M102 – POUR ÊTRE VUS …

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       « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux… » Matt 6:1.

     Nombreux sont les domaines dans lesquels existe la tentation de faire quelque chose « pour être vus des hommes… ». Notre Seigneur, en effet, poursuivant son discours, dit : « Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret… » Matt 6:3-4, puis : « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret… » Matt 6:6, et enfin : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait … Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:16-18. Ainsi, de même que pour l’aumône, la prière et le jeûne : « le Père te le rendra… », mais « dans le secret… », sinon, dit le Seigneur : « Ils reçoivent leur récompense (ici-bas)… », de la part de ceux qui, les ayant vus faire ces choses, les en louent. Car ce n’est qu’en les tenant secrètes, et en les taisant que ces œuvres sont vues du Seigneur, et, de là, rendues pleinement efficaces. Les louanges, acceptées ou recherchées, voilent ces œuvres aux yeux du Seigneur, ravissent la Gloire qui lui revient, et empêchent la pleine bénédiction sur ceux qui les font, même si autrui pouvait en bénéficier.

     Quels que soient les mobiles de ce besoin « d’être vu », ceux-ci ont toujours pour but d’attirer les regards et les louanges sur soi. Jésus a connu, lui aussi, de telles attaques de la part de l’adversaire, notamment au travers de ses frères mêmes qui, à ce moment-là, ne croyaient pas encore en Lui, et lui disant : « Pars d’ici, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraître : si tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde… » Jean 7:3-4. « Désirer paraître ? », s’il est un sentiment, par-dessus tout, que Jésus ne connut jamais, c’était bien celui-là. Il repoussa cette incitation à se montrer Lui-même au monde de cette manière. Certes, le dernier et grand jour de la fête, Jésus,  debout sur les degrés du temple à Jérusalem, s’écria : «  Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture… » Jean 7:37-38. Mais l’Esprit qui L’habitait, et dont Il parlait, n’était pas le même esprit qui avait inspiré les paroles de ses frères à son égard. L’Esprit, par lequel Jésus agit était l’Esprit-Saint que nous devions recevoir ; l’Esprit de Son Père, et de notre Père, dont Il chercha uniquement la Gloire, et non la sienne propre.

     Le trait distinctif de celui qui veut paraître est celui de chercher sa propre gloire plutôt que celle qui vient de Dieu. C’est l’âme qui, d’une manière ou d’une autre, fait connaître son temps de prière, ses jeûnes ou ses veilles, comme aussi ses activités, sa libéralité ou sa consécration, mais ceci dans un esprit qui « contribue à la satisfaction de la chair… ». Et ce qui est grave, c’est l’enchaînement que suscite ce comportement, par peur que ne se relâche l’admiration sur soi. Car au début, c’est de la propre satisfaction, puis le souci de toujours plaire ; ensuite la contrainte, et enfin l’esclavage. Le « Qu’en dira-t-on » a remplacé la Crainte de Dieu, l’on n’est plus « esclave de Christ », mais des autres et de soi-même.

     Dieu voit et reçoit les fruits que nous portons pour Lui uniquement parce que ces fruits en nous viennent de Lui. Il n’est pas écrit, en effet, que nous devions nous sanctifier, d’abord pour autrui, mais, avant tout pour le Seigneur Lui-même. Et c’est seulement après, ce qui résultera, entre autres, de notre comportement sanctifié, qui fera alors que les hommes « … remarquent nos bonnes œuvres, et glorifieront Dieu, au jour où il les visitera… » I Pier 2:12. Ainsi, c’est « en cherchant la gloire qui vient de Dieu seul … », que Jésus nous révèle comment se garder de cet esprit charnel, qui nourrit en nous le besoin de paraître ; car nous ne pouvons chercher la Gloire de Dieu autrement qu’en demeurant cachés en Lui ; et, en étant cachés en Dieu, ce n’est plus nous, mais Christ en nous qui est vu.

