser les autres. Cependant la tribulation ne doit pas être regardée, ou recherchée comme étant le signe unique de l’Approbation de Dieu sur soi, de l’authenticité d’une doctrine ou d’une expérience spirituelle, car bien des personnes adeptes de religions ou de philosophies non chrétiennes ont aussi souffert pour leurs convictions. L’esprit d’erreur essaiera toujours de satisfaire, d’une manière ou d’une autre, la recherche d’une âme non éclairée. Les tribulations sont le lot de tout être humain, cependant les tribulations du racheté, de l’homme régénéré sont d’une nature particulière, en ce qu’elles sont la conséquence de la fermeté spirituelle d’une âme qui marche à contre-courant de l’esprit de ce monde. Et ce n’est pas seulement l’âme qui est frappée, mais aussi, en elle, la Vérité elle-même qui ne peut se réjouir de l’injustice, et de ce que le vrai soit appelé faux, et le faux vrai.

     « Je vous le dis en vérité, déclare Jésus, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle… » Marc 10:29-30. Par ces paroles, le Seigneur révèle à Ses disciples une vérité qui, spirituellement, s’applique à nous tous, suivant la vocation adressée à chacun de nous et ce qu’elle implique dans nos vies. Tout en ayant, ici-bas, l’usage de nos biens, plus souvent modestes que grands, personne n’en est le propriétaire, nous n’en sommes que les gérants, car en Jésus-Christ, tout lui appartient comme nous lui appartenons. Ainsi, en même temps que la Vie éternelle promise dans le siècle à venir, Jésus nous promet aussi dans ce siècle-ci, « le centuple », mais « avec des persécutions », comme si les persécutions et les tribulations nous étaient présentées aussi comme des promesses ; et, de là, à les voir s’accomplir, non pas en les redoutant, mais en les considérant comme étant inscrites dans le cours normal de notre vie spirituelle. D’après la racine, ce qui est promis, signifie : ce qui est « mis devant soi », c’est-à-dire, tout événement quel qu’il soit, annoncé d’avance, que nous rencontrerons tôt ou tard, et devant être considéré, non pas comme un obstacle, mais en même temps comme une aide et un émondage dans notre vie spirituelle.

     La Volonté du Seigneur, Son Désir pour nous, c’est de nous donner ce qui est le meilleur pour notre âme, mais ce qui est bon pour notre vie spirituelle n’est pas nécessairement agréable pour notre « moi ». Ce qui est profitable à notre esprit fait souvent mal à notre chair, aussi les Intentions divines mises en œuvre dans notre « vie intérieure » sont-elles ressenties comme des tribulations par notre « vie extérieure », qui résiste à la Vie de l’Esprit. De même que les dangers de la route, la fatigue et la rigueur des intempéries burinaient le voyageur de jadis, ainsi les tribulations accompagnent-elles le racheté dans sa marche. Mais ne cherchons pas l’épreuve pour l’épreuve comme seul moyen de croître spirituellement ; l’homme régénéré, en effet, n’a pas à prier pour les recevoir, car le fait même d’être spirituel suffit à lui attirer les tribulations sans qu’il ait besoin de les rechercher.

     Les apôtres Paul et Barnabas, parcourant les villes de Derbe, de Lystre, d’Icône et d’Antioche, fortifiaient l’esprit des disciples venus à la foi depuis peu, les exhortant à persévérer dans la foi et leur faisant déjà connaitre que « c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu… » Act 14:22. Ce n’est certes pas un service à rendre aux jeunes croyants, et même, aux moins jeunes, que de leur cacher, de crainte qu’ils ne se découragent, les difficultés qu’ils rencontreront sur le chemin de la foi. Il y a bien-sûr un temps de Dieu pour chaque chose, et il est besoin de sagesse et de lumière dans l’Amour pour donner conseil et avertissement au bon moment. Il se peut aussi que les exhortations ne soient pas toujours comprises ou acceptées à l’instant même, mais que vienne le jour de l’épreuve ou de la tentation, et ce qui a été dit auparavant parlera de nouveau, frappant non plus des oreilles fermées ou distraites, mais un cœur ouvert, parce que affligé ou confus. Et ceci, d’autant plus fort, que cette parole aura été « silencieuse », exhortant et œuvrant au-dedans de soi jusqu’alors.

