M8 – SI VOUS ÉTIEZ AVEUGLES …

 

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    « Quelques pharisiens qui étaient avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dirent : Nous aussi, sommes-nous aveugles ? Jésus leur répondit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. C’est pour cela que votre péché subsiste… » Jean 9:40-41.

   « Si vous étiez aveugles… ». C’est ici la seule fois dans les Écritures où nous voyons Jésus souhaiter à des âmes d’être aveugles, et cela pour leur bien ! Il ne s’adresse pas ici à des publicains ou à des gens de mauvaise vie, mais à des pharisiens, qui « passent pour être vivants, et qui sont morts… » Apo 3:1, et qui, comme d’autres personne avec l’esprit  religieux des propres justes dans les temps à venir, posent donc cette question : « Et nous aussi, sommes-nous aveugles… ? » Question inutile, puisqu’ils sont persuadés de voir, et le malheur pour eux, vient précisément du fait qu’ils ne se savent pas aveugles. C’est la raison pour laquelle les pharisiens ne sont pas capables d’enseigner la Loi sans orgueil et sans hypocrisie, ni de la pratiquer avec la justice et la miséricorde. Il y aurait plus d’espoir pour de telles âmes à se reconnaître aveugles, car, à partir de leurs ténèbres, elles distingueraient la Lumière et y aspireraient !

   Jésus dit : « L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres… ! » Matt 6:22-23. Ainsi, en celui qui croit voir, il se révèle que ses propres lumières proviennent de ses ténèbres intérieures, ténèbres qui sont ses propres pensées, par lesquelles il conçoit humainement les choses spirituelles. Aussi, le Seigneur agit-il de manière à ce que l’âme voit d’abord ses propres ténèbres, afin de discerner la vraie Lumière. Car ici se révèle une des voies mystérieuses de l’Esprit-Saint opérant dans les cœurs, en ce que, jamais, la vraie Lumière n’ « éclaire » les fausses lumières, sans avoir auparavant convaincu celles-ci de ténèbres, alors seulement, la vraie Lumière triomphe de ses ténèbres. Il en est de même pour ce qui concerne la connaissance : l’on peut connaitre Christ le mieux et le plus bibliquement possible et, cependant, n’en retirer ni transformation ni approfondissement faute de se connaitre soi-même par Lui et en Lui ! Seule, la connaissance de soi révélée par la connaissance de Dieu nous pousse à Sa ressemblance. Car nous apprenons qui Il est, et qui nous sommes nous-mêmes devant Lui, comme aussi ce que nous ne sommes pas ! Ce face à face de notre petitesse et de la Sainteté de son Amour nous jette à Ses pieds, et c’est dans cette disposition intérieure que Sa Vérité nous affranchit et nous transforme à Son Image.

   A ces âmes qui disent : « Nous voyons… » Jésus donc répond : « C’est pour cela que votre péché subsiste… ! ». Chose étrange que ce péché qui consiste dans le fait de voir, alors que nous apprenons précisément que dans toutes les Écritures le péché consiste avant tout en un aveuglement. Or, le péché de nos propres lumières consiste à voir Dieu autrement qu’Il n’est, comme Sa Parole d’ailleurs, et donc ainsi à nous voir nous-mêmes autrement que Dieu nous voit ! Ces deux manières de voir sont toujours liées. Si je connais mal le Seigneur, je me connaîtrai mal aussi et j’ignorerai beaucoup de mes faiblesses. Si je connais bien le Seigneur par son Esprit, je me connaîtrai mieux aussi et je saurai exactement en quoi veiller et combattre avec Son Aide ma nature rebelle.

   Ce n’est pas sans douleur que nous apprenons à voir spirituellement. C’est dans un esprit contrit et humilié par nos erreurs de jugement sur la Vérité et sur les personnes, que le Seigneur ôte les écailles de nos yeux, qu’Il épure et fortifie notre foi et notre entendement spirituel. « Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais rien n’est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules, leur intelligence et leur conscience sont souillées… ! » Tite 1:15. Par ces paroles, la provenance du péché nous est révélée : en effet, le péché ne vient pas des choses qui sont vues, mais avant tout de la nature mauvaise de ceux qui les voient. Car il en est de l’œil comme du cœur ! « Il n’est hors de l’homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l’homme, c’est ce qui le souille »… « Car c’est du dedans, dit Jésus, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols… » Marc 7:15, 21.

   Ainsi, les choses charnelles ne rendent pas plus charnel celui qui est déjà charnel, de même  les choses spirituelles ne rendent pas plus spirituel le croyant qui est déjà spirituel, mais les unes et les autres servent à ce que le charnel se dégrade de plus en plus et que le spirituel s’affermisse dans la suite des temps, chacun dans sa voie respective, selon que s’écrie le messager céleste : « Que celui qui est injuste soit encore injuste, que celui qui est souillé se souille encore ; et que le juste pratique encore la justice, et que celui qui est saint se sanctifie encore… » Apo 22:11. Seul, l’élu, un instant fourvoyé, connaît tôt ou tard le sursaut spirituel qui le ramène à la voie du Seigneur tracée dans son cœur. « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché… » déclare Jésus. Nous saisissons en ceci, que plus l’homme charnel suit ses propres lumières et moins il voit ses ténèbres, et que plus le croyant spirituel voit ses ténèbres, et plus il grandit dans la Lumière ! Car cette même Parole de Jésus, qui sert à juger ceux qui sont enténébrés et qui persistent dans leurs propres lumières, sert aussi à amener à la repentance et à la délivrance ceux qui, prenant conscience de leurs ténèbres, soupirent après la Lumière d’En Haut.

   Lors de la sortie du peuple d’Israël du pays d’Égypte, sous la conduite de Moïse, la nuée, dit l’Ecriture «  se plaça entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Cette nuée était ténébreuse d’un côté, et de l’autre elle éclairait la nuit. Et les deux camps n’approchèrent point l’un de l’autre pendant toute la nuit… » Exode 14:20. De même que cette nuée est, à la fois, lumineuse d’un côté et ténébreuse de l’autre, de même la Parole de Dieu, « la prédication de la croix, écrit l’apôtre, est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous  qui  sommes  sauvés,  elle  est  une  puissance  de  Dieu… » I Cor 1:18. Notre assurance est fondée sur cette Parole de la foi et se nourrit de Sa Révélation affranchissante, Parole éclairante qui révèle « les enfants de lumière, les enfants du jour, et non de la nuit ni des ténèbres… » I Thess 5:5. Ce sont là ceux auxquels le Seigneur donne la force de surmonter les tentations et les épreuves, en traversant les ténèbres pour atteindre la Lumière dans la Gloire.

   Dieu est grand et insondable dans toutes ses Voies, et nous restons confondus devant l’infinie Sagesse avec laquelle Il opère dans nos vies, dans lesquelles, en contraste avec les ténèbres, Il suscite en nous d’autant plus l’aspiration à la Lumière de la Vie. Nous louons Son Nom pour l’Amour et la Patience qu’Il a manifestés envers nous, pour nous avoir ouvert les yeux spirituels et suscité en nous la recherche de Ses Profondeurs.