M401 – OUVRIERS AVEC DIEU …

Format PDF

     « Quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ! et un autre : Moi, d’Apollos ! N’êtes-vous pas des hommes ? Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun. J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. Celui qui plante, et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail. Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu… » I Cor 3:4-9.

   Il est normal de s’en référer à des personnes ayant reçu une capacité, une aptitude particulière dans les domaines les plus divers de la vie. Il se trouve également des personnes ayant reçu un appel particulier ou des dons spirituels de la part de Dieu. Ainsi, l’apôtre Paul écrit aux Éphésiens que Jésus-Christ « donna les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs… » Eph 4:11, de même dans l’épître adressée aux Corinthiens, l’apôtre écrit au sujet de « ceux qui ont le don des miracles, puis de ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues… » I Cor 12:29. Ces dons sont reçus par l’Esprit, et sont exercés en ce monde, avec ses répercussions dans le monde invisible, tout en sachant qu’il n’est pas d’autorité spirituelle sans la sainteté, qui en est la véritable Puissance.

   L’apôtre Paul, lorsqu’il écrivit ses épîtres, mentionna souvent les frères qui l’assistèrent. A Éphèse, d’où il écrit aux Corinthiens, le frère Sosthène se trouvait auprès de lui : I Cor 1:1, de même Timothée dans la seconde lettre : II Cor 1:1, ainsi que Silvain dans celle adressée aux Thessaloniciens : II Thess 1:1. Il n’est pas sage, en effet, d’être seul, même inspiré… ! Ainsi, alors que des croyants de l’Église à Corinthe étaient sur le point de se fractionner, en s’étant attachés à tel ou tel serviteur de Dieu, Paul apprit que lui-même était concerné à ce sujet, et ceci à son corps défendant. C’est d’ailleurs ici la manifestation toute humaine de la faiblesse des hommes qui consiste à se soumettre à ceux qu’ils admirent… avec la déception à laquelle cette attitude peut conduire. Paul se gardait donc, ainsi qu’Apollos son compagnon d’œuvre, de passer pour des « maîtres à penser », à la manière des représentants des écoles philosophiques de la Grèce antique. L’apôtre alors eut soin de rappeler qu’Apollos et lui-même, et d’autres avec eux, n’étaient que des « hommes », des « moyens », par lesquels ils avaient cru. Il attira donc l’attention des croyants sur cette vérité que seul Dieu, par Sa Parole, « Dieu fait croître… », et non les hommes, même si ceux-ci, par l’inspiration de l’Esprit, ont reçu le ministère de « planter la Parole… » et de l’« arroser… » I Cor 3:6-7.

   L’Esprit de Dieu inspira donc l’apôtre, disant : « Nous sommes ouvriers avec Dieu… », et nous exhortant à œuvrer, non seulement avec Dieu et pour Dieu, mais en Dieu, c’est-à-dire, selon le Plan de Dieu personnellement réservé à chacun de nous, et ce plan est, en même temps, inclus dans le grand Dessein de Dieu. Ainsi, le fait que « Dieu Lui-même fait croître… », signifie que Dieu fait « tout », et que ce que nous sommes et faisons est inclus dans ce Tout, dans lequel est notre vraie place, l’espace de notre vie spirituelle. C’est ici un des mystères de l’action des rachetés dans l’Œuvre de Dieu. Nous avons besoin de Dieu, Dieu n’a pas besoin de nous, et, cependant, Il nous appelle à être « ouvriers » avec Lui. Il n’est pas de plus grande faveur de la part de Dieu envers nous, comme également de plus grande responsabilité de notre part. Car, en même temps que nous sommes « ouvriers avec Dieu », nous sommes le « champ de Dieu… ». En étant donc le « champ », et l’« ouvrier » qui y travaille, le racheté aspire à ce que l’Esprit de Dieu fasse un travail sur et en lui-même.