     Il y a donc lieu de bien distinguer entre, d’une part, les difficultés qui sont les conséquences de nos errements venant de notre propre volonté, et, d’autre part, les tribulations acceptées à cause du Nom du Seigneur et de Sa Parole. Car si nous avons à souffrir, ce ne doit être ni à cause de notre manque de sagesse, ni à cause de nos propres vertus, mais seulement à cause de notre fidélité au Seigneur Jésus, qui nous a aimés le premier et a souffert pour nous. « Quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert, dit Jésus à Ses apôtres? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous êtes ceux qui ont persévéré avec moi dans mes épreuves ; c’est pourquoi je dispose du Royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur… » Luc 22:27-29. Jésus dit expressément : vous avez persévéré, non pas dans « vos épreuves », mais dans « mes épreuves ». Par ces paroles, Jésus annonce les épreuves à venir pour toute âme qui le suivra fidèlement, et que ce qui attire ces épreuves n’est autre que la Présence spirituelle de Jésus dans son cœur, Présence sainte à laquelle s’oppose l’esprit du monde. Jésus dit, en effet : «  Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait… » Jean 15:18-19. Mais comprenons bien ces paroles, et n’allons pas voir en chaque non-croyant une personne hostile, dont nous serions la victime sans défense, ce serait souffrir de la maladie de la persécution.  Beaucoup de ceux parmi lesquels nous vivons, sont, au contraire, des instruments efficaces placés devant nous, ou à nos côtés par le Seigneur dans le but de nous émonder, afin que nous portions encore plus de fruits, et que nous apprenions à ne dépendre que de Lui, afin d’entrer dans une dimension plus profonde de la vie intérieure.

     Il est des choses que l’on obtient par la prière, les veilles ou les jeûnes, mais il en est d’autres, pour ce qui concerne la maturité spirituelle, qui ne s’obtiennent que par les tribulations. D’autre part, l’adversaire, par ses attaques, a pour seul but de pousser à la révolte et à l’endurcissement, alors que le Seigneur, par l’épreuve, épure et affermit notre foi en Lui. Certes, il peut nous sembler que l’adversaire « prolonge » l’épreuve en l’appesantissant d’une façon excessive, afin de nous amener à croire que la situation présente échappe au contrôle de Dieu, ce qui serait une atteinte à Sa Toute Puissance. Mais la mise à l’épreuve de la part du Seigneur ne franchit jamais le seuil du désespoir, même s’il nous arrivait de le ressentir comme tel. Et l’effort de chercher à distinguer entre une épreuve de Dieu et celle envoyée par Satan, comme aussi à discerner à partir de quand l’adversaire aurait « pris le relais » est une recherche vaine et porteuse d’aucun apaisement. Sachons simplement que les attaques de l’adversaire apportent toujours l’abattement, alors que l’épreuve selon Dieu produit le brisement, et par ce brisement pénètre en nous la Plénitude de Sa Vie, et de cette Vie la Lumière, la Vision du Dessein d’Amour de Dieu pour chacun de nous.

     Rappelons-nous que des quatre terrains ensemencés par le semeur : le terrain « tassé », le terrain « rocailleux » et celui « épineux », seul le quatrième, le « bon terrain » donna du fruit « au centuple » Luc 8:8. Pourquoi cela ? Parce que c’est la seule terre qui fut labourée et retournée… car un « cœur brisé et contrit » Ps 51:19 ne peut que se laisser pénétrer de la Vie d’En-Haut, et la répandre.