M44 – IL NE NOUS SUIT PAS …

Format PDF

    « Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton Nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus; car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon Nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous… » Marc 9: 38-40.

   « … Nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas… ». C’était déjà ce même disciple qui, avec Jacques, avait demandé que le feu descende du ciel sur le bourg des Samaritains, qui ne reçut pas Jésus et les disciples : Luc 9:54. Ce Jean qui sera plus tard appelé l’Apôtre de l’Amour ! Mais cette parole, cette intention est celle de tous les disciples, au milieu desquels Jésus, pourtant, ne cesse de prêcher la Vérité, et l’Amour de Dieu envers les hommes. Par cette réflexion, les disciples montrent qu’ils n’ont pas compris qui est Jésus, et ce qu’Il désire qu’ils deviennent en Lui. Tout en L’aimant, ils manifestent ce qui est propre à tout être humain : l’intolérance. Leur sincérité non éclairée leur voile la dimension de l’Amour de Dieu et la profondeur de Sa Sagesse.

  Se serait-il agit des pharisiens hostiles ou des scribes contradicteurs au lieu de l’apôtre Jean, cette réaction ne serait pas surprenante, à l’égard de cet homme, mais il s’agit ici d’un homme qui chasse les démons par l’Autorité et la Puissance du Nom du  Seigneur Jésus, de qui précisément les disciples disent : « Nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas… ». Pourquoi ? Parce qu’il fait ces choses en dehors de leur cercle, de leur communauté, étant conscients, évidemment, que Jésus en est le Centre. Cependant, Jésus considère cet homme avec un tout autre Esprit que le leur, Il dira même: « Il n’est personne qui, faisant un miracle en mon Nom, puisse aussitôt après parler mal de moi… ». L’homme, en effet, recherche ce qui lui ressemble, car ce qui lui est différent, il le voit souvent comme hostile, et se sent donc vulnérable, de là sa crainte et son intolérance. Il est frappant de constater cependant que, tout en déplorant qu’il ne les suit pas, les disciples reconnaissent les miracles de cet homme. Ces temps de la fin de plus en plus difficiles et confus en ce monde, comme dans la chrétienté, font qu’aujourd’hui ces miracles seraient, soit ignorés, soit attribués au diable. A cause de l’iniquité qui s’accroît, et de la charité qui se refroidit, nous devons nous garder de cette intolérance qui nuit à ceux que nous rencontrions en cette situation, comme  à nous-mêmes.

   Jésus s’efforce d’élargir le cœur de ses disciples ; ce qu’Il continue de faire en chacun de nous. Et pourtant, nous nous surprenons, parfois, avec la pensée d’empêcher nous aussi notre prochain, en telle ou telle chose, parce qu’il ne nous suit pas, c’est-à-dire, parce qu’il ne pense pas, ne dit pas, ne croit pas ou n’agit pas comme nous. Ce sont ici les paroles qu’exprime l’intolérance ; mais, dans le cas inverse, nous constatons la même chose. Beaucoup veulent « élargir » en incluant tous les croyants en les accommodant dans un même compromis, mais ils veulent le faire au détriment de la Vérité vivante, de l’unique Chemin et de la Vie qui régénère. Si quelqu’un pense donc différemment, ils l’en empêchent également, ou alors l’ignorent. D’où l’on voit que des choses opposées peuvent être animées du même esprit, comme ici, de l’étroitesse à la fausse largeur d’esprit.

   Cette volonté « d’empêcher » quelqu’un ou quelque chose, par un souci légaliste se trouve très tôt exprimée dans l’Écriture, lors d’un événement remarquable. Les soixante et dix anciens, appelés par Moïse à se rassembler autour de la Tente d’assignation, reçurent l’Esprit et se mirent à prophétiser. Josué apprit que deux d’entre eux, restés dans le camp, prophétisaient aussi, et cela en dehors du rassemblement des anciens. Il dit donc au prophète: « Moïse, mon seigneur, empêche-les ! Moïse répondit : « Es-tu jaloux pour moi ? Puisse tout le peuple de l’Éternel être composé de prophètes,  et veuille l’Éternel mettre  son Esprit sur lui… » Nomb 11:28-29. « Moïse, dit l’Écriture, était un homme fort patient, plus qu’aucun autre homme sur la face de la terre… » Nomb 12:3, et nous voyons que Josué, pourtant depuis sa jeunesse aux côtés de Moïse, n’a pas encore reçu de l’immense patience du prophète. Plus tard, cependant, avec Caleb, ils « suivront pleinement la voie de l’Éternel… » Nomb 32:12; mais cette vertu et cette responsabilité, Josué, en tant que chef de l’armée, devra apprendre, par la patience, à les appliquer à ses frères hébreux, lors de l’entrée dans le pays promis.

