M100 – SI UN AUTRE VIENT …

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       « Je suis venu au nom de mon père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul… ? » Jean 5:43-44.

    « Si un autre vient… » dit Jésus. Que cet autre soit l’Antichrist à venir ou un prophète avec des doctrines particulières, comme aussi, simplement, un croyant aux convictions sectaires et autoritaires, le Seigneur révèle par ces paroles combien sont grandes l’inconstance et la versatilité du cœur de l’homme. Point n’est besoin d’autres exemples que ceux de l’histoire du monde et de l’Église, et de celle de notre propre vie pour le comprendre. Il est écrit, en effet, que Jésus, au sujet de plusieurs qui croyaient en Son Nom à cause de Ses miracles, « ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous, et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme… » Jean 2:24-25. De même, l’apôtre Paul écrit aux Galates : « Vous couriez bien : qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d’obéir à la vérité ? Cette influence ne vient pas de celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever toute la pâte… » Gal 5:7-9. L’âme est ainsi faite, à cause de la vanité qui est en elle, avant même l’incrédulité ; cette vanité se manifestant autant par l’impatience de celui qui veut savoir que par la propre assurance de celui qui croit savoir.

      Paul, s’adressant aux Corinthiens, écrit : « De même que le serpent séduisit Ève par sa ruse, je crains que vos pensées ne se corrompent et ne se détournent de la simplicité à l’égard de Christ. Car, si quelqu’un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous avons prêché, ou si vous recevez un autre esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que celui que vous avez embrassé, vous le supportez fort bien… » II Cor 11:3-4. Semblables paroles sont également envoyées par l’apôtre aux croyants de la Galatie : « Je m’étonne, écrit-il, que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre Évangile. Non pas qu’il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l’Évangile de Christ. Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème… » Gal 1:6-8. Ces paroles, telles que : « un autre Jésus », « un autre esprit », « un autre Évangile » apportés par quelqu’un « d’autre ». Que cet « autre » soit un ange du ciel ou un apôtre même, montrent que ce besoin de voir ou de savoir « autre » chose, c’est-à-dire ce qui est nouveau, est à ce point profond dans la nature humaine, que l’apôtre Paul lui-même apprit à veiller, tant dans son enseignement que sur lui-même, à prendre garde à ne pas être autre qu’il n’est par rapport à son enseignement, et son enseignement par rapport à lui. Car, en ce monde, ce que l’on dit n’exprime pas nécessairement ce que l’on est, alors que l’enseignement spirituel est le reflet de ce que l’on croit et de ce que l’on vit.

     Beaucoup d’âmes sont donc toujours à la recherche de ce qui est nouveau, c’est-à-dire, qui est différent de ce qu’elles ont vécu ou connu jusqu’à ce jour. Doctrines, prophéties, connaissances, expériences, manifestations sont autant d’autres choses attendues, les unes venant de la part du Seigneur, tandis que d’autres sont produites par le cœur de l’homme ; de là la nécessité du discernement spirituel. De nos jours, en effet, il apparaît comme nécessaire d’avoir ou de faire toujours quelque chose d’autre, de plus, ou de mieux « avec » Jésus, telle une méthode nouvelle : soit pour Le présenter au monde, soit pour en être satisfait, comme si Jésus seul ne suffisait pas. Ce n’est, cependant, pas la nécessité elle-même d’utiliser les moyens de ce monde, qui les justifie aux yeux du Seigneur, car c’est Jésus qui inspire et sanctifie les moyens utilisés pour Le prier et Le servir.

    En face de la Transfiguration glorieuse de Jésus s’entretenant avec Moïse et Élie sur la sainte montagne, Pierre, accompagné de Jacques et de Jean, dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Car il ne savait que dire, l’effroi les ayant saisis… » Marc 9:5. « Il ne savait que dire… », c’est alors que, de la nuée lumineuse qui les couvrit, une voix se fit entendre, puis, levant les yeux, « ils ne virent que Jésus seul avec eux… » Marc 9:8. Il n’était besoin de personne d’autre, Jésus suffit. Il est des visions glorieuses trop fortes pour la faiblesse de la chair, comme, aussi, des résistances et des incompréhensions du cœur qui rendent insensé ou inaccessible à la Pensée de l’Esprit. Ceci a lieu lorsque nous ne regardons, ou ne tendons qu’aux manifestations, aux dons ou aux bénédictions de Jésus, au point de les séparer du Donateur Lui-même ; ce qui revient, en les concevant et les recevant de cette manière, à rendre « autres » ces choses du Seigneur, alors qu’elles viennent de Lui.

      D’où vient donc cette inclination d’être, pour ainsi dire, à l’affût de ce qui est nouveau ? La cause profonde du besoin de ce qui est nouveau vient précisément de l’absence du renouvellement spirituel du cœur. De là l’exhortation de l’Écriture : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait… », et donc, entre autre, « à être renouvelés dans l’esprit de notre intelligence… » Eph 4:23. Par « l’intelligence », l’Écriture indique la compréhension spirituelle de « l’homme intérieur » en nous, pour lequel la connaissance des choses de Dieu est la nourriture quotidienne de sa vie spirituelle.

     Jésus en nous, par Sa Parole, n’est ni statique ni inerte, mais Il est vivant et riche en fruits, nous vivifiant par l’Esprit-Saint. Ce n’est pas hors de Christ, mais en Lui qu’il y a véritablement « autres choses » ; et, quand ce qu’il y a de « nouveau » en Lui nous est révélé, notre intelligence spirituelle aussi est renouvelée pour le saisir. Ce qui est renouvelé en nous nous unit à la Parole, qui communique la Vie, tandis que ce qui est nouveau sans être révélé d’en haut, est détaché du fondement, et nous égare. Aussi avons-nous besoin d’être renouvelés, afin de manifester la « nouvelle créature » que nous sommes devenus en Christ, et de ne pas chercher ailleurs qu’en Christ ce qui appartient à « l’homme nouveau » que nous sommes.

     Ce besoin d’autre chose est tellement un trait du cœur humain que même des hommes de Dieu, soit par impatience, par ignorance ou à cause de l’épreuve en sont arrivés à l’exprimer aussi, et, parfois, même légitimement tel Jean-Baptiste, qui « ayant entendu parler dans sa prison des œuvres du Christ, lui fit dire par ses disciples : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre… ? » Matt 11:2-3. Le prophète avait cependant déjà reconnu Jésus, lors de son baptême, par le signe de « l’Esprit descendant du ciel comme une colombe et s’arrêtant sur Lui… » Jean 1:32, mais son état de prisonnier, auquel le martyre allait mettre fin, peut, entre autres choses, éclairer le mobile de sa question. En fait, dans des domaines différents, ne sommes-nous pas nous-mêmes aussi prisonniers de certaines choses, à l’extérieur comme à l’intérieur de nous, cherchant quelqu’un ou quelque autre lumière, alors que le Seigneur s’est pleinement et lumineusement révélé à nos cœurs ? Ce Seigneur, de qui « nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce… » Jean 1:16, et dont l’apôtre Jean écrit : « Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait… » Jean 21:25. Mais ce sont nos propres pensées qui font que nous n’apercevons pas ce que nous possédons déjà. « A quel autre irions-nous… ? », s’écria donc Pierre. Par la Grâce ineffable qui nous a sauvés, « l’espace et le temps » dans nos cœurs sont plus grands et plus comblés que ne le sont les cieux et la terre, et sous lesquels, en L’attendant, nous avons pour vocation « d’être enrichis d’une pleine intelligence pour connaître le mystère de Dieu, savoir Christ, mystère dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science… » Col 2:2-3.