M328 – VOUS DITES : NOUS VOYONS …

Format PDF

     « Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé ; et, l’ayant rencontré, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il répondit : Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Tu l’as vu, lui dit Jésus, et celui qui te parle, c’est lui. Et il dit : Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui. Puis Jésus dit : Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Quelques pharisiens qui étaient avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dirent : Nous aussi, sommes-nous aveugles ? Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. C’est pour cela que votre péché subsiste… ! » Jean 9:35-41.

   Ces paroles pénétrantes de Jésus font suite au miracle de la guérison d’un homme aveugle depuis sa naissance : Jean 9:1. Cet homme, guéri physiquement, le fut aussi spirituellement en recevant, en plus de la vue des choses d’ici-bas, la vision spirituelle des choses d’En-Haut. Jésus, tout en manifestant les signes et les miracles parmi la foule, annonçait la Parole, par laquelle Il opérait la « guérison » spirituelle en ouvrant les yeux du cœur pour recevoir la vision spirituelle des choses concernant le Royaume de Dieu ! Cet homme aveugle, après avoir donc reçu le dévoilement de ses yeux spirituels reconnut Jésus comme étant « Prophète » Jean 9:17 ; puis comme « Seigneur », et enfin comme « Fils de Dieu » Jean 9:36-38. Quant-à nous, l’ouverture de nos yeux intérieurs s’opère par l’Esprit de Jésus ressuscité, qui, au travers de Sa chair percée à la Croix, déchire alors les voiles qui obscurcissent nos cœurs… !

   Il n’était donc pas suffisant pour cet aveugle-né de reconnaître Jésus seulement pour Prophète. Aussi, Jésus lui demanda-t-Il s’il croyait « au Fils de Dieu », ce à quoi cet homme répondit: « Et qui est-il Seigneur, afin que je croie en Lui… » ? Et Jésus de lui dire : « Tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui… » Jean 9:35-37. Alors, de la part de Celui qui l’avait guéri, cet homme reçut spirituellement de Le voir comme  étant  « le  Fils  dans  le   Père  et  le  Père  dans  le  Fils… » Jean 14:10, et il « se prosterna devant lui… ». Nous pouvons voir Jésus comme étant le Prophète, le seul Sage, le Juste, le Véritable, c’est-à-dire, le « Fils de l’homme ». Cependant, si Jésus ne nous est pas révélé comme Celui qui est « sorti de Dieu… », « descendu du ciel… », et « venu du Père… », c’est-à-dire, le « Fils de Dieu… », alors nous ne connaissons pas Qui Il est, et, par voie de conséquence, ce que nous sommes nous-mêmes devant Lui… ! La pensée humaine invite à se sonder soi-même, à descendre à l’intérieur de soi pour découvrir Dieu, alors que, à l’inverse, c’est au travers du « Fils de l’homme » par l’Esprit de révélation que nous « voyons » le « Fils de Dieu » ! Et c’est en « voyant » Jésus, en tant que Fils de Dieu, que nous nous connaissons nous-mêmes en « voyant » au-dedans de nous, par Son Esprit, ce que nous ne connaissions pas jusqu’alors… !

   Jésus donc dit : « Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles… » Jean 9:39. A la lumière de ces paroles, celui qui « ne voit pas » est celui qui en est conscient, et le fait même de reconnaître son besoin d’être éclairé équivaut déjà à « voir », tandis que celui qui « voit », mais par lui-même, et qui persiste à ne pas voir autrement ni autre chose que ce qu’il voit, c’est en cela qu’il est, et reste aveugle ! Dans cette réalité, il en est de même de l’« odeur de la connaissance » de Christ, dont il est dit « que nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort, donnant la mort ; aux autres une odeur de vie, donnant la vie… » II Cor 2:15-16. L’ « Odeur » spirituelle ici est la même, sauf que les effets sont diamétralement opposés suivant la disposition différente des cœurs qui reçoivent ou non l’« Odeur de Christ ». Les cœurs humains sont les mêmes, mais les uns éprouvent le besoin d’être changés, et aspirent à la lumière, même dans leurs ténèbres, tandis qu’en d’autres, leurs propres désirs crient plus fort que l’aspiration de leur âme qu’ils n’entendent pas ! D’où, également, le danger de cette méprise spécifique du croyant, qui est de prendre son sentiment de propre satisfaction pour un signe de l’approbation divine… !

