M339 – QUE LUI ARRIVERA-T-IL … ?

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   « Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera là où tu ne voudras pas. Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et, ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. Pierre s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit : Seigneur, qui est celui qui te livre ? En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi… ! » Jean 21:15-22.

   Il est des questions de la part de Jésus, auxquelles il était difficile de répondre, non seulement à cause de la teneur de la question, mais surtout lorsque l’on savait que Celui qui la posait connaissait parfaitement le cœur de l’homme. En effet, Jésus demanda à Pierre, non seulement : « … M’aimes-tu… ? », mais : « … M’aimes-tu  plus que ne m’aiment ceux-ci… ? ». Il était déjà difficile à Pierre de répondre à Jésus, aux yeux de qui tout est découvert ; comment aurait-il donc osé répondre que son amour envers Lui fut « plus grand » que celui de ses frères, qui eux aussi aimaient Jésus. Car, en répondant affirmativement à Jésus, ceci n’aurait-il pas été perçu par eux comme étant un orgueil immense accompagné d’un esprit de jugement à leur égard ? En effet, Il eût été fraternellement mal-aisé à Pierre de dire qu’il aimait Jésus « plus que » Jean, Jacques, et tous les disciples, parmi lesquels André, son propre frère, ne pouvant oublier que ce fut lui, qui, le premier, après avoir rencontré Jésus, « le conduisit vers  Jésus… » Jean 1:41-42.

   L’insistante interrogation de Jésus à Pierre était en rapport avec le Dessein de Dieu pour la vie de l’apôtre, appelé à être martyr pour son Seigneur et Maître. Le fait d’entendre Jésus lui demander trois fois s’il L’aimait, suscita donc une tristesse chez Pierre. En plus, quand l’Esprit de Dieu parle dans le cœur, silencieusement, c’est là qu’il parle le plus fort, parce que c’est dans un but éternel. Le résultat de cette tristesse  poussa Pierre à se poser à lui-même la question, et à y répondre. En effet, en quelles autres circonstances antérieures l’apôtre Pierre se considéra-t-il, ou se sentit-il comme étant « plus que » ses frères, sans en avoir été parfois conscient ? C’est ce que nous apprenons de sa propre bouche, lorsque Jésus, après avoir dit, peu avant son arrestation : « Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. Pierre, prenant la Parole, lui dit : Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi. Jésus lui dit : Je te le dis, en vérité, cette nuit même, avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois. Pierre lui répondit : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. Et tous les disciples dirent la même chose… » Matt 26:31-35. En disant : « Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi… », et quand bien même les disciples, à sa suite, dirent la même chose, Pierre se plaça, par sa propre assurance, au-dessus de ses frères… ! Aussi Jésus éclaira-t-Il Pierre en le rendant conscient de ce trait de caractère qui lui était propre, et qui faisait que Pierre, en paroles ou en actes, « précédait » parfois, non seulement ses frères, mais la Volonté, la Direction de l’Esprit de Dieu. « Tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera là où tu ne voudras pas… ! » Jean 21:18. Seules de profondes humiliations durent amener Pierre à accepter de se soumettre à ce que Jésus lui annonçait d’avance… !

   L’Écriture nous rapporte que par ces Paroles Jésus indiquait « par quelle mort, Pierre glorifierait Dieu… ». Seul Pierre, d’entre les apôtres, connut de la part de Jésus quel serait le terme de sa vie, et ce fut seulement après cela que Jésus put lui dire : «  Suis-moi… » Jean 21:19. Il est évident que de connaître à l’avance ce qui concerne notre propre mort ne peut qu’imprimer en notre esprit  une compréhension spirituelle particulière et un comportement qui pense et agit en conséquence. Ce fut alors le cas de l’apôtre Pierre. Ceci marqua donc le cœur de Pierre, et l’ouvrit à une réceptivité particulière à l’inspiration divine, qui transparaît dans ses épîtres mêmes, ainsi qu’il l’écrit : « … Je regarde comme un devoir, aussi longtemps que je suis dans cette tente, de vous tenir en éveil par des avertissements, car je sais que je la quitterai subitement, ainsi que notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître. Mais j’aurai soin qu’après mon départ vous puissiez toujours vous souvenir de ces choses… » II Pier 1:13-14. Il est à remarquer que Pierre fut appelé une première fois, lorsque Jésus commença son Ministère, puis une seconde fois à la fin du Ministère de Jésus ici-bas : Jean 1:43 et 21:19. Pierre, par deux fois, s’entendit dire par le Seigneur : « Suis-moi… ». Ce double appel annonçait un ministère particulier pour les « circoncis », c’est-à-dire, les « Juifs », de même que, plus tard, l’apôtre Paul fut appelé à un ministère pour les « incirconcis », c’est-à-dire, les « païens » Gal 2:7-8.

