M262 – ENTRAÎNÉS PAR L’ ÉGAREMENT …

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     « Vous donc, bien-aimés, qui êtes avertis, mettez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité ! Amen !… » II Pier 3:17-18.

   Il n’est rien de plus insidieux que la force enveloppante d’« être entraînés par l’égarement des impies… ! » Le prophète Moïse, déjà, avertissait le peuple d’Israël à sa sortie d’Égypte : « Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal ; et tu ne déposeras point dans un procès en te mettant du côté du grand nombre, pour violer la justice… ! » Exode 23:2. Ces paroles s’adressaient, non seulement aux « petits », mais aussi aux « grands » du peuple, comme aux prêtres qui étaient préposés au Service de l’Éternel. Le sacrificateur Aaron, qui avait fondu le «  veau d’or », dit à Moïse qui, à cause de cela, avait brisé les tables de la loi au pied de la montagne du Sinaï : «  Que la colère de mon Seigneur ne s’enflamme point ! Tu sais toi-même que ce peuple est porté au mal. Ils m’ont dit : Fais-nous un Dieu qui marche devant nous ; car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. Je leur ai dit : Que ceux qui ont de l’or, s’en dépouillent ! Et ils me l’ont donné ; je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau… ! » Exode 32:22-24. Le fait de considérer la colère de Moïse excessive révélait qu’Aaron n’avait plus la même notion de la gravité du péché que celle du prophète, parce que sa conscience de la Sainteté de Dieu et de la mise à part d’Israël s’était déjà émoussée sous la pression du peuple rebelle… !

    L’attrait de l’esprit de ce monde agit sur notre pensée d’une façon graduelle. Le Psalmiste décrit parfaitement cette gradation par laquelle l’âme glisse loin de Dieu par le relâchement de sa vigilance, faute de persévérance : « Heureux l’homme, s’écrie-t-il, qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit… ! » Ps 1:1-2. « Marcher », « s’arrêter », « s’asseoir » ! Ces trois stades du péché se suivent, et le fait de penser être assez fort, ou sage à ses propres yeux, pour pouvoir s’arrêter à l’un d’eux, c’est déjà s’entrouvrir au suivant… ! Mais, à l’exemple du Psalmiste, la victoire sur l’attrait du plaisir trompeur est remportée par un «  plaisir » plus grand, et de toute autre nature, par le plaisir spirituel que l’on trouve dans la Parole de Dieu méditée sans cesse, et repassée dans notre cœur. Car la méditation est l’union de notre esprit, par l’Esprit-Saint, avec la Parole de Dieu qui ouvre notre cœur aux Vertus du Seigneur Lui-même qui a vaincu monde… !

  Toute certitude de la foi est regardée par l’homme irrégénéré comme une attitude intolérante, sans réaliser que cette attitude le conduit lui-même  à l’intolérance, ainsi que l’écrit l’apôtre Pierre au sujet  de  l’attitude   des  païens  à  l’encontre  des  croyants,  disant  :   « Aussi trouvent-ils étrange que vous ne vous précipitiez pas avec eux dans le même débordement de débauche, et ils vous calomnient… ! » I Pier 4:4. Si donc, par la Grâce de Dieu, nous avons été gardés de commettre de telles pratiques, notre combat se situe au niveau de nos pensées, afin de résister à la pollution ambiante que diffuse le « prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion… ! » Eph 2:2. Et c’est dans la perspective d’une telle victoire que l’apôtre Pierre écrit : « Ainsi donc, Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu, pendant le temps qui lui reste à vivre dans la chair… ! » I Pier 4:1-2. Ainsi, nous résistons à l’affaiblissement de la vie spirituelle quand nous prenons conscience de la faiblesse de notre chair, dont la crucifixion à la Croix donne accès en nous à la force victorieuse de Jésus. Car la révélation de la faiblesse de la chair a ceci de salutaire que notre faiblesse ne nous laisse, comme seul recours, que celui d’aspirer à la sainteté opérée en nous par le Dieu vivant, au point que, en quelque sorte, dans « notre » faiblesse nous triomphons de  « nos »  faiblesses… !

