M86 – LE TEMPS D’Y RETOURNER …

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    « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité… » Héb 11:13-16.

    En suivant les pérégrinations d’Abraham qui, à l’Appel de Dieu, quitta son pays, sa patrie et la maison de son père pour s’établir en Canaan, nous constatons qu’à aucun moment il ne regarda en arrière, ni n’eut un seul regret d’avoir quitté Ur en Chaldée. Lors de sa « vocation, dit l’Écriture, Abraham obéit et partit… » Héb 11:8. Tous ceux qui « partent » avec Dieu apprennent eux aussi à « oublier ce qui est en arrière pour se porter vers ce qui est en avant… » Phil 3:13. Il est des moments dans la vie, comme dans les peines, où les pensées aiment à se réfugier en certains moments heureux ou insouciants du passé, de l’enfance, de son pays ou de son village quittés depuis longtemps, cela s’appelle : la nostalgie. Mais dans un cœur où Jésus-Christ vit, la nostalgie ne peut cohabiter, car elle révèle les sentiments d’une âme triste, déçue ou malheureuse dans le temps présent ; ce qui ne saurait être l’état d’une âme qui a confié sa vie entre les Mains du Seigneur, malgré, il est vrai, les épreuves et les luttes de la vie.

    Comme le patriarche, chacun de nous a aussi dû quitter quelque chose en répondant à l’Appel de Dieu. Cette chose a été, ou sera, un lieu, une situation, un milieu familial, une personne particulière. Mais, pourquoi faut-il donc, inévitablement, « quitter » quelque chose pour suivre le Maître ? La raison en est que l’on ne peut être sauvé, et heureux, en étant tel que l’on est. Les choses passées, auxquelles notre ancienne vie se rattachait et dans lesquelles elle se complaisait, ne peuvent plus cohabiter avec notre vie nouvelle en Christ ; car les choses de notre ancienne nature lui sont devenues étrangères.

    L’Écriture nous rapporte, qu’à peine sortis d’Égypte « le ramassis de gens qui se trouvaient au milieu d’Israël fut saisi de convoitise ; et même les enfants d’Israël recommencèrent à pleurer, et dirent : Qui nous donnera de la viande à manger ? Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx… » Nomb 11:4-5. Nous retrouvons là encore cette même démarche d’un retour au passé, causé par le découragement ou l’attrait du monde, aboutissant à la révolte ouverte ou silencieuse. Ce sont les « goûts » de l’Égypte, les « désirs de la chair », qui s’opposent aux « désirs de l’Esprit ». Mais les élus, qui « ont senti et vu combien l’Éternel est bon… » Ps 34:9, demeurent ferme, car nous savons que « nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir… » Héb 13:14.

     « S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, dit l’Écriture, ils auraient donc eu le temps d’y retourner… » Si donc le temps où nous marchons avec le Seigneur est aussi celui où nous pouvons être tentés de regarder en arrière, il serait préférable que ce temps soit le plus court possible. Jésus dit, en effet, concernant le temps de la fin lorsque la détresse sera si grande, que « si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés…  » Matt 24:22. Bien que ces Paroles concernent une période précise de l’histoire de l’Église, elles peuvent être l’objet de nos prières chaque fois que nous passons par des moments difficiles dans notre vie personnelle. D’ailleurs, en réponse aux « jusques à quand… ? » du Psalmiste dans ses tribulations, comme dans les nôtres, nous trouvons cette consolation exprimée par le prophète : « On bat le blé, mais on ne le bat pas à toujours ; on y pousse la roue du chariot et les chevaux, mais on ne l’écrase pas… » Es 28:28. Le fait même de résister aux choses d’autrefois, avec les « fruits dont nous rougissons aujourd’hui… » Rom 6:21, ainsi que dans les épreuves présentes, loin d’être une cause d’affaiblissement, cette nécessité de résister a, au contraire, pour effet d’affermir notre âme. Ainsi, le temps de notre pèlerinage sur cette terre n’est pas un temps où il n’y a que risques et périls, mais un temps qui nous donne autant d’occasions de vaincre les erreurs ou les faiblesses, dans lesquelles nous nous serions laissé surprendre.

