M337 – JE PARTIS POUR L’ARABIE …

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       « … Lorsqu’il plut à celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils, afin que je l’annonçasse parmi les païens, aussitôt, je ne consultai ni la chair ni le sang, et je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie. Puis, je revins encore à Damas. Trois ans plus tard, je montai à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas, et je demeurai quinze jours chez lui. Mais je ne vis aucun autre des apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur… ! » Gal 1:15-19.

   Saul, qui allait devenir l’apôtre Paul, témoigna de sa rencontre avec le Seigneur sur le chemin de Damas « dans une lumière venant du ciel, et dont l’éclat surpassait celui du soleil… » Act 26:13 ; ainsi que de sa vie passée à « Tarse en Cilicie où il naquit », puis à « Jérusalem où il fut instruit aux pieds de Gamaliel… » Act 22:3. Ainsi, dès sa conversion à Damas, Paul «… aussitôt prêcha dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu… » Act 9:20, peu après, écrit-il : « Je partis pour l’Arabie. Puis, je revins encore à Damas… » Gal 1:17. Certains détails des épîtres de l’apôtre révèlent sa personnalité ; ne serait-ce que par sa démarche de « ne consulter ni la chair ni le sang », et de « ne monter à Jérusalem que trois ans plus tard pour faire la connaissance de Céphas… » Gal 1:18. Il eût été dans l’ordre des choses que Paul, montât d’abord à « Jérusalem vers ceux qui, ainsi qu’il l’écrit lui-même, étaient apôtres avant lui… », non pas afin de leur être soumis, mais de leur tendre la main fraternelle dans le ministère ! Tel ne fut pas le cas à ce moment-là, mais eut lieu plus tard, car l’apôtre Paul reçut de la part de Dieu une direction qui lui était spécifique. Ceci s’éclaire par le message que Dieu lui transmit par Ananias à Damas, et disant : « Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël ; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon Nom… » Act 9:15-16. Paul reçut, non seulement la Révélation du Salut, mais aussi, et hors de toute influence, la direction et le poids de l’Appel de Dieu… !

   Paul nous fit le récit de ses voyages missionnaires et de l’Oeuvre de la Parole de Dieu dans les vies. Or, au commencement, pourquoi Paul partit-il en Arabie ? Que vécut-il, que reçut-il, qui rencontra-t-il en ces lieux ? Nous ne le savons pas, lui-même n’en dit  mot. Nous apprenons en cela qu’à partir du moment où nous avons reçu la Grâce de Dieu, il est des temps particuliers, des expériences spirituelles qui doivent demeurer cachées et ne rester connues que de Dieu et de soi seul. Ce sont des événements intérieurement vécus, dont Dieu veut que nous n’en laissions paraître que le fruit spirituel qui en résulte, et non pas le « surnaturel », c’est-à-dire, uniquement  ce qui est essentiel à notre édification, et à celle d’autrui ! Ce qui conduisit Paul à aller en Arabie ne fut donc connu que de Dieu seul. La Révélation surnaturelle de Jésus qui se révéla à lui fut une expérience qui le marqua durant tout son apostolat ; et ce séjour en Arabie, sur lequel repose le silence, laissa des traces en filigranes dans la vie de l’apôtre, et se révèle dans ses épîtres… ! Contrairement à ce que nous pensons, ce ne sont pas toujours les « temps forts » qui marquent le plus intérieurement, mais les temps passés dans le secret, où s’opère par l’Esprit un travail intérieur dans ce que nous sommes, et  devenons en Jésus-Christ… !

   Après avoir fait passer de l’autre côté du torrent du Jabbok tout ce qui lui appartenait, les personnes, les bêtes et ses biens, « Jacob, dit l’Écriture, demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec Lui… ». Puis, l’homme dit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes,  et  tu  as  été  vainqueur… » Gen 32:24-25, 28. Jacob dut soutenir seul ce combat physique et spirituel, afin que soit forgée en lui la constance spirituelle en vue des accomplissements du Dessein de Dieu pour lui-même et ses fils, c’est-à-dire, les douze tribus d’Israël, entre autres, Juda, de laquelle est issu Jésus, notre Sauveur. Pour ce qui est de Moïse, entre le jour où le prophète entendit la Voix de Dieu dans le buisson ardent et celui où il descendit en Égypte pour délivrer les Hébreux de la servitude, l’Écriture rapporte que « … pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l’Éternel l’attaqua et voulut le faire mourir. Séphora prit une pierre aiguë, coupa le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Moïse, en disant : Tu es pour moi un époux de sang ! Et l’Éternel le laissa. C’est alors qu’elle dit : Époux de sang à cause de la circoncision… » Exode 4:24-26. Moïse fut « attaqué » par l’Éternel, qui lui avait, pourtant, ordonné de descendre et de délivrer Son peuple du pays d’Égypte ! Moïse vécut là un événement qui semblait contredire l’ordre de Dieu, et donc sa mission ! C’est alors que Séphora, sa femme, qui était, non pas Israélite, mais Madianite, circoncit son fils ! Quelle que soit la raison de l’absence jusqu’alors de cette circoncision, celle-ci, une fois opérée, permit à Moïse d’être dans les dispositions requises pour accomplir parfaitement sa mission. Il est des lieux cachés et des événements décisifs qui s’inscrivent dans le Plan de Dieu, et concourent à son accomplissement, comme il en est des combats dans la prière faite dans le « lieu secret » de notre vie spirituelle. Car l’efficacité de la prière découle également de la manière cachée dont nous combattons dans l’intercession… !