    Ce qui frappe les regards ne laisse pas indifférent, cette inclination est si profonde dans la nature humaine que même des hommes de Dieu peuvent se révéler impressionnables dans ce domaine. Samuel, envoyé par l’Éternel pour oindre le roi qui devait succéder à Saül, se fit présenter tous les fils d’Isaï devant lui, et le prophète se dit en voyant Éliab : « Certainement, l’oint de l’Éternel est ici devant lui. Et l’Éternel dit à Samuel : Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté. L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur… » I Sam 16:6-7. Ainsi en fut-il d’Abinadab et de Schamma, et de tous les sept fils d’Isaï, jusqu’au moment où David, ayant été amené devant lui, fut oint. Car il était « l’homme selon le cœur de Dieu… » Act 13:22. Bien souvent en ce qui nous concerne, notre manière de voir est la même que celle dont nous désirons être vus.

     « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! dit Jésus, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au-dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés… » Matt 23:27. Il ressort de ces paroles que « ce qui paraît » recouvre toujours quelque chose de mauvais, quelle qu’en puisse être la nature. La blancheur éclatante du sépulcre invite à ne regarder qu’à la surface des personnes et des choses; elle attire, mais, en même temps, elle retient les regards en dehors de la réalité et de la vérité.  Le désir de paraître est une manifestation de l’orgueil, mais l’on n’est pas orgueilleux parce que l’on a simplement de l’orgueil. L’orgueil n’est pas « abstrait », mais il est un ensemble de pensées personnelles, propres à être utilisées et enflées par le malin. L’âme pure, simple et sans mélange « vient sans crainte à la lumière, parce qu’elle sait que ses œuvres sont faites en Dieu » Jean 3:21, alors que l’âme qui désire paraître, tout en n’ignorant pas, dans leur ensemble, les œuvres justes selon Dieu, sait qu’« elle n’agit pas selon la vérité… », aussi est-ce pour cette raison qu’elle veut paraître en les « imitant » aux yeux des hommes, d’où sa récompense, non pas céleste, mais terrestre.

     Le soin que l’on a de paraître ce que l’on n’est pas est en proportion de la crainte d’être vu tel que l’on est. Mais Dieu voit ce qui est laid sous ce qui paraît beau aux yeux des hommes, car Il ne prend plaisir qu’à ce qui est vrai, résultant de « la connaissance de la vérité qui est selon la piété… » Tite 1:1. Il n’est donc rien de plus contraire, de plus éloigné de l’âme pieuse que celle qui désire paraître. Car, autant l’âme pieuse se laissera voir du Seigneur, sans se préoccuper des hommes, autant l’âme qui aime à paraître se préoccupera d’être vue des hommes, croyant se dérober aux yeux du Seigneur. Ceci éclaire les paroles du sage, disant : « Les yeux de l’Éternel gardent la science, mais il confond les paroles du perfide… » Prov 22:12. L’on se serait attendu à lire que l’Esprit ou la Puissance de Dieu garde la science plutôt que les « yeux ». Or, par une vue céleste « les anges, dit l’Écriture, désirent plonger leurs regards… » I Pier 1:12, dans le travail de la Parole de Dieu œuvrant à salut dans les vies. Or, l’âme qui veut paraître a peu de choses à montrer pour fruits spirituels de ce qui provient de la Vie et de la Connaissance d’En-Haut, alors que l’homme pieux se fait une joie de laisser le Seigneur voir dans son cœur les vertus, qui sont le résultat de Sa Parole vivante œuvrant en lui, et le rendant riche pour Dieu.

     Le prophète, en effet, n’a-t-il pas dit au sujet du Serviteur souffrant : « De même qu’il a été pour plusieurs un sujet d’effroi, tant son visage était défiguré, tant son aspect différait de celui des fils de l’homme, de même il sera pour beaucoup de peuples un sujet de joie… », et encore : « À cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards ; par sa connaissance, mon serviteur juste justifiera beaucoup d’hommes, et il se chargera de leurs iniquités… » Esaïe 52:14 et 53:11. Heureux le racheté dont le cœur ouvert rassasie les regards du Seigneur à la vue du Salut parfait accompli en lui par Ses Souffrances rédemptrices.