     Nous sommes appelés à nous garder des choses périssables de ce monde, mais veillons à ce que notre crainte, à l’égard de ces choses, soit, non pas une crainte « religieuse » (légaliste ou superstitieuse), mais une crainte « spirituelle ». La crainte religieuse consiste à se garder de « ce qui n’est pas bien » et de « ce qu’il ne faut pas faire ». Tandis que la crainte selon Dieu est le discernement de notre conscience, éclairée par l’Esprit-Saint, non seulement des choses, mais de l’esprit des choses nuisibles à notre vie spirituelle. En effet, la foi, la connaissance, et donc la croissance particulière de chacun d’entre nous nous situe à des niveaux spirituels différents aux yeux du Seigneur qui, par conséquent, œuvre d’une manière individuelle en des temps différents et selon les besoins propres à chaque âme. Il est des choses qui nuisent à telle âme, et qui ne sont pas ressenties comme telles par telle autre. De même, telle chose qui ne nous nuisait pas hier, nous nuit aujourd’hui, comme telle autre chose qui ne nous nuit pas aujourd’hui, nous nuira demain. C’est dans la mesure où une chose, qui n’était pas considérée comme un problème hier, mais l’est devenu aujourd’hui, que nous pouvons mesurer les progrès de la croissance dans la foi et dans la sainteté.

     « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, dit Jésus, n’est pas propre au Royaume de Dieu… » Luc 9:62. Ces Paroles de Jésus éclairent celles de l’Épître nous parlant de « la patrie, de laquelle les patriarches étaient sortis et dans laquelle ils ne sont pas retournés, bien qu’ils en auraient eu le temps… », parce qu’« ils montraient, par là,  qu’ils cherchaient une patrie… qu’ils en désiraient une meilleure, c’est-à-dire, une céleste… ». Celui donc qui est « mort au péché » n’est pas un être inerte, mais celui qui met toute sa joie à marcher vers la patrie céleste, à « chercher le Royaume et la Justice de Dieu… » Matt 6:33. Celui qui est « mort au monde » n’est pas celui qui n’a « plus goût à rien », mais celui en qui habite le désir spirituel de ce que le Seigneur a réservé pour son âme. Abraham « attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur… » Héb 11:10, et Moïse « avait les yeux fixés sur la rémunération… », car « il voyait celui qui est invisible… » Héb 11:26,27, de même, notre âme est animée du désir qui la pousse à « chercher les choses d’en haut, où Christ est assis à la droite de Dieu… », et à « s’affectionner aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre… » Col 3:1-2. Et la force de ce désir de tendre constamment à ces choses est tout simplement la Présence au-dedans de nous du « zèle du Fils pour la maison de Son Père… » Jean 2:17.

     Ce qui nous inspire à regarder en arrière est souvent la crainte de l’avenir, laquelle, à l’inverse, nous pousserait à « précipiter » cet avenir pour se trouver « au plus tôt » dans l’éternité. Cependant, la foi est courage, et non pas fuite ; et notre comportement en face de ce qui surgit devant nous révèle déjà en cette vie l’état dans lequel nous nous préparons à entrer dans l’éternité. Mort « au péché », mort « au passé », tout ceci est vrai, réel, et cela a commencé un jour, mais tout ne s’est pas fait en un seul jour, cette mort, en effet,  accomplit parfaitement son œuvre durant toute notre vie. Tout est en travail, et dans le ciel et sur la terre. Puisse le soin, que nous mettons à nous préparer, réponde à la Promesse de Jésus qui, en  même temps, prépare pour nous une place dans la Maison du Père. Car en la préparant, c’est notre cœur qu’Il prépare.