M266 – IL SE RETOURNA …

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   « De grandes foules faisaient route avec Jésus, il se retourna, et leur dit : Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple…! » Luc 14:25-27.

     Que ce soit à un homme, à une femme ou à une foule, Jésus parlait toujours comme s’Il s’adressait à une seule personne, car Il parlait à l’âme de chacun en particulier. Alors que de grandes foules, suspendues à Ses Paroles, cheminaient avec Lui, Jésus leur dit : «  Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple… ! » Luc 14:26. Certes, ce n’étaient pas là des paroles populaires susceptibles d’attacher à Jésus ceux qui l’écoutaient. Car si Jésus était très écouté, Il l’était, cependant, jusqu’à un certain point, c’est-à-dire, jusqu’au moment où Sa Parole suscitait, non plus l’enthousiasme à la vue des guérisons miraculeuses, mais une interrogation sur soi-même, une conviction de péché. A ce moment-là, l’âme se sentait comme isolée au milieu de la foule, seule en face de Jésus, et d’elle-même. Elle se trouvait, non plus concernée, mais cernée, avec, pour seule issue, la repentance qui est la porte du Salut, et cette « porte » à franchir, c’est Jésus. Car nous ne comprenons Jésus que lorsque ce qui vient de Lui nous a introduits en Lui… !

   A l’apôtre Pierre qui lui disait : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi…! » Marc 10:28, Jésus leur répondit aussi de la même manière, avec, en plus, des « persécutions » et, pour aboutissement, la « vie éternelle » Marc 10:30. Ces Paroles suscitèrent des interrogations dans les cœurs des disciples. L’Écriture rapporte qu’« ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte. Et Jésus prit de nouveau les douze auprès de lui, et commença à leur dire ce qui devait lui arriver : Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes. Ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens, qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le battront de verges, et le feront mourir, et, trois jours après, il ressuscitera… ! » Marc 10:32-34. Jésus, qui marchait devant eux, s’arrêta donc, parce qu’Il sentit le besoin de prendre auprès de lui ses disciples troublés. Mais les paroles qu’Il leur adressa, et qui concernaient, cette fois, Ses propres souffrances, n’étaient pas non plus de nature à les réconforter ; cependant, à cause des choses à venir à affronter, les Paroles de Jésus concernant Sa Mort et Sa Résurrection étaient la seule réponse efficace, pour les éclairer et affermir leur foi en Lui. Le fait de « se retourner » révélait donc le soin que Jésus prenait de Ses disciples, afin de ne pas les laisser Le suivre en « se trompant eux-mêmes par de faux raisonnements… ! » Jac 1:21.

     Les pensées les plus diverses habitaient les gens de la foule qui suivaient Jésus. Car toute chose à son poids, que ce soit matériellement ou spirituellement, et il en est de même des pensées. Le sage ne dit-il pas que « celui qui pèse les esprits, c’est l’Éternel… ? » Prov 16:2. C’est là ce que Jésus ressentait, et ce qui le faisait « se retourner ». Car s’Il était suivi en tant que Personne, Jésus savait qu’Il ne l’était pas toujours en ce qui concerne Sa Pensée. L’admiration, en effet, que suscitaient Sa Sagesse et Ses Miracles n’empêchait pas les pensées et les désirs personnels de voiler la portée spirituelle et éternelle de Ses Paroles. Or, en les exhortant à haïr leur père, leur mère, leur femme et leurs enfants, et, surtout, leur propre vie, c’est-à-dire d’aimer Jésus d’un amour plus grand que tout autre amour, Jésus ne prenait-Il pas le risque de les arrêter dans leur écoute même de Sa Parole ? Alors Jésus « se retournait » souvent, parce qu’Il voulait que ceux qui l’écoutaient connussent, non seulement tous les bienfaits, mais aussi les renoncements contenus dans l’Évangile. Jésus prenait donc soin d’amener l’âme à une compréhension éclairée de Sa Parole, par laquelle nous apprenons que chaque exigence de Dieu contient l’assurance d’une Promesse… !