   Après que Jésus eut donc dit : « Suis-moi… », Pierre, dit l’Écriture « s’étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s’était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit : Seigneur, qui est celui qui te livre ? En le voyant, Pierre dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il… ? Jean 21:20-21. Il ressort de ces paroles, que Pierre prêtait l’oreille à Jésus, mais que ses yeux étaient ailleurs, comme si Pierre voulait se soustraire à ce message lourd à porter pour lui, en introduisant une tierce personne dans cet entretien comme pour en « alléger » le poids… ! Que deviendra donc Jean ? Quel sera son ministère ? Exercera-t-il des dons particuliers ? Sera-t-il persécuté comme moi, ou non ? En quoi enfin sera-t-il différent ? Autant de pensées surgissant dans l’esprit de Pierre, car, bien souvent, un homme de Dieu a le sentiment que la Volonté de Dieu pour les autres est moins exigeante, plus prometteuse ou plus  valorisante  qu’elle ne l’est pour lui. Cependant, la réponse que reçut Pierre de Jésus est encore plus « énigmatique » que ses propres interrogations ! « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi… » Jean 21:23. L’apôtre Pierre apprit de cette réponse que tout appel particulier de la part de Dieu contient des paroles qui doivent rester cachées à autrui ; le secret est la condition même de la puissance dans la vie et dans  le service de Dieu … !

  Beaucoup de croyants inclinent à penser que leurs expériences spirituelles, leur compréhension de la Vérité, ou leur appel de la part de Dieu sont la référence, la norme pour les autres croyants. Ou alors, à l’inverse, c’est avec tristesse ou frustration qu’ils considèrent certains de leurs frères comme étant plus bénis, plus dotés qu’eux en ce qui concerne les manifestations diverses de l’Esprit de Dieu dans leur vie spirituelle ou dans leur service de la Parole. Dans un cas comme dans l’autre, ceci revient à ne pas avoir compris ou accepté la volonté de Dieu. Ainsi, par ces Paroles de Jésus adressées à Pierre : « Quand tu seras vieux… », c’est-à-dire, spirituellement « mature », l’apôtre apprit que ses propres convictions ne sont en aucun cas la norme pour les autres ; et c’est aussi dans ce sens que l’apôtre Paul écrit : « Cette foi que tu as, garde-la pour toi… » Rom 14:22.

   Jésus n’appela donc pas Pierre à être indifférent à l’égard de Jean, mais à apprendre que certaines révélations d’En Haut, concernant la vie spirituelle de chacun, ne doivent rester connues que de la personne appelée de Dieu. Car la Puissance de Dieu se manifeste dans la mesure où la façon dont l’Esprit de Dieu s’est révélé n’est pas dévoilée aux hommes, au risque de perdre la Puissance de l’Esprit. La réponse de Jésus à la question de Pierre demeura mystérieuse, parce qu’elle n’avait de sens que pour l’apôtre Jean lui-même. Et cela d’autant plus que « … là-dessus, dit l’Écriture, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point… Cependant, Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait point, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe… » Jean 21:23. Ainsi, la naissance d’une rumeur provient du fait de vouloir comprendre ou expliquer ce qui ne nous est pas destiné à connaître. « Que lui arrivera-t-il, a dit Pierre… ? ». Heureux celui qui s’adresse plutôt à lui-même cette question ; il découvre alors dans la Profondeur et la Richesse du fait même d’ « accepter » son appel la Réponse éclairante qui lui suffit de la part de Dieu… !