M358 – DES JOURS HEUREUX …

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     « Si quelqu’un, en effet, veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu’il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses, qu’il s’éloigne du mal et fasse le bien, qu’il recherche la paix et la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles attentives à leur prière, mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. Et qui vous maltraitera, si vous êtes zélé pour le bien ? D’ailleurs, quand vous souffririez pour la justice, vous seriez heureux… » I Pier 3:10-14.

  Qui ne voudrait en ce monde « voir des jours heureux » ? Tous les hommes cherchent le bonheur, non seulement les pauvres dans le besoin, mais les riches qui ne sont jamais rassasiés, et même, d’une façon inverse, le mystique qui aspire à toujours plus de… renoncement ! Car chaque homme a sa propre image du bonheur, et la notion du bonheur est aussi diverse qu’il y a d’êtres différents qui le cherchent. Le psalmiste, en l’occurrence le roi David, dit : « Venez, mes fils, écoutez-moi ! Je vous enseignerai la crainte de l’Eternel. Quel est l’homme qui aime  la vie, qui désire la prolonger pour jouir du bonheur ? Préserve ta langue du mal, et tes lèvres des paroles trompeuses ; éloigne-toi du mal, et fais le bien, recherche et poursuis la paix… » Ps 34:12-15. Il ressort de ceci que le bonheur résulte de la mise en pratique des exhortations de la Parole de Dieu exprimées ici par David. Ici se tient toute la différence entre le bonheur selon Dieu et le bonheur selon le monde. Si, en effet, une longue vie est déjà un bienfait, elle n’est un bonheur que si elle est remplie spirituellement ; car une vie, sans la Plénitude de la Présence divine, est aussi « vide » qu’elle est « longue ».

  L’Écriture présente comme une chose normale le souhait de voir « des jours heureux ». Il est d’ailleurs à remarquer que l’homme, soit pense que le bonheur a pu exister dans les temps passés, soit l’espère pour les temps à venir. Quant au temps présent, le sage déclare : « Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela… » Ecc 7:10. Job, faisant part de sa propre expérience, dit : « J’attendais le bonheur, et le malheur est arrivé ; j’espérais la lumière, et les ténèbres sont venues… » Job 30:26. Jérémie, le prophète, en conséquence de l’aveuglement d’Israël, déclare : « Nous espérions la paix, et il n’arrive rien d’heureux ; un temps de guérison, et voici la terreur… » Jér 8:15. Certes, le fait qu’il n’arrive rien d’heureux à cause du péché comme de la transgression est davantage compris que lorsque le malheur atteint le juste ; mais le bonheur échappe à notre notion humaine « de cause à effet », afin que nous soit révélée la nature spirituelle du bonheur selon la Pensée de Dieu. Que ce soit donc l’Action miséricordieuse de Dieu en cas d’infidélité avouée, ou la mise à l’épreuve d’une foi authentique, la compréhension du bonheur est qu’il n’est pas un mérite ni un dû, mais une grâce.

  La recherche du bonheur naît des déceptions passées ou récentes, elle révèle avant tout un besoin spirituel, et de ce manque naît une aspiration, spirituelle ou naturelle, selon la nature du besoin. De même que la plénitude est à la mesure du vide intérieur que l’on éprouve, de même le sentiment de manquer inspire la recherche du bonheur. Or, si le bonheur consistait en un manque comblé une fois pour toutes, il s’ensuivrait la perte de l’émerveillement, d’où la lassitude, et enfin l’ennui au milieu même de ce qui est le meilleur, au point de « ressembler à l’homme qui se confie en l’homme… », dont parle le prophète Jérémie, et qui est « comme un misérable dans le désert, il ne voit point arriver le bonheur… » Jér 17:6. Il ne voit pas arriver le bonheur, parce qu’il ne voit pas au-dedans de lui ce qui le retient loin de lui. Or, l’homme spirituel, qui se laisse éclairer par l’Esprit, d’une part, reconnait ses limites, et de l’autre, accepte les épreuves que son aspiration spirituelle lui attire, mais à laquelle répondent les béatitudes de Jésus : disant : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux… », c’est-à-dire, heureux ceux qui sont conscients de leur besoin spirituel, puis : « heureux les affligés… », « heureux les débonnaires… », « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice… », « heureux les miséricordieux… », « heureux ceux qui ont le cœur pur… », « heureux ceux qui procurent la paix… », et enfin « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice… » Matt 5:3-10. Ces paroles concernant le bonheur, finalement, nous amèneraient presque à conclure, en disant : « heureux ceux qui… ne le sont pas » ! Or, le bonheur spirituel se vit d’autant plus intérieurement et intensément qu’il se trouve en contraste avec ce qui ne l’est pas ici-bas.