   Il n’y a, évidemment, qu’une seule façon de marcher avec Jésus, cependant, à cause de la faiblesse de notre chair, il y a autant de manières différentes de le suivre qu’il y a de mobiles personnels. Nos pensées, en effet, peuvent, se diriger d’un côté, et nos pas de l’autre ! Il y a toujours une certaine distance entre nous et Jésus, dans laquelle nos propres pensées tenteront de se loger. Un cas extrême nous éclaire à cet égard, ce fut lorsque Pierre renia Jésus.:« Pierre, dit l’Écriture, le suivit de loin jusque dans l’intérieur de la cour du souverain sacrificateur ; il s’assit avec les serviteurs, et il se chauffait près du feu… ! » Marc 14:54, c’est-à-dire, dans la cour même où Jésus fut jugé. Pierre était donc à « l’intérieur » même de l’événement, mais il était loin de l’être dans la Pensée de Jésus ! En effet, il nia trois fois de Le connaître: « Jésus, s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : Avant que le coq chante aujourd’hui, tu me renieras trois fois. Et, étant sorti, il pleura amèrement… ! » Luc 22:61-62. Vaincu par sa peur, sa propre assurance s’effondra ; Pierre se retrouva au-dessous de ce qu’il croyait être, et à une telle profondeur, que seule la Miséricorde de Dieu, plus profonde encore, put l’en relever !

    La comparaison dans le domaine spirituel de ce mouvement de Jésus sur Lui-même, en direction de ceux qui l’entourent, fait entrevoir une réalité particulière. Jésus est la Vérité. Les gens de la foule, comme les disciples parfois, en suivant Jésus, suivaient la Vérité, mais ils marchaient « derrière » elle, c’est-à-dire  qu’ils  «  voyaient » la Vérité  «  de dos » et non  «  de face » ! Cette image éclaire une réalité qui se rencontre parmi les croyants. En quoi consiste donc cette manière de voir, de comprendre la Vérité «  de dos » et non « de face » ? Elle consiste à suivre la Vérité, en évitant d’être en face de la Lumière qu’elle émane. En effet, l’homme préfère se cacher à l’ombre de ce qui, en lui, ne se laisse pas éclairer par elle ! Mais le Seigneur, dans Sa Patience, dirige vers nous la Lumière de Sa Face, et l’ombre qu’elle accentue en nous, nous convainc de nous séparer de ce qui en est la « cause » … !

   Jean, le prophète, qui était avec deux de ses disciples, ayant regardé Jésus qui passait, dit : «  Voilà l’Agneau de Dieu… » Les deux disciples, l’entendant prononcer ses paroles, suivirent  Jésus :  « … Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (ce qui signifie maître), où demeures-tu ? Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait  »  Jean 1:36-39. Et là encore, Jésus  « se retourna… ! ». Combien diverses sont les raisons dans l’Écriture, pour lesquelles Jésus se retourna, ou s’arrêta pour communiquer Sa Parole. Ici, Jésus se retourna, parce qu’Il perçut par Son Esprit que des âmes le cherchaient. Là, Il se retourna, parce qu’Il sentit la nécessité d’éclairer la foule, afin qu’elle ne se méprît point sur le Sens de Sa Parole. Lors de Son jugement, Jésus se retourna pour diriger Son Regard, vers Pierre, dans lequel, tel un miroir, il se vit anéanti…, d’autant plus que de ce Regard émanait la Miséricorde !

   En quoi consiste donc, en nous, ce qui incline Jésus à «  se retourner » vers nous ? Comme nous l’avons appris, que ce soit dans le mal ou dans la souffrance, il est des dispositions intérieures qui ont leur « poids », et c’est ce qui incline Jésus à intervenir. Ainsi, c’est à l’occasion d’une guérison miraculeuse que nous est révélée une lumière à cet égard. Une femme atteinte d’une perte de sang, dit l’Écriture, « vint dans la foule par derrière, et toucha son vêtement. Car, disait-elle : Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. Au même instant la perte de sang s’arrêta, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Jésus connut aussitôt en lui-même qu’une force était sortie de lui ; et, se retournant au milieu de la foule, il dit : Qui a touché mes vêtements ? Ses disciples lui dirent : Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m’a touché ? Et il regardait autour de lui, pour voir celle qui avait fait cela… ! » Marc 5:27-32. Ainsi, au moment même où cette femme « sentit » dans son corps qu’elle était guérie, Jésus « connut » qu’une force était sortie de Lui. Quelque chose se passa en Jésus, et, non seulement en Lui, mais dans le ciel même, de par la Volonté de Son Père céleste. Jésus se retourna vers cette femme, parce que cette guérison, s’inscrivait dans une Dimension spirituelle, qui dépassait de loin le cadre terrestre de l’événement lui-même… !

   Celui qui ne reçoit, dans toute Réponse de la part de Dieu, que ce qu’il en « voit » n’a pas compris l’essentiel même de l’exaucement. Le Seigneur, en effet, « se retournera » toujours pour répondre à la prière inspirée, dont le signe visible de l’exaucement traduit l’Action invisible et intérieure du Dessein éternel de Dieu à l’égard de ceux qu’Il appelle à Lui… !