  L’action à laquelle Dieu nous appelle n’a pas la prétention de seconder, de compléter Son Œuvre, loin de là ! car elle concerne l’œuvre qui s’édifie en nous. Manquerait-il quelque chose à l’Œuvre de Dieu, si, par désobéissance, nous n’aurions pas fait ce qu’Il nous a demandé ? Ce serait plutôt nous, et non Dieu, qui nous priverions de quelque chose. Cette vérité profonde nous est apportée par l’apôtre Paul, qui, de manière lumineuse, écrit : « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, j’ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ. Or, si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’œuvre de chacun sera manifestée ; Car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révélera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun. Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu… » I Cor 3:10-15. De même qu’il y a de « bons » païens, il y a, inversement, de « mauvais » chrétiens, car il se trouve, et ceci est bien affligeant, qu’il est des croyants, à ce point faibles et instables qu’ils ne portent pas de fruit. Ils perdront leurs récompenses, tout en demeurant cependant sur le « fondement » qui est Jésus-Christ. Et ce « fondement » qui, lui, ne se perd pas, constitue l’assurance de ces croyants, même si, dans le plus triste des cas, « ils seront sauvés, mais au travers du feu… » I Cor 3:15. Car tout en ayant perdu leurs récompenses, seul le fondement du salut, auquel appartient tout croyant fidèle ou fragile, subsiste.

   Une grande œuvre, parmi toutes celles auxquelles le Seigneur nous appelle, est celle de l’intercession. Ceci est d’autant plus vrai que ce service est le plus attaqué par l’adversaire, en suscitant dans le cœur du croyant des doutes, des interrogations, des soucis, et ceci, parfois, à cause de ce qui est ressenti comme étant des « silences » de Dieu. Épreuves que notre Seigneur permet jusqu’à un certain point, non afin que nous faiblissions, mais, au contraire, pour que nous y trouvions plus encore des raisons spirituelles de persévérer. Cependant, si une telle faiblesse devait survenir, notre Seigneur n’est point affecté par notre négligence, si ce n’est qu’Il en est attristé, ainsi que nous le révèle le prophète Ézéchiel, qui, exprimant les Paroles de l’Éternel, s’écria : « Je cherche parmi eux un homme qui élève un mur, qui se tienne à la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas, mais  je  n’en  trouve  point… » Ezé 22:30. De même Ésaïe qui, en plus, nous indique la manière dont Dieu remédie à une telle situation : « L’Éternel voit d’un regard indigné, qu’il n’y a plus de droiture. Il voit qu’il n’y a pas un homme, il s’étonne de ce que personne n’intercède. Alors son bras lui vient en aide et sa justice lui sert d’appui… » Ésaïe 59:15-17. Les prophètes éprouvent en leur être profond les « sentiments » de Dieu, qui déplore les faiblesses de Ses serviteurs et de Son peuple. Mais, comme il est dit par le prophète : alors « Son « bras lui vient en aide », et Sa « Justice lui sert d’appui… ». Autrement dit, en cas de défections malheureuses de la part de Ses Serviteurs, Dieu y supplée en agissant Lui-même, par Son bras, c’est-à-dire, par Sa Puissance, et par Sa Justice, c’est-à-dire, conformément à Sa Volonté pour l’accomplissement de Son Dessein éternel.

   Le fait d’être appelé « ouvriers avec Dieu » indique, non seulement l’œuvre que nous faisons, mais aussi l’ouvrage que nous sommes devant Lui. C’est ainsi qu’en plus de l’« ouvrier » et du « champ » que nous sommes, l’Ecriture nous présente également comme étant l’« édifice de Dieu… » I Cor 3:9. En ce monde, nous ne pouvons être qu’en un certain lieu, mais spirituellement, nous sommes dans ce qui est l’« infini » de Dieu, lequel cependant, par l’Esprit, habite en nous… ! En ceci s’éclaire la profondeur des Paroles de Jésus adressées à Philippe, et disant : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi… ? » Jean 14:10. Ainsi que l’expose l’apôtre Jean, qui écrit : « Celui qui garde ses commandements (de Jésus) demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné… » I Jean 3:24. D’où il ressort cette réalité paradoxale que Celui qui est infiniment plus grand que nous, habite spirituellement… au-dedans de nous. Heureux le croyant qui, par la compréhension spirituelle de ce mystère, se révèle « né de nouveau… ». Ainsi la nature durable, parce que divine, de l’« œuvre » manifeste-telle la nature spirituelle du racheté qui l’accomplit.