   Christ, notre Sauveur, a donc souffert dans la chair. Et cette souffrance consista en ce que Jésus  «  a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu’il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l’expiation des péchés du peuple ; car, ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés… ! » Héb 2:17-18. Jésus a été tenté sans commettre de péché ; car nous, nous sommes tentés par notre propre convoitise, tandis que notre Seigneur le fut, afin que fût manifestée Sa Sainteté inaltérable. Ainsi, le croyant fidèle souffre parce qu’il obéit, car il n’est pas possible d’obéir sans souffrir, et c’est précisément de cette « pensée »-là que nous avons à nous armer. « Pensée » qui est une arme, dont l’efficacité consiste à nous donner la force d’accepter le rôle de la souffrance qui accompagne le combat de la foi que  nous avons à soutenir contre le « prince de ce monde » ; prince qui, certes, est plus fort que nous, mais nous avons cette promesse, selon laquelle : « Celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde… ! » I Jean 4:4.

   Dans l’entraînement vers le mal, l’attraction n’est pas seulement d’un seul côté, il y a une force qui attire à lui et une autre qui y pousse, ce que l’Écriture atteste, disant : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise… ! » Jac 1:13-14. L’égarement général est de la même nature que la convoitise individuelle, et nous nous trouvons, en quelque sorte, entre l’un et l’autre ; laquelle de ces deux attirances doit donc céder la première ? La convoitise, évidemment, et en ce qui concerne, notamment, cet égarement de « ceux surtout qui, dit l’Écriture, vont après la chair dans un désir d’impureté et qui méprisent l’autorité. Audacieux et arrogants, ils ne craignent pas d’injurier les  gloires… ! » II Pier 2:10. Il est à remarquer, en effet, que les périodes de grande apostasie se caractérisent toujours par la banalisation des péchés de la chair et par le mépris des valeurs.  Ainsi, l’homme, à divers degrés, se précipite dans le mal, parce que le mal est en lui. Quand l’homme donc tombe dans le péché, quel qu’il soit et où que ce soit, c’est, en réalité, dans le fond de lui-même qu’il retombe… !

   «  Ne vous y trompez pas, écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs… ! » I Cor 15:33. Sachant que celui qui est égaré, tôt ou tard, égare les autres, ceci nous rappelle qu’une minorité suffit à entraîner la majorité. Et la majorité, la foule est une réalité spirituelle qui a son caractère propre, résultant de l’état d’esprit de chacune des personnes qui la composent ; état d’esprit collectif dont il est difficile de se détacher, si ce n’est par le discernement reçu de Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » Jean 14:6. Il y a donc, non seulement l’influence sous laquelle nous sommes, mais aussi ce qui en nous-mêmes peut y être sensible… tout en la désapprouvant… !

     «  Vous courriez bien, écrit l’apôtre Paul aux Galates : qui vous a arrêtés, pour vous empêcher d’obéir à la vérité ? Cette influence ne vient pas de Celui qui vous appelle. Un peu de levain fait lever toute la pâte… ! » Gal 5:7-9. En s’arrêtant, ces croyants n’avaient, cependant, pas cessé de courir, au contraire, ils n’avaient cessé de suivre la bonne voie que pour se laisser entraîner dans une mauvaise ! Tel le levain qui reste invisible avant de manifester son effet, ainsi en est-il de l’influence mauvaise : souvent, nous ne voyons pas venir ce dont nous devrions éviter ou que nous ne devrions pas suivre. En fait, ce qui est répréhensible, c’est, avant même le mal visible, ce qui en nous, déjà, nous y attire… !

    Ainsi, la puissance d’égarement qui entraîne l’homme agit sur ce qui, en lui, est de nature à se laisser entraîner. Point n’est donc besoin de suivre la multitude pour s’égarer, ses propres pensées y suffisent. Mais le croyant né de nouveau fait face au courant contraire de cette unanimité vers le mal. Si cela n’était pas, ceci signifierait qu’il s’en serait quelque peu  accommodé, mais c’est alors qu’en lui « la tristesse selon Dieu » II Cor 7:10, lui ouvrant les yeux, l’amène à regarder « l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l’Égypte… ! » Héb 11:26.