M101 – SOYEZ DES HOMMES …

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     « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous. Que tout ce que vous faites se fasse avec charité ! Encore une recommandation que je vous adresse, frères. Vous savez que la famille de Stéphanas est les prémices de l’Achaïe, et qu’elle s’est dévouée au service des saints. Ayez-vous aussi de la déférence pour de tels hommes, et pour tous ceux qui travaillent à la même œuvre. Je me réjouis de la présence de Stéphanas, de Fortunatus et d’Achaïcus ; ils ont suppléé à votre absence, car ils ont tranquillisé mon esprit et  le  vôtre.  Sachez  donc  apprécier  de  tels  hommes… » I Cor 16:13-18.

     Alors que nous trouvons presque toujours le terme de « frères » sous la plume de l’apôtre, il est parfois conduit, comme dans cette salutation, à désigner les frères par le terme « d’hommes ». Écrit sous l’inspiration de l’Esprit, ce terme « d’hommes » indique la qualité spirituelle que nous sommes appelés à être dans le Seigneur. Paul ici s’exprime comme David qui, s’approchant du moment de sa mort, dit à Salomon, son fils : « Je m’en vais par le chemin de toute la terre. Fortifie-toi, et sois un homme ! Observe les commandements de l’Éternel, ton Dieu, en marchant dans ses voies, et en gardant ses lois, ses ordonnances, ses jugements et ses préceptes, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse… » I Rois 2:2-3. L’apôtre donc encourage les Corinthiens qui, bien qu’ayant le témoignage de la Parole et les manifestations de l’Esprit au milieu d’eux, ont besoin d’être rendus fermes et forts en vue d’une vie spirituelle de victoire sur l’esprit de superficialité et les faiblesses de la chair.

     Lors de sa victoire sur les deux rois de Madian, Gédéon avait ordonné à son fils de les tuer, mais celui-ci, étant encore un enfant, eut peur, alors Zébach et Tsalmunna, eux-mêmes, dirent à Gédéon : « Lève-toi toi-même, et tue-nous ! Car tel est l’homme, telle est sa force… » Juges 8:21. Ces paroles, faisant allusion à son fils, étaient offensantes pour Gédéon en tant que père ; car, en ce temps-là, la force d’un homme le rendait digne de ce nom ! Néhémie, revenu de la captivité, et ayant pris à cœur, et à charge, de reconstruire les murailles de Jérusalem, était conscient d’être l’homme appelé de Dieu à ce dessein. Or, l’un de ses adversaires lui proposa de se cacher au milieu de la maison de l’Éternel (en fermant les portes du temple) pour échapper à ses ennemis qui voulaient le tuer. Néhémie, sachant que seuls les sacrificateurs et les lévites de service y étaient admis, aperçut sa ruse, et lui répondit : « Un homme comme moi prendre la fuite ! Et quel homme tel que moi pourrait entrer dans le temple et vivre ? Je n’entrerai point… » Néh 6:11. Ainsi, l’apôtre nous encourage à être des « hommes », aussi bien les sœurs que les frères en la foi, mais, en même temps, à savoir joindre le discernement au courage, la sagesse a l’action dans un esprit de prière éclairant nos décisions. Nous sommes appelés, non pas à « rassembler » nos propres forces, ni non plus à être arrêtés à cause de notre faiblesse, mais à marcher par la foi dont la présence en nous surpasse la faiblesse. Notre force et notre foi ne peuvent marcher ensemble, l’une repoussera toujours l’autre, alors que notre faiblesse et notre foi sont « inséparables » … notre faiblesse accueillant la foi comme sa seule force, et notre foi accueillant notre faiblesse comme le seul support qui ne lui soit pas un obstacle.

     «  Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant… » I Cor 13:11. On ne peut demander à l’enfant plus qu’il ne peut comprendre ou faire, mais, parvenu à l’âge adulte, il lui sera demandé ce dont il n’était pas capable jusqu’alors. De même, ce n’est que lorsque je suis devenu « homme » que j’ai fait disparaître, précise l’apôtre, ce qui était de l’« enfant » ; d’où nous comprenons que « ce qui est de l’enfant » ne disparaît pas nécessairement de soi-même, et que, étant « adulte », il est possible de rester « enfant », ou de vouloir le rester encore. Notre enfance, en effet, ne disparaissant pas par le seul fait que nous soyons devenus adultes, il y a donc une action de notre part qui répond à celle de Dieu, par laquelle Il œuvre dans nos vies.