   On peut connaître Jésus, avoir beaucoup reçu de Lui en dons spirituels, jusqu’à un ministère puissant et, cependant, être encore étroit dans son cœur. L’expérience de Pierre nous en donne un éclairage profond, et il n’est pas le seul dans les Écritures. Ayant faim et étant en prière « il tomba en extase. Il vit le ciel ouvert, et un objet semblable à une grande nappe attachée par les quatre coins, qui descendait et s’abaissait vers la terre, et où se trouvaient tous les quadrupèdes et les reptiles  de la terre et les oiseaux du ciel. Et une voix lui dit : Lève-toi Pierre, tue et mange ! Mais Pierre dit : non Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé ni de souillé ni d’impur… » Actes 10:11-14. Le Seigneur lui fit comprendre que tous ces animaux impurs selon la loi représentent les gens de toutes les nations qui, en plus d’Israël, doivent aussi recevoir l’Évangile. Pierre eut besoin de voir trois fois la vision pour la comprendre ; puis il accompagna les trois hommes qui le menèrent à Césarée chez Corneille et ceux qui étaient rassemblés avec lui, et qui reçurent la Parole et l’Esprit du Seigneur venant sur eux : Actes 10:44. Jésus avait dit, auparavant, à Pierre : « … Ne crains point ! désormais tu seras pêcheur d’hommes… » Luc 5:10, puis, plus tard : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux… » Mat 16:19, et plus tard encore : « Fais paître mes brebis… » Jean 21:17. Et, tout en étant l’objet de telles paroles, Pierre était encore étroit, et dut recevoir une nouvelle révélation de l’Amour d’en haut, afin de comprendre que la Promesse de Dieu était aussi pour ceux qui n’étaient pas circoncis, et auxquels Dieu ouvrit le cœur, par la prédication de Pierre, à l’effusion de l’Esprit.

   Les bénédictions, les exaucements de prière, le fait d’aimer Le Seigneur ne peut nous faire oublier que l’intolérance est une racine profonde, et ce qui la révèle, ce sont nos propres faiblesses,  nos préjugés, nos jugements prompts sur les faiblesses des autres. Jésus est venu nous délivrer de toutes nos étroitesses en révélant à notre cœur la mesure infinie de Sa Grâce. Un homme spirituel n’est pas un homme aux « idées larges », mais au cœur ouvert, même sur le chemin étroit. Or, en bien des choses, nous sommes larges là où Dieu est étroit, et nous sommes étroits là où Dieu est large… ».

    L’on ne suit pas Jésus parce qu’il a « raison », mais parce qu’il est la Vérité et la Vie, et l’on ne peut rendre « étroite » la Vérité en la réduisant et en la réduisant à une doctrine, parce que la Vérité est l’expression même de la Vie divine, incommensurable. La Vérité, comme la Vie, se reçoit, mais elle se retire dès que l’on veut se « l’approprier », en faire « sa » vérité, ou la réduire à sa propre vie, il n’en reste alors que la forme, une enveloppe vide. La Vérité est la Vie, la Vérité vient de la Vie, et la Vie se communique par la Vérité. L’âme qui vit cela se trouve bien au-dessus de la nécessité d’avoir « raison », et les autres d’avoir « tort ». Ceux qui suivent le Seigneur ne sont pas ceux qui acceptent nos « raisons » sur Lui, mais qui ont accepté la Grâce du Sauveur, de laquelle nous dépendons tous chaque jour. L’Esprit nous appelle, non à faire connaître Dieu à notre manière, mais à conduire l’âme à recevoir ce que Le Seigneur veut lui faire connaître de Lui, et d’elle-même,  ce qui est le sujet d’allégresse de la part des anges et de louanges de nos cœurs au Dieu Vivant.