  Il est dans la nature humaine de penser que les temps actuels, sont toujours plus mauvais que les temps passés, exceptés bien-sûr en cas de guerre ou de catastrophes naturelles. Dans un contexte particulier, l’Éternel, parlant au sujet d’Israël infidèle, déclara : « C’est pourquoi voici, je vais fermer son chemin avec des épines et y élever un mur, afin qu’elle ne trouve plus ses sentiers. Elle poursuivra ses amants, et ne les atteindra pas ; elle les cherchera, ne les trouvera pas. Puis elle dira : J’irai, et je retournerai vers mon premier mari (Dieu), car alors j’étais plus heureuse que maintenant… » Osée 2:8-9. L’on ne réalise, en effet, un temps de bonheur que lorsque celui-ci est passé. Ainsi, le bonheur spirituel ne saurait être vécu que dans ce qui est intérieurement constant et fidèle à Dieu,  ce qui est recherché auprès de Celui, dont il est écrit que « toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombres de variations… » Jac 1:17, Le bonheur se nourrit de la vie spirituelle du Fondement même du Dieu vivant, qui est la Présence de Jésus-Christ reçue en nous par Son Esprit, lequel nous donne la force de « nous garder nous-mêmes… » I Jean 5:18, parce que « étant gardés par la puissance de Dieu… » I Pier 1:5.

   Être heureux intérieurement dépend plus de ce que l’on est, que des circonstances où l’on se trouve ; ce bonheur ne peut être que spirituel, car il résulte de la confiance dans le Dessein que Dieu a réservé à chacun de nous. La nature de ce bonheur est la paix intérieure, que reçoivent les « cœurs purifiés d’une mauvaise conscience… » Héb 10:22, ce dont témoigne le Psalmiste, qui, précisément « exprime le bonheur de l’homme à qui Dieu impute la justice sans les œuvres… » Rom 4:6. La nature immuable de ce bonheur consiste en ce que le racheté se sait ne pas être condamné par Dieu, ni par lui-même ; son cœur ayant été purifié et donc éclairé, suivant les paroles de l’apôtre Paul en ce qui concerne le discernement de toutes choses, disant : « Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve… » Rom 14:22. C’est ici le témoignage intérieur du croyant résultant de l’Approbation divine sur les décisions prises selon la Direction de l’Esprit dans sa vie spirituelle.

   Jusqu’ici il est question de la Parole de Dieu parlant du bonheur. Il est précieux aussi de découvrir le bonheur qu’éprouve la Parole elle-même, qui, en tant que « Sagesse divine », déclare : « L’Éternel m’a créée la première de ses œuvres, avant ses œuvres les plus anciennes. J’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre … J’étais à l’œuvre auprès de lui, et je faisais tous les jours ses délices, jouant sans cesse en sa présence, jouant sur le globe de sa terre, et trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme… » Prov 8:22-23 et 30-31. La Parole « trouvant son bonheur parmi les fils de l’homme » annonçait la venue en personne de la « Parole faite chair… » Jean 1:14. Jésus, le Fils de Dieu, prêcha la repentance et le Royaume de Dieu à « un peuple bien disposé » ; c’est-à-dire, un peuple, dont plusieurs furent réceptifs à la Parole du Messie, car « préparé » par le message du prophète Jean-Baptiste : Luc 1:17. En quoi consista donc le « bonheur » que Jésus, la « Sagesse de Dieu « trouva parmi les hommes… », si ce n’est d’avoir été « étonné », « admiratif » même de la foi du centenier romain : Luc 7:9 ; de la foi de la femme à la perte de sang : Marc 5:34 ; de la foi de la cananéenne : Matt 15:28, allant jusqu’à louer Son Père, le Seigneur du ciel et de la terre, au sujet des « choses divines cachées aux sages et aux intelligents, et révélées aux enfants… » Matt 11:25. En vérité, l’un des sens profonds du bonheur selon l’Esprit, consiste à être heureux de… rendre heureux ! et ceci n’est qu’un fruit spirituel parmi tous en la personne de ceux, dont le sage dit : « Celui qui réfléchit sur les choses trouve le bonheur, et celui qui se confie en l’ÉFormat PDFternel est heureux… Prov 16:20. Ainsi celui qui, non seulement se confie, mais aussi réfléchit sur les choses célestes est heureux, parce qu’il exerce sa réflexion spirituelle et fructueuse ; car la réflexion ne s’oppose pas à la foi, et la foi n’exclut pas la réflexion, laquelle, précisément, discerne par l’Esprit les  « Profondeurs de Dieu » qui constituent le bonheur intérieur et inaltérable.