      En telle ou telle circonstance, il nous est arrivé que notre manière d’agir, et surtout de réagir nous ait rappelé un comportement de notre enfance, nous mesurons alors la nécessité de nous conduire en fonction de l’adulte que nous sommes devenus en Christ. Remarquons que nous y remédions, non par rapport à ce que nous pouvons (le geste ou la parole nous ayant échappé  malgré nous), mais par rapport à ce que nous sommes. Ce que Dieu nous demande, en effet, n’est pas en rapport avec notre « capacité », mais avec notre « maturité ». Car, si pour l’homme, ce que nous sommes dépend de nos capacités, pour Dieu, au contraire, notre capacité spirituelle dépend de ce que nous sommes en Lui. L’homme spirituel ne tire pas sa valeur de la même source que celle de l’homme naturel. Avant tout, ce que nous sommes et donc ce que nous pensons est primordial, et a plus de poids aux yeux de Dieu que ce que nous faisons ou pouvons. Ô combien les paroles du sage nous éclairent sur la manière dont Dieu nous voit, quand il dit : « L’homme est tel que sont les pensées dans son âme… » Prov 23:7.

     «  Soyez des hommes… ! », écrit donc l’apôtre. Le sens de ces paroles, comme il en est de toutes les Écritures, est infiniment profond. Cette exhortation signifie, non seulement d’être « forts et vaillants », mais de posséder cette qualité « d’homme fait », spirituellement viril, vrai, sans mélange, intérieurement « un » dans la Vie et la Pensée de Christ. Notre esprit, notre âme et notre corps sont inclus dans la sainteté, et sont, chacun en son rang, l’objet de tous les soins de l’Esprit-Saint. En effet, notre esprit ne saurait ignorer notre âme, notre âme ne saurait se rendre indépendante de notre esprit, et notre corps n’a pas pour lot d’« alourdir » notre esprit et notre âme dans la marche de notre vie spirituelle. Aucune partie de notre être n’est négligeable pour le Seigneur, aux yeux de qui tout en nous est précieux, et lui appartient, selon que le dit l’Écriture : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ… ! » I Thess 5:23.

     Pilate, après avoir dit aux juifs au sujet de Jésus : « Je ne trouve rien de coupable en cet homme… » Luc 23:4, 15, 22, le leur présenta, en disant : « Voici l’homme… » Jean 19:5. Tous les traits divins et humains parfaits sont contenus et exprimés en l’Homme, Jésus, et c’est ce caractère spirituel que Dieu façonne dans le cœur de ses fils et de ses filles rachetés par Sa Grâce. « Voici l’homme… », que de choses insondables en cet Homme présenté à la vue de tous les hommes aux mains desquels il sera livré, et qui paraît, en même temps, si près et si loin d’eux. Entre autres Profondeurs, l’une se révèle à nous : Sa Faiblesse humaine aussi grande que la Puissance de Dieu, par laquelle Il vit pour accomplir la Volonté de Son Père. L’Écriture dit, en effet, que Jésus « a été crucifié à cause de sa faiblesse, mais il vit par la puissance de Dieu… » II Cor 13:4. Ce qui fut faiblesse pour Jésus, fut salutaire pour nous, car il n’y avait pour Lui pas d’autre moyen pour nous sauver, si ce n’est celui d’accepter « d’être livré pour nos offenses, et de ressusciter pour notre justification … »  Rom 4:25.

     Ce n’est pas seulement spirituellement, mais c’est physiquement, dans un corps de chair semblable au nôtre, mais sans péché, que Jésus « … a porté lui-même nos péchés sur le bois… »  I Pier 2:24. A l’exemple du Sacrifice de Jésus, nous saisissons le sens immense et total de ce en quoi consiste l’offrande de nous-mêmes, sanctifiée par Dieu, par ces paroles de l’apôtre, disant : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable… » Rom 12:1. Le « sacrifice vivant » que nous apportons, c’est nous-mêmes, c’est notre corps et tout ce que cela implique. Tout « l’homme » que nous sommes prend part au culte rendu au Seigneur, ce qui est « passager », comme ce qui est « éternel », car tout en nous est perfectible, et c’est en cela que notre culte est « raisonnable ».