M46 – À QUOI BON …

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« Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de grand prix ; et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête. Les disciples, voyant cela, s’indignèrent, et dirent : A quoi bon cette perte ? On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres. Jésus, s’en étant aperçu, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Elle a fait une bonne action à mon égard ; car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours. En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour ma sépulture. Je vous le dis, en vérité, partout où cette bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait… » Matt 26:6-13.

   II est des circonstances qui révèlent la compréhension, ou l’incompréhension, que l’on a des personnes ou des choses.  « A quoi bon perdre ce parfum… ! » s’exclament les disciples. C’est là bien peu estimer Jésus. Cette exclamation, cette indignation montre qu’ils n’ont pas encore compris qui est Jésus. Les disciples ne connaissent pas encore Son Amour, Son infinie Patience envers eux. Et Jésus, dans son humilité, accepta de n’être compris d’eux, que lorsqu’Il ne sera plus avec eux. C’est-à-dire, quand, une fois mort et ressuscité, puis glorifié, Jésus sera alors en eux connu par Son Esprit-Saint. En attendant, les disciples L’aiment, mais d’un amour à la mesure de la compréhension qu’ils ont de Lui.

   Les disciples ne reprochent pas à cette femme de se séparer de son précieux parfum, mais de ne le répandre que pour une seule personne, Jésus, pourtant leur Maître bien-aimé. D’après eux, les pauvres qui ne peuvent s’acheter un tel parfum auraient pu, au moins une fois vendu, profiter de son prix. A cela Jésus répond : « Vous avez toujours les pauvres avec vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours… » Marc 14:7. Ne voient-ils pas que Jésus est l’Unique, Unique dans Sa pauvreté, comme dans Sa Richesse qu’Il leur laissera, le jour où Il leur sera enlevé ? De spirituels qu’ils devraient être, les voici devenus « philanthropes ». Il est vrai que la pauvreté est l’une des plus grandes souffrances parmi les hommes. Jésus le sait, et connaît aussi ces paroles, disant : « Le riche et le pauvre se rencontrent ; c’est l’Éternel qui les a fait l’un et l’autre… » Prov 22:2, et encore : « Le pauvre et l’oppresseur se rencontrent… », ceci dans le but que « l’Éternel éclaire les yeux de l’un et de l’autre… » Prov 29:13, afin que le riche soit généreux sans dominer celui qui a besoin de lui, et que le pauvre soit reconnaissant sans servilité ni envie.

   Lors d’un autre événement semblable, alors que Marie oint les pieds de Jésus, L’Écriture met en lumière un trait du cœur humain exprimé par Judas, disant : « … Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ? Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait… » Jean 12:5-6. C’est ici le « cas » extrême. Il ne s’agit pas de multiplier les « Judas », mais seulement d’y voir ce penchant de la nature humaine, où les meilleures intentions peuvent, parfois, renfermer une attitude intéressée, ou révélant une totale méconnaissance du Plan de Dieu. Ce que nous jugeons ne pas devoir faire pour Dieu ou notre prochain affectera, tôt ou tard,  notre  propre vie spirituelle.

   Les disciples jugent selon la forme, et non selon le fond. Ils ne voient pas encore en Jésus « Celui qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, écrit Paul aux Corinthiens, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis… » II Cor 8:9. Cette femme a donc bien discerné que ce « pauvre » venu de Dieu, l’était plus que tous ceux de la terre ; car Jésus est, à la fois, « pauvre » en ce qu’il n’a rien de ce que l’on a, et « riche » en ce qu’il est tout de ce que l’on n’est pas. C’est là ce qu’a vu cette femme, et cette divine Richesse, dès lors, lui sera réservée.

 A Ses disciples, donc, qui s’indignaient de ce que faisait cette femme en répandant le parfum sur Lui, Jésus leur dit : « … Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme, elle a fait une bonne action à mon égard… ». Jésus a discerné la profondeur que traduisait le geste de cette femme, tout comme elle-même a discerné la divine Identité de Celui qu’elle oignait de la sorte, de ce parfum qui était ce qu’elle avait de plus cher. Le Roi David lui-même, ne s’est-il pas écrié : « … Je n’offrirai point à l’Éternel, mon Dieu, des holocaustes qui ne me coûtent rien… » II Sam 24:24. Tout ce que nous pouvons donner de plus précieux à Jésus sera toujours au-dessous de ce qu’Il nous a donné ; cependant, cela a plus de valeur à ses yeux que nous ne le pensons. Car, ce qui est offert « selon le cœur de Dieu », c’est Dieu Lui-même qui en donne la valeur, ce n’est pas notre estimation, mais celle de Dieu qui la rend infinie.

   Jésus, par le geste de cette femme, voit se dessiner et s’accomplir le terme de sa vie terrestre, « … Elle a fait ce qu’elle a pu ; dit-Il, elle a d’avance embaumé mon corps pour ma sépulture… » Marc 14:8. Ceci est une parole prophétique, matériellement et spirituellement. En effet, les femmes venant avec leurs aromates ne purent embaumer le corps de Jésus à cause du sabbat qui allait commencer, et lorsqu’elles revinrent au sépulcre après la fin du sabbat, c’est-à-dire, le premier jour de la semaine, la pierre avait été roulée, le sépulcre était vide, Jésus était déjà ressuscité. Elles restèrent donc avec les aromates et les parfums pour l’embaumer entre leurs mains. La femme de Béthanie l’avait, en quelque sorte, déjà fait. Toutes choses faites avec un cœur inspiré, a toujours une portée prophétique dans cette vie, et pour celle à venir.

   Que de choses apparemment insignifiantes, dites ou faites, qui correspondent à des œuvres plus grandes que toutes celles parmi les hommes, et à des plans éternels, ressentis en soi-même, et connus de Dieu seul. Pour l’homme charnel, les « parfums », c’est-à-dire, les prières, les œuvres inspirées, les louanges, sont « inodores ». N’ayant pas, en effet, les yeux ouverts sur les besoins et les réalités divines, il n’en voit pas la nécessité, ni la signification, alors que l’homme spirituel en saisit le sens, l’importance, et leur répercussion éternelle. Sous l’imperfection de ce que nous sommes, sous l’insuffisance de ce que nous faisons, le Seigneur contemple l’œuvre de Son Esprit qui nous anime, et c’est ce qu’Il agrée ; que le signe en soit précieux ou humble.

   L’homme est ainsi fait : d’une part, il trouve incompréhensible que Dieu, « … ait choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; … les  choses  faibles  du  monde pour confondre les fortes ; … les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu… » I Cor 1:27-29. Et, d’autre part, ce que l’âme a de plus précieux à donner au Seigneur, par reconnaissance pour Son Amour, il le trouve trop cher… ! L’esprit de l’homme ramène tout à sa propre mesure. Mais la révélation intérieure de l’Esprit nous révèle que la Voie du Seigneur est d’accomplir en nous et par nous de grandes choses par le moyen de petites choses. Les Voies de Dieu nous étonnent, comme nous étonnent certaines de Ses Œuvres qu’Il nous inspire de faire en Son Nom. L’important dans ce que nous sommes, comme dans ce que nous faisons, et, non pas de savoir ce que les autres en pensent, mais ce qu’en pense le Sauveur. Et c’est chaque fois, pour nous, une occasion nouvelle de mourir : soit à la moquerie ou au mépris, soit à l’admiration que ces choses mêmes peuvent susciter. Jésus dit de la femme au parfum: « Elle a fait une bonne action à mon égard… ». Est-il une Parole plus désirable à entendre de la bouche de Jésus que celle-ci ?