   Il est un besoin en l’homme qui est celui de marquer son identité et de le faire en signalant sa différence. Ainsi, l’homme religieux, comme aussi tout groupe religieux, exprime sa différence en prélevant dans la Parole des vérités de son choix en leur donnant plus d’importance qu’à d’autres avec des interprétations particulières. De là, d’ailleurs, les diverses traditions des divers courants religieux. L’homme doctrinaire s’approprie la Parole de Dieu, mais, ce faisant, il en annule la Puissance dans sa vie. En réduisant ainsi la Parole à ses propres pensées, il fait de celle-ci, non plus une ouverture spirituelle, mais une  « fermeture », un  écran entre Dieu et lui-même. C’est donc ici le résultat mortel de la tradition qui sépare la Parole de Dieu de Sa Source qui est la Personne de Dieu, et donc de la Vie divine elle-même. Certes, l’adversaire ne peut en aucun cas dissocier l’unité éternelle de la Parole et de la Personne divine; il tente alors de séparer  la Parole de Dieu de la Personne de Dieu dans la l’esprit du croyant, l’empêchant ainsi d’en recevoir la vie spirituelle, cette vie qui, précisément, découle de la Personne de Dieu par la Parole vivante reçue dans le cœur! D’où les Paroles de Jésus, s’adressant aux pharisiens : « C‘est pour cela que votre péché subsiste… ». Combien heureux sont donc ceux qui se reconnaissent parmi ceux, dont Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde… pour que ceux qui ne voient point voient … ». Car celui qui reçoit la Révélation de la Lumière est toujours celui auquel, d’abord, ses propres ténèbres ont été révélées. Cette même Lumière nous permet aussi de distinguer les convictions personnelles et sectaires d’avec les certitudes spirituelles découlant, elles, des vérités données par l’Esprit de Dieu avec la Vie qu’elles contiennent… ! 

   « Nous aussi, sommes-nous aveugles… » ? Un aveugle physique ne posera jamais une telle question, car c’est pour lui, hélas, une évidence. Or, les paroles des pharisiens, adressées à Jésus, nous apprennent combien la lumière de leurs yeux spirituels était « ténèbres ». En effet, tout en étant convaincus d’avoir pris le chemin opposé à l’erreur, leurs propres lumières les y conduisaient directement. Leurs fausses lumières découlaient de leur tradition qui était un écran entre eux et la Parole vivante de Dieu. Cependant, s’il y a une « mauvaise » tradition, il y a aussi, en quelque sorte, une « bonne » tradition, c’est-à-dire, la « transmission » ininterrompue, fidèle et vivante de la Parole de Dieu dans sa pureté originelle, préservée et renouvelée par l’Esprit de Dieu de générations en générations. Mais lorsque les vérités sont érigées en dogmes, elles deviennent dans les cœurs une tradition de la même nature que toutes les religions, les philosophies et les idéologies. L’esprit de tradition « rassure » celui qui en est habité au sein de son propre groupe religieux, mais alors cet esprit de tradition fige les vérités dans l’esprit du croyant, lequel se fige avec elles ! Aussi, seul le fait d’« être renouvelé dans l’esprit de notre intelligence… » Eph 4:23, ouvre notre cœur à la Parole rendue vivifiante par l’Esprit, lequel alors imprime en nous la ressemblance à cette Parole… !

   Les convictions personnelles, bien souvent, découlent de la sincérité de ceux qui prennent leurs propres lumières pour la Lumière de Dieu, et cela à la manière des juifs religieux qui donnaient donc autant d’importance, sinon plus, à leurs propres interprétations qu’à l’Écriture elle-même. Il en est comme si, dans les choses matérielles, l’usage de l’objet utilisé avait plus d’importance que l’objet lui-même…! Or, l’interprétation humaine des choses spirituelles altère le sens de la Parole et en réduit la Puissance de Vie. Le fait d’être fidèle à Dieu ne consiste pas à avoir l’esprit obscurci par les dogmes d’une tradition. La fidélité à Dieu et selon Dieu n’est pas une « fixation », un blocage spirituel résultant d’un ensemble de doctrines ou de principes morts ! La force de la fidélité éclairée s’affermit en se nourrissant de la Parole éclairante de Dieu qui nous communique Sa Vie. La fidélité de ceux qui sont nés de nouveau consiste donc, non seulement  « à voir » spirituellement, mais aussi à se savoir « être vus » de Dieu avec tout ce que cela implique dans notre conscience éclairée par Lui ! Ainsi, contrairement à tous ceux qui, dans tous les temps, demandent à Jésus s’ils sont aveugles, seuls ceux qui ont accepté de reconnaître leur aveuglement spirituel peuvent alors dire : « Nous voyons… » !