   Nombreuses sont les raisons spirituelles, pour lesquelles Dieu veut que nous échappions à la vue des hommes, et cela dans le but de leur communiquer la Parole par l’Esprit de révélation. Alors que Jésus avait guéri beaucoup de malades et chassé beaucoup de démons : « … Vers le matin, dit l’Écriture, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. Simon et ceux qui étaient avec lui se mirent à sa recherche ; et, quand ils l’eurent trouvé, ils lui dirent : Tous te cherchent. Il leur répondit : Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que j’y prêche aussi ; car c’est pour cela que je suis sorti… » Marc 1:35-38. Jésus s’en alla donc vers d’autres lieux, il n’était pas dans sa manière d’agir de « profiter » de l’émotion suscitée par les miracles pour convaincre les âmes de Sa parole. En une autre circonstance semblable, après que Jésus eut guéri un lépreux, « …  sa renommée se répandait de plus en plus, et les gens venaient en foule pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. Et lui, il se retirait dans les déserts, et priait… » Luc 5:15-16. Ici encore, Jésus n’exploita pas l’enthousiasme que suscitait sa prédication confirmée par des signes. Car là, « dans les déserts », il se passait également des choses grandioses, mais cachées, qui devaient être manifestées parmi ceux qui devaient encore entendre la Parole. Lors de la première multiplication des pains, pendant laquelle « cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, furent rassasiés » ; ceux qui furent témoins du prodige, dirent : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Et Jésus, sachant qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui seul… » Jean 6:14-15. Jésus coupa l’élan de la foule qui venait pour le faire roi, car Il était venu répondre d’abord à leurs besoins spirituels, et non à leurs désirs personnels. Certes, Jésus, dans la prière sur la montagne, se préparait aussi à être   « Roi », mais Roi d’un « Royaume qui n’est point d’ici-bas… » Jean 18:36. En se retirant loin des regards humains, l’intention de Jésus était d’amener spirituellement les hommes à « voir », incarné en Lui, Dieu agissant au milieu des hommes… ! Ainsi, l’« absence » visible, mais non spirituelle de Jésus, avait pour effet de rendre spirituelle la compréhension de ceux qui L’écoutaient. De même, pour nous, l’absence de la « Personne » de Jésus, mais non de Sa « Présence » par le Saint-Esprit, suscite en nous une compréhension de la même nature spirituelle que celle des « Choses d’en haut », auxquelles nous aspirons… !

   L’« Arabie » est pour nous, non pas le temps d’un voyage, d’un séjour en quelque lieu, mais le temps d’un besoin, non pas d’être vus, mais de « voir » en nous-mêmes par l’Esprit-Saint, qui nous « renouvelle dans l’esprit de notre intelligence… » Eph 4:23. Car ce qui émane spirituellement de l’enfant de Dieu procède uniquement de ce qui a été reçu en lui d’En Haut d’une façon cachée ; cela  seulement est ressenti et « vu » des cœurs… ! De là s’éclaire encore l’exhortation de Jésus, disant :   « mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra… » Matt 6:6. « Aller en Arabie », ce n’est donc, non pas « partir », mais nous « soustraire » à ce qui peut nous « distraire » des choses de Dieu. Ceci signifie vivre des moments de solitude fructueuse dans le « lieu secret » de l’intercession. C’est savoir garder le silence sur la manière dont nous avons reçu les révélations ou la visitation du Saint-Esprit, afin que les regards soient uniquement dirigés, non pas sur les manifestations, mais sur les profondeurs qui en découlent, et qui épurent l’aspiration spirituelle de ceux qui les recherchent… !